Le démantèlement est en marche

Le vote final du Finance Bill tel que présenté par le gouvernement n’a surpris personne. Pravind Jugnauth, qui n’a sans doute jamais mis les pieds au Champ de Mars, a fait adopter des amendements qui vont changer la face de l’hippisme mauricien pour, dit-il, combattre principalement les paris illégaux et « le blanchiment de l’argent obtenu, entre autres, du trafic de drogue ou des transactions suspicieuses. » Il a ajouté que « la GRA a été créée pour remplacer le Horse Racing Board de manière à ce que les courses soient organisées dans le respect des normes bien précises, dans la transparence et dans le respect de la bonne gouvernance. »
De belles paroles et nous souhaitons au Premier ministre de réussir dans sa mission, car le but ultime est de faire que les courses hippiques deviennent propres. Mais il nous permettra d’en douter, car s’il faut une instance régulatrice, la GRA ne répond nullement à ce critère-là puisqu’elle est composée de nominés politiques n’ayant aucune connaissance des courses et qui n’ont d’autre choix que de se laisser manipuler. Par contre, un Horse Racing Board, comme préconisé par les Britanniques, aurait eu à la barre des spécialistes des courses hippiques susceptibles de comprendre les enjeux et de définir une politique pour son progrès et non une plateforme de revanche ancestrale qui n’ont plus pignon sur rue aujourd’hui lorsqu’on regarde le paddock.
La même volonté d’accaparement a été effectuée il y a une quarantaine d’années sur le sport local et en particulier le football, lorsque la Mauritius Sports Association fut contrainte d’être explosée en différentes fédérations qui sont ensuite passées sous la tutelle du ministère des Sports. Depuis, les interférences ministérielles sont légion et toutes ces fédérations sportives vivent aujourd’hui au rythme de crises, de bagarres intestines pour les voyages à l’étranger, alors que le sportif est laissé au bord de la route, s’il n’est pas puni lorsqu’il dénonce les travers. Le football mauricien, qui fut jadis parmi les meilleurs d’Afrique, a aujourd’hui du mal à faire face aux modestes Comoriens ! Et ceux qui pensaient qu’à coup de millions on allait le remettre sur orbite sont aujourd’hui penauds, la queue entre les jambes. Sur la voie empruntée depuis ce 17 juillet 2017, le même sort semble être réservé à l’hippisme mauricien.
Quand on est capable de détruire sans vergogne du patrimoine national comme la School en catimini, il ne faut se faire aucune illusion sur les aspirations des dirigeants du jour. Si certains dans l’opposition ont clairement démontré le caractère unilatéral et les dangers des amendements à la GRA Act proposés par le gouvernement et son favoritisme flagrant en faveur de l’opérateur ami de la hiérarchie du club SMS Pariaz, les membres du gouvernement et le Premier ministre ont investi la GRA de pouvoirs liberticides graves, qui sont à notre avis anticonstitutionnels et qui pourraient mettre notre industrie hippique au ban des pays non désirables par la fédération internationale.
En fait, le gouvernement n’a fait qu’officialiser ce qui se fait déjà dans les coulisses depuis quelques années. Avec l’avènement du nouveau pouvoir dans le sillage du rapport Parry, deux potentats et conseillers au PMO, Maunthrooa et Bheekarry, ne cessaient d’intervenir dans le quotidien du fonctionnement des courses, soit à travers la GRA, soit directement au MTC. « Le PMO veut, souhaite ou ordonne. » Et tout le monde doit trembler. Certes, le MTC a parfois convaincu de sa bonne foi, mais nombre de tentatives ont connu un succès certain. Il arrive parfois que leurs interventions soient même contradictoires, au point où les récipiendaires ne savent à quels saints se vouer. Chacun aura pu mesurer leur incompétence et manque de connaissance en matière hippique avec les directives émises, dont la risée internationale de la limitation vers le bas du nombre de partants qu’ils accommodent à l’occasion lorsque cela sied à leur préféré.
