Éducation et Santé,une réelle angoisse

Alors que les activités socio-économiques du pays s'inscriront dans sa nouvelle dynamique à compter de lundi, les regards sont braqués sur deux secteurs clés de l’État providence, à savoir l’éducation et la santé. Si l’abolition du CPE – un véritable fardeau qui pesait sur les épaules de nos enfants, – a été accueillie avec soulagement, l’introduction du nine-year schooling est entamée avec une inquiétude certaine. Parents et professionnels de l’éducation ont le sentiment de s’engager dans une nouvelle aventure au tracé encore incertain.
De nombreux parents affirment être dans le flou quant aux programmes qui seront appliqués et la disponibilité même des manuels scolaires. Malgré les assurances de la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun, à l’effet que les parents verront plus clair dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau système, beaucoup craignent qu’au niveau du trial and error auquel nous a habitués le gouvernement dans d’autres secteurs d’activités, cette première génération d’élèves ne soit utilisée comme des cobayes, qui risquent de payer très cher le prix de cette expérience. Il y va de leur avenir.
Dans le contexte de cette nouvelle aventure, une très lourde responsabilité pèse sur les enseignants et les responsables de l’éducation qui auront l’ingrate tâche de s’assurer du succès du nouveau système grâce à leurs engagements personnels. D’un point de vue politique, tous les partis suivent avec attention l’évolution de ce secteur, particulièrement ceux de l’opposition, qui ne feront aucun cadeau à la ministre de l’Éducation et au gouvernement. Ces derniers ont donc intérêt à ne pas sous-estimer les conséquences politiques que toute défaillance dans la mise en œuvre du nine-year schooling pourrait avoir.
Au niveau de la santé publique — qui, comme l’éducation, est au cœur de la dimension sociale de la politique gouvernementale grâce à sa gratuité —, les milliers de patients qui fréquentent les établissements hospitaliers publics sont inquiets au vu de la politique sur la pratique privée des spécialistes. La crainte que bon nombre de spécialistes finissent par délaisser les établissements publics pour se concentrer sur le privé est bien réelle et grande. Il est du devoir des décideurs de s’assurer des conséquences à court, moyen et long terme de toute décision politique encore plus au niveau du service de la santé, où c’est la vie de chaque patient qui est en jeu. Nombreux sont ceux à considérer que la double pratique public-privé est un fait courant à travers le monde. Il faudrait à l’évidence parvenir à trouver un juste équilibre par le biais du  dialogue et éviter qu’il y ait des abus de part et d’autre, avec en tête l’intérêt et le bien-être de chaque citoyen et non pas les profits faciles et l’accumulation des richesses. Souhaitons que le bon sens et la sagesse prévalent et qu’un système de santé qui soit à la hauteur des ambitions de Maurice, comme un centre de santé régional, puisse être mis en place par les autorités.
Au plan politique, les conséquences du départ du PMSD du gouvernement pour se situer dans l’opposition prennent de plus en plus la forme d’un affrontement violent entre le MSM et le PMSD. Les attaques et les contre-attaques entre les deux anciens partenaires ont dominé le paysage politique à la fin de l’année dernière. La violente droite lancée par le Premier ministre contre son ancien adjoint dans son message à la nation le 1er janvier a choqué plus d’un. « Il est malheureux aujourd’hui que certains en qui vous aviez placé votre confiance ont trahi cette confiance… Ils vous ont abandonné pour jurer allégeance à la pourriture et à l’immoralité que vous avez rejetées massivement », a-t-il lancé. La grande question est de savoir pourquoi le Premier ministre s’obstine à aller de l’avant avec le Prosecution Commission Bill sans discussion malgré une levée de boucliers générale contre les dangers du texte de loi tel qu’il est présenté. L’affrontement entre les deux anciens partenaires a gagné maintenant les administrations régionales en particulier à Curepipe, où le PMSD a décidé que la mairesse bleue ne démissionnera pas parce que son parti a largement contribué au succès de l’Alliance Lepep aux municipales. Le MSM a brandi la menace d’une motion de censure à Curepipe. Des débats politiques sans merci s’annoncent à l’horizon.