CQFD (Ce qu’il fallait démontrer !)

Il y a peine deux semaines, bien que ce ne fût pas le grand succès qu’on attendait, un bon nombre de jeunes de ce pays descendaient dans les rues de Port-Louis et scandaient "Ar nou non !" Ils entendaient dénoncer — entre autres maux de la société mauricienne qui les préoccupent — la corruption, le favoritisme et les passe-droits qui minent, à eux aussi, le chemin vers plus de chance d’obtenir un emploi dans leur pays. Mais manifestement, le député et PPS travailliste de Flacq-Bon Accueil Dhiraj Singh Khamajeet (42 ans), lui aussi un jeune dans sa tête et dans son corps de sportif, ne semblait pas partager le même idéal.
En choisissant Dhiraj Khamajeet pour être député de son parti aux élections générales de 2010, le Premier ministre avait mis à l’avant sa jeunesse, son dynamisme et son désir — sans doute exprimé avec toute la dévotion d’un die-hard Labour — de servir le pays au mieux de ses compétences. Le choix de Navin Ramgoolam n’était pas dépourvu de bon sens. Dhiraj Khamajeet s’était auparavant distingué par une certaine classe naturelle qu’on lui reconnaît, par sa personnalité plaisante et, surtout, par un passage plus ou moins réussi à la tête du Mauritius Sports Council. Un jeune propre et lisse quoi ! Et, patatras ! Il aura suffi qu’une poignée de mandants rouge vif débarque chez lui, "contre toute attente après une dure journée de travail", pour que M. Khamajeet fasse dans son froc et qu’il s’engage à leur offrir "inpé jobs" (50 qu’il a compté) dans des secteurs publics. De son propre aveu, "sans même que certains de ces mandants aient soumis une application pour ces jobs "! Mais, à qui donc va-t-il parvenir à faire avaler ce boa !
Le dicton populaire soutient que "faute avouée est à demie pardonnée". Mais, malheureusement pour Dhiraj Khamajeet, même s’il a avoué et s’est excusé tout en prétextant sa sécurité menacée, sa faute est impardonnable. Il ne put en être autrement trois ans après la révocation d’Ashok Jugnauth de l’assemblée nationale pour avoir soudoyé son électorat en 2000. Et en plus, son Parti travailliste maintient, à raison, dans l’affaire de l’autre Jugnauth (Pravind) devant l’Icac "qu’il faut respecter les institutions !" Arroseur arrosé qui ne respecte pas la Public Service Commission.
Il y a, entre mille autres, deux importants aspects à ne pas perdre de vue dans ce qu’il convient maintenant d’appeler l’affaire Khamajeet : 
— la méthode d’investigation au moyen de caméras et micros cachés est, certes, quelque peu éthiquement douteuse. Bien qu’elle semble largement acceptée et pratiquée de nos jours, notamment par les plus prestigieuses chaînes de télévision du monde, Mais que se serait-il passé si un de ces micros n’était pas présent au domicile du député Khamajeet, dans la soirée de jeudi dernier ? Tranquillement, selon les normes de l’actuel régime, des partisans travaillistes de la circonscription N°9 se seraient glissés dans des "jobs" payés aux frais de tous les contribuables parce que leur parti s’en serait disposé comme s’il était le propriétaire du service civil. Non seulement cela aurait été injuste pour ceux-là qui font queue pour avoir du travail mais, plus grave, la PSC n’aurait été qu’une institution bouffonne ;
— comme l’a fait si bien remarquer le syndicaliste Radhakrishna Sadien, le député Khamajeet a donné des détails trop précis sur les secteurs publics où il entendait caser ses protégés pour pouvoir faire accroire qu’il était paniqué à l’idée de passer un mauvais quart d’heure en les mains de mandants hostiles…
Tout cela étant, ne soyons pas non plus hypocrites au point de faire croire que nous — je parle de ceux qui n’ont plus 20 ans depuis longtemps — ne savions pas comment députés, ministres et autres petits potentâts et mandarins ont toujours disposé des emplois dans la fonction publique en faveur de leurs partisans. Et ce, malgré toutes les provisions constitutionnelles censées garantir l’intégrité, la probité et l’impartialité de la Public Service Commission. En passant, osons même dire que si on s’intéressait un peu plus sérieusement à cette institution elle-même et à sa soeur jumelle, la Local Government Service Commission, sans doute pourrait-on, éventuellement, y débusquer quelques colleurs d’affiches magnifiquement masqués sous l’honorabilité de leurs services passés de hauts fonctionnaires ou de grands commis de l’État. Si on se donnait la peine de fouiller dans les archives de photos de meetings et autres réunions politiques privées des campagnes électorales écoulées, on pourrait à coup sur y démasquer nombre de ces d’hommes-liges que nos formations politiques dominantes y auront placés, justement, pour favoriser leur "dimounn".
Dhiraj Khamajeet, dans ce contexte corrompu qui profite à proches et agents, n’aura pas fait œuvre de pionnier. Loin de là ! Mais, CQFD (ce qu’il fallait démontrer), c’était comment fonctionne le système. Et, Monsieur Khamajeet en aura été, bien malgré lui, un acteur parlant ! Aux jeunes vraiment déterminés de maintenant sincèrement s’engager à démonter ce système !