Les dernières influences malsaines effectuées sont traduites dans le sort réservé au bookmaker Jankee, qui a miraculeusement échappé aux enquêtes du MTC et de la Police des Jeux, bien qu’il fut arrêté pour prise de paris illégaux. Que des jockeys soient trouvés en sa compagnie est condamnable, mais qu’il soit lui en compagnie des mêmes jockeys est tout à fait acceptable, car jusqu’ici aucune sanction n’a été prononcée à son égard, alors que la directrice de la GRA avait justement annoncé qu’il y avait des arguments solides pour le sanctionner. Mais ce bookmaker a de solides appuis en relation directe avec des planqués du PMO. Voilà un exemple patent de la politique de deux poids deux mesures qui pourrait illustrer la justice des courses de demain. Une politique de petits copains, pour ne pas dire de petits coquins.
Dans le même ordre d’idées, s’il y a un favoritisme évident vis-à-vis d’un opérateur de paris pour lequel on déplie le tapis rouge au PMO lorsqu’il daigne quitter Londres, sa base d’opération, il y a une véritable chasse à l’homme contre deux personnages, controversés certes, du monde hippique. D’abord, le président actuel du MTC, Mukesh Balgobin, empêtré dans ses problèmes d’entreprise, et Paul Foo Kune, un prince déchu du Champ de Mars, qui ont tous deux en commun de ne pas être des amis de Michel Lee Shim, le mastermind derrière toute cette affaire, apparemment. Coïncidence ou pas, les nouvelles dispositions des amendements à la loi devraient leur faire renoncer à leurs positions dans le monde hippique. Mais Raouf Gulbul, lui, peut garder son fauteuil de président malgré l'avalanche de dénonciations contre lui à la commission sur la drogue.
Pas plus tard que la semaine dernière, Dev Bheekarry, lui-même, a fait savoir que le PMO s’oppose au transfert des chevaux de Paul Foo Kune de l’établissement Rameshwar Gujadhur à celui de Merven. Le mouvement n’a finalement pas eu lieu… encore une atteinte à la liberté de mouvement de la part d’un simple conseiller qui s’accapare des pouvoirs réservés aux seuls élus de la République. Chacun sait le propriétaire contesté, et nous ne pêchons pas dans les mêmes eaux, mais nous trouvons inacceptable qu’on fabrique des lois pour écarter ses adversaires. Au fait, si ces mêmes dispositions étaient appliquées au Parlement, il ne resterait sans doute pas grand monde dans l’hémicycle.
Et si vous voulez imaginer jusqu’où certains de nos gouvernants peuvent aller, il suffit de prendre la dernière incartade d’un vice-Premier ministre de notre pays qui peut menacer de mort le leader de l’opposition sans être le moindrement inquiété. Lorsque le law and order est à géométrie variable, les signes d’une révolte populaire ne sont jamais très loin.
Maintenant que la possibilité d’intervention de la GRA a été presque légalisée, puisque le Finance Bill devra auparavant avoir l’assentiment de la présidence de la République, instance à laquelle le MTC devrait faire appel pour contester la constitutionnalité des amendements aux lois votées mercredi, quoi qu’il ne faille pas trop se faire d’illusion de ce côté-là non plus vu les antécédents de l’affaire Sobrihno. Il n’y aura que sur le plan judiciaire que ce hijacking des pouvoirs du MTC ne pourront être résolus avec lucidité, sans doute au Privy Council, qui a déjà des cartes maîtresses en main pour notre destinée politique.
Ils sont nombreux ceux aveuglés par des réflexes d’un autre temps à applaudir cette mise sous tutelle du MTC par la GRA. Il y en a d'autres qui se voient bientôt investis de nouveaux pouvoirs et qui ne cachent pas leur impatience d'envahir les bureaux du Champ de Mars. « L’année prochaine nou ki pou la », annoncent-ils fièrement. Preuve qu'il y a un plan machiavélique derrière ces changements dignes d'une république bananière. Cela ne sera pas sans conséquences.
Le premier à vouloir vider les lieux pourrait être l’entraînement Gujadhur, dont le nominateur a laissé entendre que ces nouvelles dispositions de la loi seraient peut-être une bonne occasion pour lui de fermer boutique. Personne ne l’a pris au mot car c’est une litanie souvent répétée et jamais réalisée. Mais d’autres parmi les meilleurs songent sérieusement à lui emboîter le pas. Le démantèlement de 200 ans de courses hippiques est en marche… Pauvre Colonel Draper, qui doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe.


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Apres Casino, MTC!