En attendant l’audition de Pravind Jugnauth

La décision du Premier ministre, Pravind Jugnauth, de déposer devant la commission d’enquête sur la drogue a été accueillie avec beaucoup de satisfaction par tous ceux suivant avec intérêt les travaux de cette instance et qui placent beaucoup d’espoir quant à son issue. La presse et certains dirigeants politiques, dont le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, l’avaient, dès la semaine dernière, encouragé à prendre cette voie, qui est celle de la raison. Sa réaction, dans un premier temps, avait été vive et brutale, mais il est bon qu’en fin de compte la sagesse ait prévalu. Sa démarche renforce la crédibilité de la commission instituée par l’actuel gouvernement et permet de maintenir les débats dans les périmètres de cette instance, présidée de main de maître par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen. Son audition est maintenant attendue avec une grande impatience. Espérons qu’elle ne se limite pas à réfuter les allégations faites contre lui dans divers quartiers et par le détenu Peroumal Veeren, et qui ont défrayé la chronique pendant plusieurs jours, bien qu’on reconnaisse que la tentation dans ce sens soit grande pour des raisons politiques.
Au contraire, cette audition devrait être une opportunité pour le Premier ministre de livrer le fond de sa pensée concernant son engagement dans la lutte contre le trafic de drogue. On s’attend à ce qu’il apporte une contribution positive en restant fidèle à la posture qu’il a adoptée jusqu’ici, consistant à affirmer qu’il sera « sans pitié » pour les proches, amis, parents, agents ou collaborateurs s’ils se trouvaient mêlés, d’une façon ou d’une autre, au trafic de drogue dans le pays. Paul Bérenger avait, lors de son audition volontaire en novembre de l’année dernière, dénoncé les brebis galeuses présentes dans nos institutions, dont la police, et avait déposé un document contenant les noms d’une série de personnes soupçonnées d’être des trafiquants. Rien n’empêche le Premier ministre d'en faire de même en soumettant, lui aussi, une liste susceptible de permettre à la commission d’approfondir son enquête.
Du côté du parti travailliste, son leader, Navin Ramgoolam, a fait une violente sortie contre l’actuel gouvernement, mettant en doute sa capacité de mener à bien la lutte contre le trafic de drogue. C'est son droit et nous le respectons. Mais pourquoi ne pas manifester, lui aussi, son intérêt à venir déposer devant la commission d’enquête. Nous sommes certains qu’en sa capacité d’ex-Premier ministre et ancien responsable de la sécurité nationale, il devrait avoir beaucoup de choses à dire, à commencer la raison pour laquelle il avait fait la sourde oreille devant les demandes insistantes en faveur de l’institution d’une commission d’enquête sur la drogue durant son mandat.
Nous ne finirons jamais de stigmatiser les dégâts causés par le fléau de la drogue, et dont les victimes transcendent les classes, les races, les religions, comprenant des personnes de tout âge, à commencer par des jeunes. Ajouter à cela que la drogue est associée au grand banditisme, actif dans tous les secteurs, dont celui des finances, et affecte la sécurité en général. Il est en effet un fait établi aujourd’hui que la détérioration de la sécurité dans le pays n’est pas étrangère à la drogue. Un hôtelier réputé dans le nord nous confiait d'ailleurs récemment que non seulement sa maison avait été cambriolée à plusieurs reprises, mais que des membres de sa famille avaient vécu la malheureuse expérience d’être attaqués sur la route. Des étrangers venus s’installer à Maurice, en se basant sur sa réputation de havre de paix, ont ainsi perdu leurs illusions, au point d’envisager de partir ailleurs. Raj Bhujohory, président de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), estime d'ailleurs à 500 le nombre de délits commis contre des touristes en 2016/17. Au niveau de la police, on reconnaît que beaucoup de trafiquants sont en fait des receleurs connus. Les autorités ont de fait tort de se gargariser de la baisse des statistiques concernant le taux de criminalité et de se contenter de dire que « c’est pire ailleurs ». L’insécurité est surtout un problème humain et donne lieu à des drames humains qui, en s’accumulant, feront beaucoup de mal au pays, à son économie, à son industrie touristique et à son image internationale. Il faudrait sans doute restructurer la force policière en général ainsi que la police du tourisme. Mais il faut aussi reconnaître que le pays vit dans l’attente d’un leadership fort, capable de renverser la perception que les malfaiteurs sont en avance sur les autorités, d’un leader capable de se mettre debout pour dire à tous ces trafiquants : « We are stronger than you. »