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Le danger du vide…

Le flot extraordinaire de marques de solidarité qu’a engendré ce qu’on pourrait appeler le “coming out” de Paul Bérenger sur son état de santé la semaine dernière, est venu, comme on pourrait le dire un peu maladroitement... à point nommé. Expression qui, pour déplacée qu’elle pourrait l’être en de telles circonstances, aura quand même eu le mérite d’effleurer bien des esprits !
Jamais auparavant, en effet, ce thème vie privée/vie publique n’avait autant occupé l’actualité. Le débat se poursuit, avec autant d’ardeur, dans la presse, sur les ondes et également à travers un nombre impressionnant d’arguments avancés par des hommes de loi, engagés pour débattre en profondeur sur ce sujet précis, à partir d’une récente injonction portée devant la Cour suprême par une activiste politique. L’issue de cette plainte, attendue dans les jours qui viennent, nous indiquera dans quelles limites et selon quelles règles devrait désormais fonctionner notre démocratie, sans heurter l’éthique, les lois qui y veillent ou mettre à mal notre vivre-ensemble.
Restera, cependant, pour ce qui concerne le débat propre (?) ayant trait à nos hommes politiques et autres personnalités phares, dont les fonctions dégagent une certaine aura, à trouver un consensus collant le mieux au degré de maturité que pourrait revendiquer notre société civile. Et, ici encore, c’est un large et passionnant débat qui pourrait s’ouvrir pour sceller, une fois pour toutes, ce que veut et ce que mérite cette nation qui, quarante-cinq ans après son indépendance, cherche encore certains de ses repères.
Puisqu’il faut le dire et sans cesse le répéter: malgré les avancées indéniables et spectaculaires qu’aura connues le pays dans nombre de domaines — tangibles et visibles celles-là — et sa vocation affichée et certainement réussie d’être reconnu et accepté de plain-pied dans le club des pays émergents, il charrie encore de gros déficits à bien des égards et non des moindres. Le plus grand danger qui le guette est non pas ces petites atteintes malhabiles qui minent petit à petit les bases même de l’État de droit, qui tient souvent à un fil — pour combien de temps ! — mais, plus grave, est ce flou parfait, presque entretenu pourrait-on croire, devant l’absence totale d’une institution forte, au-dessus de tout soupçon, planté au sommet même de l’État. Qui puiserait sa légitimité grâce à un large consensus, qu’il reste certes encore à réunir et définir et qui pourrait, tant par son autorité que par sa présence permanente et inamovible au-dessus des clivages politiques et partisans, être le dernier rempart contre des abus extrêmes qui se multiplient, en même temps que le dernier garant de tous et de chacun.
Si le pays a bien su jusqu’ici s’accommoder de la présence et du rôle un peu effacé d’un locataire plus ou moins consensuel “placé au Réduit”, rien ne permet d’affirmer que, demain, le même scénario, qui n’est à mettre que sur le bon vouloir et des états d’âme des uns et des autres, va se perpétuer. Récemment encore, de graves divergences — provoquées ou pas ! — entre le chef de l’exécutif et la présidence avaient débouché sur une petite crise institutionnelle, essai vite transformé et non sans dégâts ! L’humeur actuelle des principaux acteurs politiques, mise à rude épreuve ces derniers temps, est là pour nous prévenir que ce qui est encore possible aujourd’hui peut ne plus l’être demain !
L’actualité récente, ailleurs, nous montre bien où peut mener ceux qui choisissent le jusqu’au-boutisme. Ici, cette trêve soudaine, non voulue — forcée par une main invisible ! — peut se révéler également une chance, l’occasion aussi d’un nouveau souffle pour certains acteurs de notre vie publique qui tiennent peut-être leurs dernières cartes. A un moment où, sur le terrain, toutes tendances politiques confondues, chacun, de son côté, a pu jauger de sa force et de son ancrage réel dans son électorat respectif. Mieux que nous, ces forces-là ont dû bien sûr mesurer leurs faiblesses et leurs limites aussi: en un mot, ce que recommande leur bulletin de santé...


Commentaires

M. Rivet, je suis tout à fait d’accord avec vous à propos de « ce flou parfait, presque entretenu pourrait-on croire, devant l’absence totale d’une institution forte, au-dessus de tout soupçon, planté au sommet même de l’État. » J’ajouterai que ce « flou » est inévitable, dû au système même, les hommes n’y pouvant tout simplement rien. Il y a trop de « dysfonctionnements profonds de notre système », comme l’avait souligné Shenaz Patel dans son article d’opinion « Mise à nu … ».

La Constitution du pays stipule dans sa toute première clause que « Mauritius shall be a sovereign democratic State which shall be known as the Republic of Mauritius ». Or, les concepts de souveraineté, de démocratie et de république, comme j’avais fait ressortir dans les commentaires à cet article, deviennent contradictoires lorsqu’ on les applique dans les faits. A Maurice, le peuple n’est pas souverain, comme dans une république, c’est le pays qui l’est. Nos dirigeants, quels qu’ils soient, ne se fichent pas mal de nos opinions, à nous les citoyens, car ils n’ont de compte à rendre qu’au pays, donc à personne, si ce n’est qu’au lobby sectaire, aux gros bras et aux menaces mafieux. Il y a aussi trop de pouvoirs entre les mains des individus à des postes constitutionnels, ce qui freine, grippe ou paralyse tout court la machinerie gouvernementale et toute initiative, innovation ou reforme. La Cour Suprême ne peut jouer son rôle de gardien des droits, les fils de la loi se trouvant pris dans de véritables nœuds gordiens. Quant à la Présidence, ce poste n’est pas plus qu’honorifique et est une nomination politique, récompense en fin de carrière avec ajustement communal en prime.

Que peut-on attendre de mieux du système actuel ? A mon avis, rien. A moins que nous ne nous changions vraiment, dans notre conception et notre vision des choses et que nous ne réfléchissions vraiment sur notre nature et notre destin commun ; en un mot, à l’âme humaine elle-même - que semble lui dénier la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme - et à sa relation à tout instant à la véritable Source de vie et sa vocation ici-bas. Tout un programme, avec, pour commencer, une révolution dans la pensée et dans le cœur, pour prendre en compte les intérêts de la grande famille humaine, sans sectarisme aucun, établir les relations interpersonnelles appropriées et élaborer un cadre de loi pour réglementer le vivre ensemble! Sera-t-on prêt à le faire ? A se débarrasser des préjugés et autres obsessions ? Pour un retour aux sources ? That’s the question…
En toutes amitiés.

Effectivement,un retour aux sources;retourner ce pays à la Grande Bretagne de sorte que le Petit Mauricien puisse aller se soigner en Angleterre.