Des costumes taillés sur mesure

Décidément, le MSM ressemble de moins en moins à un parti politique et de plus en plus à une entreprise familiale dont l’objectif est de faire prospérer ses membres, leurs enfants, leurs conjoints et leurs proches. On avait eu un avant-goût avec le limogeage du CEO d’Air Mauritius pour empêcher qu’il ne traduise un proche devant un comité disciplinaire. On a eu confirmation avec le transfert de pouvoir entre le père et le fils au poste de Premier ministre sans passer par le Conseil des ministres, comme une simple affaire de famille. Après le deal papa/piti, voilà que l’on découvre, ces jours-ci, une transaction mama/tifi. Les filles de Mme la Speaker ont une chance inouïe: la première a été choisie pour un poste dans une institution de l’État sans même savoir que le poste existait et était libre. Sa sœur cadette, qui n’a aucune expertise particulière en pâtisserie, a créé une nouvelle entreprise spécialisée dans la fabrication de biscuits qui a décroché le contrat pour approvisionner Mauritius Duty Free Paradise en… biscuits. Quelle loterie de décrocher ce contrat quelques mois seulement après avoir créé la compagnie! Quelle veine d’avoir choisi de fabriquer un produit dont aurait besoin le Mauritius Duty Free Paradise! Ils ont vraiment de la chance ceux qui font partie du clan des Jugnauth: tout leur réussit, tout semble avoir été taillé sur mesure pour correspondre à  la réalisation de leurs projets professionnels. Ils sont tellement contents que chaque membre ait eu son “boutte” qu’ils ont fait une grande fête en décembre dernier à Clarisse House avec les Jugnauth se faisant applaudir par leurs courtisans, comme une famille royale. Mais bien qu’ils aient utilisé une résidence de l’État et mobilisé la police pour bloquer la circulation, il s’agissait d’une fête familiale. C’est ce qu’a affirmé Mme la Speaker qui se trouvait à la table d’honneur avec ses cousins.
 
Mais soyons juste, le MSM n’est pas le seul parti de l’alliance Lepep à avoir adopté le concept de la transformation des agences gouvernementales en bien familial. Le Mouvement Liberater s’était attelé à cette tâche dès le début du gouvernement en faisant nommer de très proches relations de ses leaders à la tête d’institutions gouvernementales. Bien qu’il dénonce aujourd’hui “la cuisine de la mafia”, Roshi Badhain a, lui aussi, participé à l’opération “nou nomme nou dimoune.” Mais comme Xavier Duval, il a passé de grosses couches de blanco sur cet aspect de son récent passé.  Les deux compères ont raison de ne pas trop s’aventurer sur ce terrain : les nouveaux ennemis doivent avoir des révélations sur les copinages et autres passe-droits dont ils ont fait profiter leurs parents et amis. S’ils allaient trop loin, ils pourraient faire retentir des casseroles qui n’ont rien à faire avec celles que compte utiliser Resistans ek Alternativ pour sa nouvelle campagne.

Le nouveau leader de l’opposition, qui ne semble pas bien savoir à quoi sert sa fonction, joue à un drôle de jeu. Au lieu de faire son travail qui consiste à attaquer le gouvernement, même en dehors des travaux parlementaires,  il semble concentrer ses efforts ailleurs. Il a commencé par disposer de l’opposition comme s’il l’avait reçue en héritage et pouvait en disposer à sa guise. Il a déjà promis à Roshi Bashain – qui ne représente que lui-même au Parlement – qu’il allait lui offrir une place sur le front bench et lui donner la moitié de son temps de parole en tant que leader de l’opposition. Est-ce une offre digne et sincère ou tout simplement un moyen de poser le moins de questions parlementaires possibles pour éviter des répliques cinglantes de la part du gouvernement qui a déjà commencé à compiler des dossiers ? Au lieu d’affronter frontalement le gouvernement sur des sujets d’actualité, Xavier Luc Duval passe sa vie à s’interroger sur les motivations de MMM et de son leader. Après lui avoir reproché de ne pas être venu défiler aux côtés de  Navin Ramgoolam, il accuse maintenant Paul Bérenger d’être en train de conclure une alliance avec le MSM! Ceux qui comptaient sur un renforcement de l’opposition avec l’arrivée du PMSD doivent déchanter et se poser la question suivante: est-ce que le rôle  du leader de l’opposition est de s’opposer au gouvernement ou bien de diviser d’avantage l’opposition parlementaire, au profit du gouvernement? En tout cas, après ses premiers pas et avec toute la bonne volonté du monde, on ne peut pas dire que le poste de leader de l’opposition est un costume taillé sur mesure pour Xavier Luc Duval ! Il est définitivement plus à l’aise au gouvernement. Dans tous les gouvernements.