Ces congés parlementaires forcés anormaux !

La suspension des travaux parlementaires jusqu'au 8 juin, date de la présentation du budget 2017-18, est perçue dans le public comme une décision déraisonnable. La raison officielle avancée par le Premier ministre et ministre des Finances pour justifier ce congé est qu'il lui faut consacrer plus de temps à la préparation de l'exercice budgétaire tout en assurant ses fonctions officielles de Premier ministre. Si, à première vue, cet argument peut sembler compréhensible, à bien y réfléchir, cette suspension n'est pas normale.
Déjà, l’accumulation des pouvoirs de Pravind Jugnauth, qui officie à la fois comme Premier ministre et ministre des Finances, donne lieu à un dysfonctionnement des travaux parlementaires. La demi-heure consacrée aux questions adressées au Premier ministre s'avère ainsi nettement insuffisante, car ne permettant pas à ce dernier de répondre aux questions qui lui sont adressées en sa capacité de ministre des Finances, provoquant l'énervement dans les rangs de l'opposition. Dans le passé, les questions adressées au Premier ministre étaient éparpillées dans la liste des interpellations. C'est dans le but de ne pas retenir le Premier ministre indûment dans l'hémicycle toute la journée, et afin qu'il puisse se consacrer à ses activités officielles, que les “standing orders” ont été amendés pour regrouper toutes les questions qui lui sont destinées pendant une demi-heure après le temps alloué aux PNQ. Dès lors, pourquoi ne pas trouver une formule pour qu'il puisse répondre aux questions en tant que ministre des Finances ? Après tout, dans le cadre du système westminstérien, le parlement siège de lundi à jeudi. Pourquoi alors ne pas adopter cette formule à Maurice après que les parties concernées arrivent à un accord sur les heures qui leur conviendraient et sur l'utilisation du temps ainsi créé ?Avec la suspension présente des travaux, on est en droit de se demander ce qui se passera à l'avenir si le Premier ministre et ministre des Finances était indisponible, pour une raison ou pour une autre, par exemple parce qu'il se trouve en mission officielle à l'étranger. Est-ce que le parlement sera mis en congé technique pendant son absence ?   
Le parlement est, par excellence, l'institution où la démocratie parlementaire trouve toute sa raison d'être. À Maurice comme dans les autres sociétés démocratiques, les législations y sont adoptées après des débats contradictoires ou consensuels entre les membres des deux côtés de la chambre. De plus, les politiques et décisions gouvernementales sont scrutées dans les moindres détails par les députés de l'opposition, auxquels peuvent se joindre parfois les backbenchers de la majorité à travers des interpellations, sans compter que les députés peuvent évoquer les problèmes rencontrés par leurs mandants. Depuis le début de l'année, au moins quatre législations ont été adoptées par le parlement mauricien. Cependant, ce sont les PNQ, les interpellations et les motions d'annulation qui ont le plus retenu l'attention, et ce, même si la manière dont le parlement est présidé peut parfois prêter à des critiques et à l'exaspération, surtout de l'opposition, et que les informations et réponses sont obtenues après une lutte épique entre l'opposition et le gouvernement. Ces débats, parfois tumultueux, sont désormais suivis en direct par les Mauriciens, qui peuvent se faire une opinion de la performance de leurs députés, que ce soit dans le gouvernement ou dans l'opposition.
Quoi qu'on en dise, le parlement est le centre nerveux de la vie politique à Maurice. Raison pour laquelle on considère qu'il n'est pas normal que les travaux parlementaires ont été suspendus pour trois semaines, et ce, uniquement en raison de l'indisponibilité du chef du gouvernement et du ministre des Finances. On a vu, dans le passé, les travaux parlementaires se poursuivre jusqu'à au moins une dizaine de jours avant la présentation du budget, même si le ministre des Finances, voire le Premier ministre, étaient absents pendant de très longues périodes de l'hémicycle sans que cela ne perturbe les débats sur les textes de loi.
Les parlementaires et la population seront privés d'au moins trois séances parlementaires, avec ce que cela comprend comme PNQ et interpellations qui ne pourront être posées, cela, à un moment où le pays est traversé par des scandales et alors que la grève de la faim des ex-clients de la BAI perturbe une bonne partie de la population.