Critiques

— Allo, mon enfant, ici c'est tante Zaza, j'espère que je ne te dérange pas ?
— Tante Zaza quelle bonne surprise. Jamais tu me déranges, toi. Ça fait des mois que je n'ai pas entendu ta voix. Comment tu vas ?
— Je suis frigorifiée mon enfant. A Melbourne c'est l'hiver : un mari l'hiver comme vous dites à Maurice.
— Ici aussi il fait froid ma tante : on a dû tirer les molletons et les tricots.
— Tu me fais rire avec ton hiver mauricien-là. Ici, il fait moins deux degrés le matin.
— Aio toi, mais c'est comme dans un congélateur ! Comment tu fais ?
— Ma chère,  je dors avec deux bouillote le soir et le jour je campe dans le salon où il y a un heater. Je ne sais pas combien d'électricité je vais payer je te dis.
— Pourquoi tu ne viens pas un peu à Maurice ?
— Je voulais venir même moi. Mais avec tout ce qui se passe chez vous, les enfants ne veulent pas entendre parler.
— Qu'est-ce que tu veux dire tante Zaza. Il ne se passe pas grand-chose à Maurice. C'est toujours la même chose ici.
— Comment tu peux dire ça ? Tu sais, on écoute la radio de Maurice sur internet et on est au courant de tout ce qui se passe chez vous. Tout, je te dis !
— Mais de quoi tu veux parler comme ça ?
— Je sais qu'un ministre a menacé de tirer un coup de balles sur le leader de l'opposition ?
— Ah ça. Mais tu sais on est habitué ici. Et dis-toi que ce n'est pas n'importe quel ministre qui a dit : c'est le numéro quatre du gouvernement.
— Tu veux dire qu'il peut parfois occuper le poste de Premier ministre quand le numéro un, le numéro deux et le numéro trois ne sont pas au pays ?
— Non. Quand ils ne sont pas là, c'est le Mentor qui fait l'actingship.
— C'est kisenla ce Mentor la ?
— Mais c'est SAJ tante Zaza enfin !
— Mais il n'a démissionné pour céder la place à son fils ?
— Oui, mais il a démissionné comme Premier ministre, pas comme ministre, tante Zaza.
— Aio, mon enfant excuse moi, mais je ne comprends rien à ce que tu me racontes. Dis-moi une affaire : le ministre numéro quatre qu'est-ce que Xavier Luc lui a fait comme ça pour qu'il le menace.
— Laisse-moi te dire que ce ministre est capable de dire n'importe quoi qui lui passe par la tête. Il n'arrête pas de faner, je te dis.
— S'il est comme ça pourquoi on l'a nommé ministre alors ?
— C'est la grande question que tout le monde se pose à Maurice, tante Zaza.
— Quel ministre il est ?
— Il est ministre des Terres, mais il s'occupe de tout ce qui ne le concerne pas et surtout il défend les intérêts de l'Arabie Saoudite.
— Qu'est-ce que tu es en train de raconter la ? Comment un ministre de Maurice peut défendre les intérêts de l'Arabie Saoudite ?
— Et pourtant, il le fait, je te dis. Il dit qu'il est un ami personnel de la famille du roi et des princes d'Arabie.
— C'est vrai même ça ?
— En tout cas, c'est ce qu'il dit.
— Quand tu dis qu'il prend les intérêts de l'Arabie Saoudite, ça veut dire quoi ?
— A chaque fois qu'il y a un grand projet : la construction d'une ville ou du métro léger il dit que les Soaudiens vont nous aider en nous faisant des prêts. Mais jusqu'à maintenant on n'a rien vu venir. On dirait un mirage dans le désert.
— Ton ministre là, il ne fait que parler alors ?
— Parler ? Mais non : il hurle à chaque fois qu'il est devant un micro, ma tante. Même quand il est au Parlement, il parle comme s'il était dans un meeting.
— Mais pourquoi est-ce qu'il a menacé Xavier-Luc Duval de tirer un coup de révolver sur lui.
— C'est à cause du prince Salman.
— C'est qui ce prince-là ?
— C'est un prince d'Arabie Saoudite.
— Qu'est-ce que Xavier Duval a à faire avec ce Salman-là ?
— Il l'a critiqué au Parlement pour la politique de l'Arabie Saoudite avec le  Qatar.
— Qu'est-ce que c'est que ça ?
— C'est un pays arabe avec qui l'Arabie Saoudite n'est pas d'accord.
— Mais qu'est-ce que Xavier Duval vient faire dedans ?
— Je te l'ai dit ma tante : Duval a critiqué le prince Salman pour la politique de son pays.
— Et c'est pour ça que le ministre a menacé de tirer un coup de balle sur lui ?
— Oui il a dit que les critiques de Xavier Duval contre le prince lui avait fait mal au coeur. C'est pourquoi il a réagi comme ça.
— Attends un coup-là : c'est parce que Xavier Duval a critiqué un prince saoudien, le numéro quatre du gouvernement mauricien a menacé de tirer un coup de balle sur lui ?
— Tu as tout compris tante Zaza.
— Et que fait la police ?
— Elle a ouvert une enquête.
— Ça même tout ! Je comprends maintenant les enfants.
— Quels enfants ? C'est à mon tour de ne pas comprendre.
— Je te dis que je comprends maintenant pourquoi les enfants ne veulent pas que je vienne en vacances à Maurice.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Il vaut mieux que je reste dans mon « icy Melbourne ». Au moins ici les ministres ne menacent pas de tirer des coups de balle sur le leader de l'opposition quand il fait des critiques !