En Marche !

La journée des stayers a été à la hauteur des ambitions du Mauritus Turf Club et le groupe Le Mauricien Ltd, qui patronnait cette journée, a toutes les raisons d’être heureux et satisfait de l’accueil du public et des différents responsables du MTC dans la conjoncture. Merci à tous ceux qui ont rendu cette journée belle et captivante. S’il fallait s’en convaincre, elle a aussi été très appréciée par le public qui aime ces épreuves de longue distance couronnant la plupart du temps un cheval de tenue plus endurant et qui pourra soutenir un effort plus longtemps, même si sa pointe de vitesse finale est généralement moins bonne que celle d’un cheval de courte distance. L’appétence à des longues distances ne peut être feinte et si ces épreuves-là sont courues sur des bases élevées, il n’y aura que les meilleurs à l’arrivée.
Et cela engendre parfois des révélations inattendues, comme nous en avons vécu samedi dernier dans le Turf Magazine 4Oth Anniversary Golden Trophy où, à la surprise générale, deux chevaux délaissés par les pronostiqueurs et le public sont venus se glisser dans le triplé gagnant de cette épreuve haletante à souhait et qui a été indécise jusqu’à la dernière foulée. Tabreek est venu surprendre le stayer confirmé Enaad aux abords du poteau, entraînant dans son sillage M L Jet, qui a fait une énorme impression en raflant le deuxième accessit devant un courageux Scotsnog, qui a démontré qu’il ne faut pas le rayer hâtivement comme un prétendant au titre suprême des stayers. Ce quarté impensable avant le coup est venu bouleverser les certitudes des uns et des autres pour le Maiden, et tout cela devant un public désabusé. Et pour cause…
Au-delà du résultat, cette course annoncée comme étant un avant-goût du Maiden a été plutôt amère pour les amoureux et admirateurs de Parachute Man, double vainqueur classique la saison passée, qui était là déjà battu à 600 mètres de l’arrivée et son jockey l’a sagement repris en fin de course. Évidemment, chacun est allé de son commentaire négatif après la course, après avoir été dithyrambique en sa faveur auparavant. Son échec dans le Barbé avait été attribué à la monte du jockey et cette fois c’est à un incident en course qu’on cherche à expliquer sa contre-performance. Mais d’autres interrogations fusent. Les deux galops de mardi dernier n’ont-ils pas été préjudiciables au cheval ? La course dure de la Coupe d’Or 2016 ne l’a-t-elle pas "brûlé" et un peu dégoûté de la compétition ? Du côté de son entraîneur, beaucoup plus réaliste, c’est plutôt sa place trop élevée à l’échelle des valeurs et la présence de vrais stayers de qualité cette année qui relativisent les ambitions de Parachute Man cette année. Nous sommes aussi de ceux qui pensaient avant le coup que rendre plus de 4 kg à Enaad n’était pas chose aisée mais, de là à le voir incapable de répondre aux accélérations de Netflix aux 1200, 1000 et 600 mètres, il y a de quoi se poser la question sur l’état de forme morale du cheval, pourtant reconnu par tous les spécialistes comme ayant été physiquement étincelant à l’entraînement. A-t-il bénéficié de suffisamment de repos à l’intersaison puisqu’il avait été maintenu à l’entraînement pour concourir en Afrique du Sud ?
Nul ne le saura jamais, mais Ricky Maingard, qui le connaît mieux que tout le monde, est confiant qu’à poids égal dans le Maiden il garde ses chances de faire le doublé intactes, même s’il faudra compter avec Enaad et Solar Star, les deux autres vrais stayers de qualité susceptibles de rafler la mise, selon lui. Sur ce qu’on a vu samedi, le Maiden 2017 est plus ouvert que jamais et c’est tant mieux pour cette course mythique du calendrier hippique mauricien. Apparemment, il y a de la revanche dans l'air…
Alors que les joies de cette journée mémorable étaient encore fraîches dans les esprits et que chacun allait de ses commentaires concernant le rendez-vous de septembre, ne voilà-t-il pas qu’en catimini, dans le brouillard de l’euphorie de la journée du Golden Trophy, les trois jockeys sud-africains Yeni, Danielson et Lerena, blanchis par le MTC, l’auront tout aussi été par la Police des Jeux, et par extension par la GRA, puisqu’ils ont pu prendre l’avion dimanche dernier et rentrer chez eux comme si de rien n’était. Cet épisode ressemble fort à ceux, vécus dans le passé, pour les jockeys Durso et Callow, qui ont pu repartir chez eux alors qu’ils étaient susceptibles de fournir des renseignements significatifs sur le fonctionnement de la mafia des courses dans notre pays. Mais aujourd’hui cela ne choque plus. C’est presque de la routine en quelque sorte, cautionnée par les autorités hippiques (GRA et MTC), qui ont encore montré leur incapacité à mener une enquête de cette envergure à son terme et qui ont laissé filer des petits filous qui ont cédé aux alléchants divertissements d’un bookmaker. Et nous avons la conviction que ce n’était pas pour ses beaux yeux uniquement ni pour des pistaches… La naïveté dans ce domaine n’est vraiment plus de mise.
Pour rappel, ce sont les relations inacceptables, révélées sur les réseaux sociaux et la presse, entre ces jockeys et un bookmaker au passé controversable qui avaient fait le buzz, au point où la GRA a contraint le MTC d’ouvrir une enquête et de sanctionner les jockeys, qui ont ensuite été blanchis dans des conditions troublantes et déconcertantes. Quant à l’enquête de la Police des Jeux dans cette affaire, elle est à la hauteur de toutes celles initiées contre les anciens dirigeants du pays, à l’effet qu’elles sont tellement bien faites qu’il n’y a aucune suite policière ni légale. Si c’est comme cela qu’on va nettoyer les courses, il faudra repasser, car tout le monde connaît les vrais corrupteurs de ce milieu, mais jamais aucun d’entre eux n’a vraiment fait l’objet d’une enquête sérieuse.
S’il y avait une réelle volonté de mettre de l’ordre, il aurait fallu étudier les patterns de betting chez ce bookmaker lorsque ces jockeys échouaient sur des favoris, par exemple. Malheureusement, ces données ne sont pas publiquement disponibles, comme le sont ceux des différents totes, ce qui démontre que même la transparence est à géométrie variable. Maintenant, il faut s’attendre que le bookmaker pointé du doigt retrouve rapidement son droit à exercer dès que sa suspension sera terminée. Les pressions qu’il exerce, jusqu’ici sans succès, pour récupérer sa licence sont à la limite de le décence, lorsque l’on sait que parmi ce qui lui est reproché figure une accusation d’illegal betting, dont on ne sait aujourd’hui si elle aura une suite ou pas.
Dans le même temps, l’ICAC continue sa quête d’informations auprès de professionnels de courses et du MTC pour en savoir plus sur ceux qui sont officiellement les propriétaires de chevaux et voir si l’argent ayant servi à acheter ces coursiers provient ou pas du trafic de drogue.
Le monde hippique est donc toujours sous la loupe, mais la tension qui existait entre les différents acteurs semble s’être atténuée après avoir connu un paroxysme avec le Finance Bill. Quelles seront donc les prochaines étapes dans la nouvelle configuration des rapports de force ? Soumission ou partenariat ? Toujours est-il que le nouveau board d’appel, version GRA, est en phase d’incubation, alors que le MTC se prépare à accueillir son nouveau CEO. Les premiers pas des changements annoncés semblent donc être en marche…