D'une étincelle solidaire !

La manif spontanée de ce jeudi dans les rues de Port-Louis ne devrait pas être un feu de paille. Mais plutôt l'étincelle qui allumerait le "Sime Lalimier" de la nation mauricienne. L'on souhaitait, dans ces mêmes colonnes, pas plus tard que la semaine dernière, d'ailleurs, et déjà à plusieurs reprises par le passé, que les Mauriciens s'unissent autour de bonnes causes. La souffrance des victimes du SCBG en est une.
Plusieurs familles, et nombreuses d'entre elles, au revenu moyen, ont vu leur train de vie changer brutalement, du jour au lendemain, il y a maintenant presque 30 mois, notamment avec l'arrivée au pouvoir du régime de Lalians Lepep. Et la perception que toute cette affaire ne relève, au fond, que d'une pure vendetta politique, du clan Jugnauth contre Navin Ramgoolam et ceux qui gravitaient dans son entourage, ne fait que se renforcer de jour en jour…
La déclaration, que l'on peut presque qualifier de puérile, du PM Pravind Jugnauth, et qui a mis le feu aux poudres, jeudi, a agi en ce sens. Déjà, la semaine passée, le nouveau PM non-élu s'était fendu d'une réplique similaire, laissant comprendre qu'il n'allait pas rendre visite aux grévistes. On peut comprendre que pour ne pas être traité de populiste, il ait opté pour la fermeté. Mais ce n'est pas pour autant qu'il doit donner l'impression d'être inhumain !
Certes, le défilé des politiques au Jardin de La Compagnie fait partie du jeu de la realpolitik auquel s'adonneront continuellement les politiques qui ne se trouvent pas du côté de la majorité régnante au Parlement. Il va de soi, et on n'est pas dupes non plus, que le type de manifestation qu'est la grève de la faim au Jardin de La Compagnie est une aubaine pour l'opposition.
Cependant, alors que l'on y croyait presque plus, l'acte de désobéissance spontané de ce jeudi est venu raviver la flamme de l'espoir. Le souhait qu'enfin le peuple mauricien arrête d'être à ce point docile pour avaler toutes les couleuvres que lui sert chaque régime qui accapare le pouvoir ! Le désir que viendra ce moment où les Mauriciens répondront aux multiples attaques des politiques sans scrupule en descendant dans les rues et prouvant que le pouvoir réel, il est entre les mains du peuple. Que les votes ne sont pas un dépôt fixe. Et qu'il ne faut plus prendre pour acquis les Mauriciens.
Parce qu'ils se seront réveillés d'une torpeur qui aura duré plusieurs décennies durant lesquelles génération après génération, nous nous sommes laissés faire. Peut-être par trop de gentillesse. Et surtout, par peur des représailles. Parce que nous sommes dans un petit pays où hélas ! dès que quelqu'un ose braver le pouvoir en place, il doit s'attendre à ce que son acte ait des répercussions directes sur sa vie et son entourage. Tant donc sur son travail que sur le quotidien de sa famille… C'est surtout cet argument qui a longtemps affaibli les ardeurs des Mauriciens, on veut le croire. Car nous refusons de penser que notre peuple soit lâche ou trop mou.
Les Mauriciens ont su, à travers le temps, prouver qu'ils savent être un peuple uni, dans la souffrance des uns et des autres. L'un des plus récents exemples n'est autre que le samedi 30 mars 2013. Dans le sillage du flash flood qui s'abattit sur la capitale ce jour-là et qui, outre de prendre 11 vies, transforma le quartier de Canal Dayot en îlot isolé, une chaîne de solidarité nationale se mit en place en un battement d'ailes de papillon… Le souvenir de Mauriciens venant des quatre coins de l'île, et toutes communautés confondues, pour venir en aide aux habitants de ce quartier envahi d'eau et de boue restera à jamais gravé dans les mémoires de tous ceux qui s'étaient déplacés.
Dans un même esprit, l'acte spontané de jeudi dernier aurait eu un impact différent si d'innombrables anonymes avaient adhéré au mouvement des grévistes dans un même élan de solidarité. Mais ne perdons pas espoir. Car il se peut que, sans crier gare, effectivement, des Mauriciens épris de justice et de raison, décident que le jour est arrivé…
Dans un tout autre registre, mais toujours durant cette même semaine écoulée, le PM nouveau a balancé, lors d'une fonction officielle, à l'intention des jeunes, un appel à ne pas se laisser piéger par la drogue. Facile à dire ! Mais comment faire pour y arriver; cela, il n'en a pipé mot ! Quand on sait que nos jeunes n'ont quasiment pas grand-chose à faire pour tuer le temps que de rester scotchés à leurs téléphones portables, pour ceux qui en ont les moyens, et que les autres, moins chanceux, n'ont d'autre distraction que de traîner les rues où, justement, pullulent les marchands de la mort, eh bien bonne chance pour convaincre la masse des jeunes de résister à ne pas « gout enn bout…» !