Share |

Dur, dur d’être stipe !

Les jumelles sont ces jours-ci encore une fois braquées sur la chambre des commissaires de courses et ce pour plusieurs raisons.
D’abord la position et le rôle ambigu de Yahia Nazroo, ouvertement critiqué dans une émission radiodiffusée de notre confrère Radio-Plus, vendredi dernier, quant aux diverses casquettes portées dans le milieu hippique par ce jeune avocat de profession. Celui qui a été propulsé, à la surprise générale, comme steward par les commissaires administratifs après avoir été recruté comme conseiller légal du Mauritius Turf Club, avec le retrait de Brian Glover, et exercé comme photographe de course pendant des années, est loin de faire l’unanimité. Et pour cause.
Pire, les deux commissaires administratifs, le président Gilbert Merven et son collègue Gavin Glover, venus à sa rescousse lors de cette émission n’ont pas été convaincants quant aux réelles attributions de leur protégé. A tel point que lors d’une enquête cette semaine, sa légitimité comme “steward” - dont il semble avoir été mis en retrait après que l’hebdomadaire Week-End ait révélé, photo à l’appui, sa double casquette incompatible de steward et de photographe - ou comme conseiller légal du board des commissaires des courses a été ouvertement contestée par l’entraîneur Ramapatee Gujadhur. Ce dernier se demandait fort justement si, le fait qu’il offre à la vente aux différents professionnels de courses leurs photos ou celles de leurs chevaux, ne compromettait pas son indépendance, en particulier vis-à-vis de ceux qui ne seraient pas ses clients.
Cette crise au sein d’une instance qui a besoin de sérénité et de solidité aurait dû être évitée et il est grand temps que les commissaires administratifs tranchent dans le vif. Yahia Nazroo qui est loin d’être un homme dénué de qualité et d’intelligence, et de surcroît sans doute compétent dans son métier d’avocat et comme photographe, aurait dû de lui-même avoir fait ce qu’il fallait. Au lieu de se pavaner avec provocation, camera au poing dans les travées du Champ de Mars, le samedi, il devrait apprendre à faire preuve de modestie. Ce n’est qu’à ce prix qu’il retrouvera le respect qu’il mérite par rapport à ses qualités humaines que nous avons connues lorsqu’il faisait ses premiers pas dans le monde hippique mauricien.
Et si cela peut donner un argument supplémentaire à ceux qui font un bien étrange «petit bras» dans cette affaire, nous citerons la British Horse Racing Authority qui recommande que les  “amateurs racecourse stewards approved and trained  by the British Horseracing Authority ” qui épaulent les  2 Stipendiary stewards  professionnels employés par l’autorité hippique (l’un  agissant le jour des courses et l’autre officiant comme enquêteur par la suite), soient “unpaid and have no vested interest other than fair racing”. Ramapatee Gujadhur semble avoir visé juste!
L’autre objet d’attention en ce qui concerne la chambre des commissaires de courses est leur maestria à avoir transformé une de leur bévue comme étant une faute du seul apprenti Jeanot Bardottier. Si l’on s’en tient au communiqué, très bien structuré, au sujet d’une objection de plusieurs entraîneurs, dont certains se seraient rétractés avant l’enquête, concernant le fait que l’apprenti Bardottier avait, lors de la 21ème journée, monté le gagnant Sky Link avec une décharge de 2 kg au lieu de 1.5 Kg, comme l’exige le règlement pour tout jockey ayant atteint la barre de 25 victoires, il est écrit que cette erreur qui figure pourtant au programme officiel est de la seule responsabilité de l’apprenti qui a expliqué que” he made a genuine mistake and sustained his argument by drawing attention to the fact that his mistake had gone unnoticed by everyone”. On pourrait croire à un joke !
