Déclaration

C’est fou ce que le passage de l’opposition au pouvoir peut changer un politicien. En deux temps, trois mouvements, il change d’opinion et trouve les moyens — en les justifiant — de faire exactement ce qu’il reprochait à ses adversaires. Cette « transformation » — d’autres parleraient de traîtrise ou de reniement — semble aussi fonctionner pour les membres de la société civile qui acceptent des nominations politiques. Dernier exemple en date : la présidente de la République. Celle qui avait promis d’être une présidente de proximité et qui répondait à tous les coups de téléphone des journalistes, ce qui lui a permis de construire son image de marque, ne s’exprime plus qu’à travers la MBC. Depuis l’éclatement de l’affaire Sobrinho, dont les rebondissements et autres révélations sont quotidiens, la présidente est aux abonnés absents. Elle est sortie de son long silence cette semaine pour une déclaration diffusée par la MBC pour donner — enfin ! — sa version des faits. A la place des explications attendues, on a eu surtout droit à une déclaration pour dire qu’elle avait beaucoup souffert de l’affaire et annoncer qu’elle mettait un terme à sa participation aux activités de Planet Earth Institute, l’organisation d’Alvaro Sobrinho. La présidente Ameenah Gurib-Fakim a pris plus d’un mois pour faire ce qu’elle aurait dû avoir fait dès que les premières informations sur cette affaire avaient été publiées. Non seulement elle n’a pas jugé utile de s’excuser auprès des Mauriciens, mais en plus, elle s’est autorisée à donner des leçons à la presse sur la manière dont elle a rapporté et commenté cette affaire. Manière de faire qui, semble dire Ameenah Gurib-Fakim, aurait nui à l’image de la présidence. Mais elle semble avoir oublié que c’est elle-même qui a porté atteinte à cette image par son comportement envers l’investisseur angolais à qui elle a ouvert toutes grandes les portes du Réduit, lui adonné accès aux services du gouvernement et est intervenue pour que ses démarches soient accélérées. Ce n’est pas la presse qui a révélé que la présidence avait demandé et obtenu que le VIP Lounge de l’Etat soit mis à la disposition de M. Sobrinho trente et une fois, mais le Premier ministre, en réponse à une question parlementaire. Est-ce que la Présidente de la République pense que, comme la presse, le Premier ministre « fait des insinuations et des allégations » ?
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Le nouveau leader de l’opposition semble bien décidé à faire payer à Alain Wong le prix de son passage du PMSD à son nouvel ennemi politique du jour : le MSM. Non seulement les députés bleus ne ratent aucune occasion pour rappeler à Alain Wong qu’il est un transfuge, mais le leader du PMSD lui a consacré sa dernière Private Notice Question. Pendant une heure, il a questionné — certains disent torturé — le nouveau ministre de l’Intégration sociale sur son action pour éradiquer la grande pauvreté à Maurice. Des questions qui ont démontré, pour dire le moins, que si le ministre ne maîtrise pas bien le sujet, le leader de l’opposition a, par contre, bien fait son homework. Il a même compilé les statistiques sur la construction des maisons pour les pauvres et le sort réservé au Plan Marshall, rangé dans les tiroirs du gouvernement et dont la préparation avait coûté Rs 2 millions. Dans ses commentaires, Xavier-Luc Duval a traité le précédent ministre de l’Intégration sociale de « grand paresseux » et « d’incompétent ». Si Xavier-Luc Duval n’a pas tout à fait tort dans ses attaques, il y a un élément important sur lequel il fait l’impasse. Il oublie, en effet, de dire que pendant que le précédent ministre de l’Intégration jouait au paresseux et qu’en décembre 2015 le Plan Marshall était enferme dans les tiroirs, il était No 2 du gouvernement de Lalians Lepep. A l’époque, il n’avait pas trouvé cela scandaleux. C’est un peu facile de venir dénoncer aujourd’hui ce que l’on avait approuvé hier.
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Avec le nombre d’affaires qui submerge le gouvernement, et plus particulièrement le MSM, on avait un peu oublié Showkutally Soodhun. Il faut dire que depuis l’enterrement du projet Heritage City, le vice-Premier ministre ne se comporte plus comme l’ambassadeur des Emirats Arabes Unis au Conseil des ministres. Ce qui ne l’empêche pas d’utiliser des motards qui bloquent le trafic pour qu’il puisse circuler dans le Nord ! Le probable dépôt de bilan d’Iframac a fait ressortir des factures que certains croyaient oubliées. C’est ainsi que l’on apprend qu’une Mitsubishi Outlander et une Mercedes E21 achetées respectivement au nom du MSM et de Showkutally Soodhun, entre 2009 et 2011, et d’une valeur de Rs 5,3 millions n’auraient pas été payées. S’il n’existe pas de trace de paiement, Showkutally Soodhun jure sur la tête de sa mère que les voitures ont été payées. Il semblerait que le vice-Premier ministre ait un problème avec les factures. Vous rappelez-vous  celle d’un de ses séjours à l’hôpital Apollo Bramwell, qu’il avait juré être un faux et qu’il avait fini par régler ?