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Le débat volé

On les attendait sur des questions internationales, et uniquement sur celles-ci. Mais les deux candidats à la présidentielle américaine auront fréquemment dévié de cette logique durant leur dernière rencontre avant le scrutin du 6 novembre. Laissant, du coup, un arrière-goût de « pas assez », voire même l’étrange sensation, à plusieurs occasions, de s’être fait « voler » le débat. Du côté de Mitt Romney, l’on comprendra cependant plus facilement la démarche qu’il est de notoriété publique que le candidat républicain se révèle faible en matière de politique étrangère, s’entendant évidemment plus facilement sur des questions d’ordre purement économiques.
A contrario, l’on se serait attendu à voir un Barack Obama certes offensif – ce qu’il aura été – mais évitant les sujets de politique intérieure, déjà largement commentés dans les deux premiers débats – pour se concentrer davantage sur les réalisations et les projets de son administration en termes de diplomatie et d’engagements (ou désengagements) extérieurs. La raison tient probablement au fait que d’aucuns ont plus d’une fois reproché à l’actuel locataire de la Maison Blanche d’user de propos trop techniques. Ce qui expliquerait ainsi l’apparente superficialité de certains thèmes abordés. En somme, un « trop plein de compétences » qui aurait, au final, pu étrangement nuire au président.
Reste qu’une fois éludée cette problématique « hors débat », les principaux thèmes annoncés auront été abordés. Et pour ceux qui auront suivi la rencontre, et sans avoir pour autant de réelles compétences à déchiffrer quelconque langage politique, il sera rapidement apparu que, sur de nombreux sujets, Mitt Romney aura suivi l’actuelle politique démocrate, cherchant finalement à ne s’en dissocier que sur quelques menus points de détails. À l’issue du dernier débat, Dotty Lynch, professeur de communication à l’American University, résumait d’ailleurs très bien la situation : « En tombant d’accord avec Obama sur des points importants de politique étrangère, Romney a joué la prudence et a essayé de déplacer la conversation vers des sujets économiques sur lesquels il pense être plus fort. »
Car que dire, et surtout contester, du bilan de l’administration Obama en matière de politique étrangère ? Examinons cela de plus près. D’abord l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan. Dans le premier cas, les GI sont déjà rentrés au bercail, tandis que ceux encore déployés en Afghanistan s’apprêtent à le faire d'ici à 2014. Mesure largement populaire dans la mesure où, pour les Américains, chaque soldat mort à l’étranger est perçu comme une véritable perte nationale. Quant au Pakistan, la présence américaine aura permis l’élimination de ce que la majeure partie des électeurs considéraient comme l’ennemi public numéro un : Oussama Ben Laden. L’homme aurait pu tomber sous l’administration Bush, il l’aura finalement été sous celle d’Obama, sur lequel l’actuel président continue naturellement de capitaliser.
Vient ensuite le sujet de l’Iran, dossier largement sujet à polémique depuis les prétendues révélations du New York Times sur d’éventuelles tractations entre Washington et Téhéran. Sur ce point, Mitt Romney apparaît aussi finalement très faible, opposant à la politique démocrate une argumentation très réductrice, voire simpliste, de la question. Arguant qu’une fois élu, s’il l’est bien sûr, il accentuera la pression sur le régime perse afin qu’il mette un frein à son programme d’enrichissement nucléaire, mais en rejetant d’emblée toute possibilité d’intervention militaire, sauf cas de force majeure. Autant dire que, sur ce sujet encore, il ne peut se dissocier de l’actuelle diplomatie américaine.
Restaient deux questions : le Proche-Orient et la Chine. Sur la première, Mitt Romney a bien sûr dit regretter que Barack Obama ne raffermisse pas les relations israélo-américaines, l’accusant même de « ne pas avoir été en Israël ». Ce à quoi le président sortant lui aura répondu, sur un ton résolument offensif, que non seulement il y a bien été, mais que c’était pour y accomplir un devoir de mémoire envers les victimes de l’holocauste, et non pour une quelconque levée de fonds. Quant à la Chine, elle apparaît pour l’un comme pour l’autre – bien que commentée de manière différente – finalement à la fois « partenaire » et « adversaire », le pays étant dans l’obligation de se soumettre aux règles du jeu, et donc du marché. Sans ambiguïté et sans tromperie.
Au final, le dernier débat sera finalement apparu trop « terne » eu égard aux attentes légitimes, notamment sur les questions épineuses qui font l'actualité d’aujourd'hui. Reste que Barack Obama sera apparu plus sûr de lui sur les questions internationales que son rival, même s’il est clair que la majeure partie des Américains n’auront pas attendu cette ultime joute pour fixer leur choix. Enfin débarrassés du piège potentiel des duels télévisés, les deux candidats peuvent donc reprendre la route. Le temps, peut-être, pour Mitt Romney de convaincre les 53 % de « non assistés » de tous voter pour lui !