Les torts partagés auraient été moins injustes, car dans cette affaire la responsabilité du Mauritius Turf Club et de ses officiels à la vérification du handicap et des décharges est aussi grandement engagée. Ces derniers ont largement failli à leur tâche et à leur mission professionnelle de protection des turfistes. Même s’il revient aux apprentis de “claim” leur décharge quoique dans la pratique c’est le MTC qui fait tout,  il incombe quand même aux officiels du club de vérifier et de s’assurer que cette demande est en règle avant de l’enregistrer au programme officiel. C’est le moins que l’on puisse attendre du MTC. Et le mea culpa aurait été digne de cette institution vieille de 200 ans et qui s’obstine à jouer à la vierge effarouchée.
Quant au reste, à savoir si la différence de poids “wrongly claimed” ou “wrongly attributed ”a changé l’issue de la course est vraiment hors de propos.  A ce sujet les commissaires de courses ont créé un dangereux précédent. Ils remettent eux-mêmes en cause le barème de décharge des apprentis en banalisant les différences d’échelles des 500 grammes.  En outre, ils s’enfoncent dans le déni de la faute technique commise. Comme pour le dopage, cette faute aurait dû, comme dans d’autres sports, entraîner la disqualification pure et simple des chevaux montés par Jeanot Bardottier qui a ainsi, en dépit des règles, remporté une course et s’est placé deux fois dans l’argent.
Cette bévue à répétition - 15 partants en quatre journées !!! - qui a été préjudiciable aux turfistes l’est aussi pour ceux qui ont été privés des allocations qui auraient dû leur revenir. L’écurie Gujadhur qui est un prétendant au titre suprême  pourrait en faire les frais si, en fin de saison, il se retrouvait avec un déficit de moins de Rs 90,000 qu’il aurait dû avoir obtenu de cette épreuve sur tapis vert.
Quoi qu’il en soit, Jeanot Bardottier n’en finit pas d’être un bouc émissaire bien commode. Remercié pour une monte jugée inacceptable par son entourage sur Ashanti Gold lors de la 19ème journée, il avait dû se faire une raison lorsque lors de sa prochaine sortie, le cheval, alors piloté par Mark Neisius, de sa dixième ligne avait réalisé un « pillar to post » remarquable malgré la présence à son intérieur de quelques chevaux rapides. Mais voilà que samedi dernier, le même Ashanti Gold a réitéré sa performance initiale quelconque sans que le jockey n’attire, cette fois, les ires de ce même entourage. Bien sûr, la distance n’était pas la même et la différence de poids avec l’un des possibles frontrunners était sensible.
Pourtant, les explications fournies dans l’enquête subséquente à cette épreuve pour soutenir la monte insatisfaisante du jockey nous laisse perplexe. A l’effet que « taking into consideration the pace at which the leaders were travelling down the back straight » qui aurait demandé à son cheval un effort trop important pour améliorer sa position  (le train étant rapide selon eux) est contredit par  le jockey Callow, en selle sur Legion of Honour, qui a lui soutenu lors de la même enquête  que « although  he realised that the pace had slowed down  leaving the 1000 meters and that there was a possibility for him to improve his position on the outside of the leader… ».  Which is which ? Toujours est-il que pour la même démarche, celle de ne pas améliorer sa position, les commissaires de courses ont accepté deux explications contradictoires.
En tout état de cause, dans cette épreuve, il était écrit que Liam devait avoir un « easy lead ». Il l’a eu. Pour  faire comme dans la deuxième épreuve avec Iwayini: “make a certainty from an excellent chance”. Avec les artistes qui sévissaient d’habitude en Asie du Sud- Est, et qui se retrouvent sur notre sol, ce type de course va se répéter à profusion jusqu’à la fin de la saison si on n’utilise la cravache et les éperons justifiés que contre les jockeys locaux parce qu’ils se défendent moins bien que les étrangers. On comprend bien que ce n’est pas toujours facile, mais la clé de voûte du système réside dans l’analyse du betting. Un récent exemple en France vient de révéler, à travers les paris, qu’un match de handball dont le résultat avait surpris plus d’un était finalement truqué. C’est dans cette voie qu’il faut résolument s’engager…