Démocratie parlementaire en direct

La reprise des travaux parlementaires, cette semaine, a permis, comme à l'accoutumée, de porter à un niveau supérieur les débats récurrents sur toutes les questions affectant la vie du pays et qui animent les conversations tous les jours de l'année. Le Parlement reste l'instance suprême et le lieu privilégié où nos dirigeants doivent rendre des comptes de leurs actions gouvernementales à la population, où des législations nécessaires pour la bonne marche du pays sont adoptées et où les élus du peuple peuvent faire entendre les préoccupations et les problèmes que rencontre la population. C'est également un endroit où les différentes forces politiques parlementaires, tant du gouvernement que de l'opposition, peuvent se rencontrer et engager un dialogue, même si cela prend parfois un ton musclé, dans l'intérêt du pays.
Cette année, la démocratie parlementaire, après plusieurs années de préparation, a connu un enrichissement sans précédent avec la diffusion en direct des travaux. Pour la première fois dans les annales parlementaires, les débats sont désormais potentiellement accessibles en direct dans tous les foyers mauriciens à travers non seulement la télévision et la radio, mais également sur les ordinateurs grâce au live streaming accessible par le biais de l'internet et, par extension, sur les téléphones cellulaires, non seulement à Maurice mais également  dans n'importe quelle région du monde. Il revient donc aux parlementaires d'assurer le niveau des débats et de démontrer que la tribune parlementaire n'est pas une caisse de savons.
Mardi dernier, les Mauriciens ont donc pu suivre, à travers différents supports audiovisuels de communication, le face-à-face en direct entre le leader de l'opposition, Xavier-Luc Duval, et le ministre des Infrastructures publiques et du Transport intérieur Nando Bodha sur le projet de métro express. Chacun a pu faire sa propre appréciation de la première performance et du style du nouveau leader de l'opposition dans l'exercice de la Private Notice Question, qui n'a pas manqué de prendre à plusieurs reprises à témoin la population, conscient que les travaux dépassaient le simple cadre de l'hémicycle pour toucher une audience locale et internationale plus beaucoup plus large. Le public a pu obtenir un certain nombre de réponses aux questions qu'il se posait sur le projet de métro express, bien que pas suffisamment, certes, en attendant que le ministre, comme il l'a promis solennellement, vienne donner tous les détails appropriés après l'allocation des contrats de construction et de supervision. Le public a été en mesure également de suivre en direct le ministre Anwar Husnoo qui, à la suite d'une interpellation du député du MMM, Rajesh Bhagwan, a cloué au pilori la directrice du Trust Fund for Spécialised Medical Care, connu comme le Cardiac Centre. Le ministre Husnoo – qui avait réussi l'année dernière la difficile tâche de régler le problème des marchands ambulants dans les rues de la capitale et qui est en train de réussir, au ministère de la Santé, à régler des problèmes auxquels s'était heurté son prédécesseur – n'a pas hésité à dire son insatisfaction concernant la façon dont sa collègue du Muvman Liberater avait obtenu une augmentation de Rs 100 000 de ses allocations. On connaît la suite : le Premier ministre est monté au créneau pour soutenir son ministre, le board de la Cardiac Unit a été dissous et Vijaya Sumputh s'est vu obligée à soumettre sa démission avec l'accord de son leader et du Premier ministre adjoint, Ivan Collendavelloo. Ce dernier a reconnu que la situation était devenue « embarrassante pour le gouvernement ». Déjà très occupé par la défense de la présidente de la République, qui selon le MMM « s'est disqualifiée », le DPM n'avait visiblement pas le choix que de laisser tomber Vijaya Sumputh.
D'aucuns se demandent d'ailleurs comment il se fait qu'il n'était pas au courant d'une réponse parlementaire aussi importante et qui le concerne, et qui normalement est validée par le cabinet. La pression monte maintenant contre un autre membre de son parti, Anil Gayan, qui fait l'objet d'une enquête de l'ICAC. Le ML passe à l'évidence par un moment difficile en tant que partenaire minoritaire dans le gouvernement. Même le leader de ce parti nie la prévalence d'un froid entre son parti et le MSM. Toutefois, leurs relations continueront à retenir l'attention des observateurs, notamment dans le cadre des nominations à des postes encore vacants. La scène politique devrait nous réserver encore bien des surprises.