Coups de com

Ainsi, Pravind Jugnauth qui, il y a quelques jours à peine, remettait en cause la légitimité des journalistes de le questionner et qui affirmait que certains médias sont de connivence avec la mafia, veut avoir des relations avec la presse. Pas n’importe lesquelles, mais des relations respectables. Si la démarche du Premier ministre doit être bien accueillie, il ne faudrait tout de même pas oublier l’essentiel. Que dans respectable, il y a respect, et que le respect se mérite, ne s’impose pas en une formule. Il ne faudrait pas croire que c’est pour respecter la démocratie que Pravind Jugnauth tend le calumet de la paix à la presse, mais par pure nécessité. Ses conseillers — aussi bien dans ses bureaux que dans ses cuisines — ont fini par lui dire que les critiques que la presse publie contre lui, ses proches, son gouvernement et son parti, ne sont, en fin de compte, que le reflet de l’exaspération d’une majorité de Mauriciens. Des critiques contre des décisions non ou mal expliquées — le métro de moins en moins léger ; contre certaines déclarations de ses ministres, dont les inénarrables Soodhun et Sinatambou ; contre les nominations des proches et autres copains/copines sans oublier le dysfonctionnement de la MBC, plus que jamais brosse à essayer de faire reluire un gouvernement sans éclat. Si le Premier ministre se décide enfin à remettre de l’ordre dans son gouvernement et dans ses corps para-étatiques, s’il sait enfin pourquoi il a été élu : diriger le pays, et s’il se sépare des conseillers qui se prennent pour des chefs de cuisine alors qu’ils ne sont tout au plus que des gâte-sauces, et arrête de prendre la moindre critique pour une attaque personnelle, alors peut-être, on pourra commencer à parler de relations respectables. Et respectées. Il faudra qu’il ne tente pas de censurer, de museler et de manipuler l’information, surtout celle qui lui est défavorable. Pour le moment, sa démarche n’est qu’une jolie formule qui cache une tentative de coup de com, alors qu’un fort mécontentement, qui pourrait facilement se transformer en rejet généralisé, commence à grandir.
Mais il n’y a pas que le Premier ministre mauricien qui est obligé de se rendre compte que l’action d’un gouvernement ne se vend pas grâce à des communicants, même s’ils sont bons, mais à travers l’information, le questionnement et la remise en question qui vont avec. C’est ce que Emmanuel Macron vient d’être obligé d’admettre. Depuis son élection grâce à une communication hyper efficace, le président français avait cru que la maîtrise de la technique pouvait être utilisée pour vendre et faire accepter l’action gouvernementale. Le problème des communicants — et de ceux qui les suivent aveuglément, surtout les politiques — est de croire que l’électeur n’est qu’un élément docile de leurs stratégies. Grisés par le succès de leurs campagnes, ils oublient que l’électeur est un être de chair et de sang, pas un automate que l’on manipule à sa guise, qu’il est doté de raison et est capable de réfléchir, de refuser ce qu’on tente de lui faire avaler, parfois violemment. Après avoir annoncé qu’il communiquerait uniquement à travers la com en évitant les rencontres avec les journalistes, Emmanuel Macron vient de faire brusquement machine arrière. Face à sa chute de popularité dans les sondages due à des décisions mal ou pas expliquées, le président français vient d’annoncer qu’il va revenir aux anciennes et bonnes méthodes de communication. Il tiendra désormais deux réunions mensuelles avec la presse au cours desquelles les journalistes pourront l’interroger directement. Sans passer par son service de com.
A la fin du mois d’août, en pleine période de vacances parlementaires, le MMM a fait publier sa liste de candidats pour les prochaines élections générales qui sont supposées avoir lieu dans deux ans. Ce n’est pas une indiscrétion de la presse, mais une fuite organisée. Un autre coup de com. Un teaser pour tester les réactions — de ceux qui ne figurent pas sur la liste « prête à 80 % » — afin d’y apporter des permutations et probablement des remplacements par des noms pas encore cités, puisque les négociations d’alliance sont loin d’être terminées. Les 20 % non publiés de la liste laissent suffisamment de marge pour caser les derniers venus, les revenants à « lakaz papa » et les alliés recrutés après les derniers « koz kozé ». Même si on sait que la liste est provisoire, on ne peut s’empêcher de noter qu’elle comporte les noms de trois filles de pères politiques et un contresens. En effet, Mme Nita Judoo est affichée comme candidate dans la circonscription numéro 10. Il s’agit de la même Nita Judoo qui a été annoncée comme candidate à la partielle de Quatre-Bornes provoquée par la démission de Roshi Badhain. En affichant Nita Judoo au No 10, ceux qui ont rédigé et fait « fuiter » la liste « à 80 % » assument qu’elle ne sera pas élue à la partielle. Pourquoi alors avoir fait tout ce fla-fla autour de sa candidature ? Un autre coup de com raté ?