Drogue: et le traitement ?

Alléluia ! Le gouvernement a (enfin ! on n'y croyait plus…) avalisé la nécessité de réaliser un Drug Control Master Plan. Cela, deux ans et cinq mois après l'avènement au pouvoir du nouveau régime. Encore heureux, sommes-nous tentés d'avancer… Mieux vaut tard que jamais !
Encore heureux parce que ces derniers mois, les travailleurs sociaux disent avoir enregistré « quatre à cinq morts par overdose…» Contre le même nombre, mais par an, avant cela ! Et le chiffre avancé de quatre à cinq morts, relèvent-ils, concerne des cas connus, de par leurs interventions sur le terrain un peu partout dans l'île. Ce sont donc des « known cases ». Et on peut deviner qu'il y a bon nombre de « unknown cases », de par la spécificité du problème.
On a déjà évoqué, dans ces mêmes colonnes, la problématique face aux décès par overdose : seule une autopsie, et donc, des prélèvements scientifiques, des analyses et des examens, peuvent prouver qu'il y a eu mort par overdose. Mais quel parent admettrait que le certificat de décès de son enfant porte la mention « mort par overdose » ? Quel proche en ferait de même pour un frère, une sœur, un conjoint, un cousin ou oncle, même si cette personne était un toxicomane avéré ?
Aucun Mauricien n'accepterait que le souvenir d'un être, qu'il ait été aimé, mal aimé, incompris ou en marge de la société, soit souillé à ce point de contenir comme témoignage de son passage sur terre qu'il était un esclave des drogues et que ces dernières ont eu raison de lui. Aussi, parce que ce témoignage restera gravé pour ceux qui survivent à la victime. À Maurice, où le qu'en-dira-t-on est si religieusement cultivé, l'on ne peut imputer à ces familles ce droit ultime quand vient le moment d'enterrer ce proche.
Mais une fois de plus, et ceux qui sont au pouvoir vont certainement très mal percevoir ce constat, l'aspect du traitement des victimes des drogues, les toxicomanes, est le parent pauvre… Pas au menu, encore une fois. Relégué aux oubliettes et lointains placards. Comme quoi, ce n'est pas du tout un sujet important. Qu'il n'y va pas de la vie et la mort d'un nombre peut-être croissant de victimes…
Oui, le prochain Drug Control Master Plan se déclinera en quatre axes, dont la demande et l'offre, et donc, un volet sur le traitement. Sauf qu'entre le temps que ce document sera rédigé, que les partenaires divers soient consultés et que leurs arguments soient pris en considération, et qu'il sera présenté par le gouvernement actuel, brandi comme une super-formule magique ou un exploit surhumain, combien de morts vont faire les cargos de came importés ? Le temps que le nouveau Drug Control Master Plan soit prêt, peut-être parviendrons-nous à l'échéance électorale... Et, on ne le souhaite pas, mais c'est le sort qui avait été réservé au plan directeur réalisé sous l'impulsion de Sam Lauthan, quand il était ministre de la Sécu; peut-être que ce document sera enfermé dans un tiroir le temps des législatives…
Qui se soucie de ces toxicomanes qui traînent les rues, hagards et totalement désorientés car sous l'emprise du Brown Sugar, et donc totalement déconnectés de toute autre réalité que de "trase" pour calmer le manque cruel, parce qu'ils sont en phase de "fat yen" ? Qui s'inquiète de ceux qui attendaient d'être acceptés sur le programme de traitement par la méthadone et qui, déchantés et désillusionnés quand Anil Gayan a subitement supprimé le programme, sont allés grossir les rangs des toxicomanes déjà actifs ? Qui présente un remède dans le court terme et le moyen terme pour ces pauvres âmes ?
Car, même s'il faut le rappeler des dizaines de fois, les toxicomanes, comme les alcooliques, sont des malades. Ils souffrent d'addictions diverses. Ils ont besoin d'être traités, de ce fait, comme tel. À chaque pathologie, ses remèdes. Aux toxicomanes, aussi, il existe des traitements et des médications. Encore faut-il avoir la volonté de les aider…
L'annonce, il y a maintenant quelques semaines, par le nouveau ministre de la Santé, le Dr Anwar Husnoo, à l'effet qu'il considérait une reprise, moyennant réévaluation et refonte, du traitement à la méthadone, avait distillé un rayon d'espoir dans la communauté des toxicomanes. On avait salué bien bas l'initiative du ministre médecin d'accorder la juste importance à ce dossier laissé trop longtemps en souffrance. Qu'en est-il à ce jour ?
Bien qu'une délégation des Nations unies lui ait rendu visite, ainsi qu'au PM, en ce sens, entre autres intérêts communs, l'on n'entend rien venir de concret, hélas ! Serait-ce que le présent régime ne jauge pas encore toute l'étendue du problème ? De ce fait, réaliser une évaluation de la situation se commande. Afin de confirmer, puisqu'il en est question, que le nombre de toxicomanes est en hausse. Et qu'il y a urgence, bordel !