D'autres questions d'actualité

Autrefois, pour savoir ce qui s’était passé au Parlement, il fallait lire les comptes-rendus de la presse écrite, puis plus tard ceux des radios privées. Le compte-rendu de la MBC, sélectif, biaisé et tentant de montrer avantageusement les membres du gouvernement et caricaturalement ceux de l’opposition, était loin d’être une référence. Le Mauricien avait, donc, une vision angélique du Parlement et des performances de ses honorables membres. Mais depuis la retransmission des débats parlementaires en direct, les Mauriciens découvrent avec stupéfaction de quoi sont capables leurs représentants. D’autant plus que ces derniers, surtout ceux du gouvernement, semblent croire que se comporter et parler comme un politicien sur une caisse de savon équivaut à “casser” un “grand paquet” chez les téléspectateurs. C’est sans doute dans cette optique que l’on a entendu, l’autre mardi, un parlementaire avocat dire à un de ses adversaires “Hey, you, don’t make gestures with me.” La séance de mardi dernier était un exemple de ce qu’est devenu le Parlement : un bazar où tout le monde parle, pardon hurle en même temps, tandis que la speakrine agrippée à ses deux micros et totalement dépassée par ceux qu’elle est censée contrôler hurle et participe ainsi au charivari parlementaire. Le Premier ministre et le leader de l’opposition sont d’actifs participants de ce concours de hurlements et d’invectives dont le but semble être de couvrir les voix de leurs adversaires. Mardi dernier, aux hurlements a succédé le geste et on a appris, grâce aux cris de la speakrine, que le député Badhain avait fait un “obscene gesture.” Comme la caméra ne filmait pas l’ancien ministre de la Bonne Gouvernance à ce moment précis, il aura fallu attendre les témoignages de ceux présents pour savoir ce qu’il avait fait. Pour répondre à Pravind Jugnauth, qui lui rappelait un fameux baisemain, Roshi Badhain n’a rien trouvé de mieux à faire que de montrer son derrière au Premier ministre! Dans la mesure où les parlementaires semblent bien décidés à faire de plus en plus fort pour montrer leurs “capacités” aux téléspectateurs, on peut se demander quelle partie de l’anatomie d’un élu pourrait être montrée mardi prochain. Ces “des bas” parlementaires sont une illustration du proverbe qui affirme qu’un pays a les parlementaires qu’il mérite. Surtout s’il les a élus avec une très forte majorité.
 Mardi dernier,  le tribunal de Curepipe a enfin mis fin à un jeu malsain auquel joue la police depuis des années : celui des accusations provisoires. Le tribunal l’a fait en rayant les charges provisoires logées par la police contre les filles de Dawood Rawat. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, une accusation provisoire est une tactique utilisée par la police pour accuser quelqu’un  d’un délit en attendant quelle ait eu le temps d’enquêter pour prouver ses accusations. Ce qui était, peut-être,  une mesure nécessaire à une époque donnée, est devenue, de par son abus, un viol de la démocratie et des droits des accusés. Depuis l’entrée en fonctions du gouvernement Lepep, l’accusation provisoire est devenue une pratique qui n’a rien à envier à celles que pratiquent les républiques bananières. Elle est utilisée contre les adversaires du régime ou leurs proches par une police qui ne respecte pas les procédures et prend ses ordres directement de l’Hôtel du gouvernement. Depuis le début de 2015, combien d’accusations provisoires ont été logées par la police obligeant les accusés de subir toutes sortes de brimades, de voir leur nom traîné dans la boue et leurs photos placardées dans la rubrique des faits divers? Tout ça pour que, des mois après, une Cour de justice raye les trop faciles accusations provisoires de la police. La loi qui autorise cette pratique devrait être amendée dans les meilleurs délais. Le problème c’est que les politiciens dénoncent cette loi quand ils sont dans l’opposition et l’utilisent dès qu’ils arrivent au pouvoir. En oubliant que la roue tourne et que les gouvernants d’aujourd’hui peuvent facilement devenir les opposants de demain. Est-ce que les membres de l’actuel gouvernement se demandent ce que Navin Ramgoolam leur réservera comme traitement en utilisant cette loi s’il revenait au pouvoir demain, après que toutes les charges provisoires logées contre lui ont été rayées ?