En toute bonne foi !

Elle s’est sérieusement mise dans de très sales draps notre première (et, souhaitons-le, pas la dernière) présidente de la République. Pire, l’option de s’expliquer via un message diffusé par la station nationale n’est certainement pas à son avantage. Bien au contraire…
Ameenah Gurib-Fakim s’est retrouvée sous les feux des projecteurs depuis plusieurs semaines avec l’éclatement du scandale Sobrinho. Quelle qu’ait pu être son implication (personnelle et en tant que chef de la République) dans cette affaire, au fur et à mesure des détails qui ont transpiré dans les médias, il nous semble, à notre humble avis, qu’outre d’avoir pris ses distances du tristement fameux Planet Earth Institute, la présidente de la République aurait peut-être pu aussi faire son mea culpa… Expliquer que sa bonne foi a été trahie en ce qu’il s’agit de cette affaire, que l’erreur est humaine. Ce geste, de sa part, aurait été, à notre sens, élégant et de mise. Elle en aurait acquis probablement un certain capital de sympathie.
Nous sommes également d’avis qu’au lieu d’utiliser la station nationale pour diffuser un message où elle annonce sa décision de se retirer de l’organisation d’Alvaro Sobrinho, elle aurait pu convoquer une conférence de presse et répondre diplomatiquement aux questions des médias. Concéder justement que sa bonne foi a été trompée et qu’elle saisit, avec le recul, et dans sa pleine mesure, l’ampleur du scandale. Cet acte de foi aurait été, à notre sens, davantage à la hauteur de sa personnalité et des valeurs qu’elle incarnait jusqu’ici. Et cela aurait certainement mieux fait passer la pilule. Mais bon, le coup est désormais déjà parti, difficile, voire impossible, de faire marche arrière.
Le choix était pourtant là. Mais Ameenah Gurib-Fakim a opté pour une méthode archi-usée par certains politiques : diffuser un message via un instrument de l’État, et ainsi éviter l’affrontement public. Et de fait, pervertir l’exercice démocratique.
Contourner l’exercice sacré des questions/réponses ne semble pourtant pas une épreuve que Ameenah Gurib-Fakim redouterait. Notre présidente a bien brillé, à de maintes reprises, et tant sur le plan national qu’à l’étranger, sur ce plan. Son parcours d’universitaire et de scientifique de renom, couplé à son aisance naturelle à débattre des grandes questions en étant sur le gril, en attestent. Ainsi, en préférant la télé nationale pour son « explication », Mme Fakim entretient plus que jamais les doutes et nourrit les soupçons quant à son implication réelle dans l’affaire Sobrinho.
C’est justement un acte de bonne foi qui semble avoir animé le ministre Husnoo quant à sa décision d’une éventuelle réintroduction de la méthadone. L’homme – qui est avant tout un professionnel de la médecine – connaît et comprend les implications de la suppression de ce traitement. D’où très probablement sa décision. Et son audace, de renverser une décision prise par un autre membre de son parti, le ML, qui n’est autre que son Deputy Leader, Anil Gayan !
Bien évidemment, une autre lecture s’invite aussi face à cette démarche. Les rompus du jeu politique avanceront qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’une nouvelle stratégie pour affaiblir davantage le deuxième partenaire du MSM au sein de l’Alliance Lepep, avec le départ du PMSD. Gayan, déjà à genoux avec l’affaire Samputh, en prend encore pour son grade puisque son successeur à la Santé ose contrecarrer une mesure qu’il avait prise et qu’il avait défendue bec et ongles ! De surcroît, le Dr Husnoo ne jouit pas du même carat que le ministre du Tourisme sur le front-bench du parti de Collendavelloo…
Et les spéculations vont bien entendu bon train quant à savoir si Anwar Husnoo ne serait pas en train de « cross the floor », dardé par les rayons ardents du parti Soleil, ou s’il agit de bonne foi… Fait-il ou pas le jeu de ceux qui souhaiteraient voir partir la bande à Collendavelloo ? Ouvrant ainsi la porte à quelques potentiels candidats de l’opposition… Car durant toute la polémique suivant la suppression du traitement de la méthadone par Anil Gayan, il est vrai que le Dr Husnoo n’avait pipé mot et s’était subtilement éclipsé du débat !
Soit. Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que Anwar Husnoo a fait le bon choix en souhaitant rétablir le traitement à base de méthadone et poursuivre celui à base de Suboxone, tel qu’initié sous la férule d’Anil Gayan. Plus il y a d’options pour les toxicomanes souhaitant sortir de l’enfer des drogues, et mieux ce sera. C’est un fait connu que chaque toxicomane est un individu à part entière, avec ses caractéristiques et sa capacité propre. Que Anwar Husnoo soit motivé par un quelconque désir politique ou par un réel devoir de scientifique face à un problème croissant, la finalité est cette bonne nouvelle pour les toxicomanes ! L’on sait que les listes d’attente s’étaient allongées depuis la suppression de la méthadone comme médicament de substitution. De nombreux toxicomanes avaient fini par rechuter…
En ce week-end pascal, les actes de foi prennent toute leur valeur. De la part de nos dirigeants, ce à quoi le peuple s’attend, candidement peut-être, c’est justement de faire preuve d’un peu de bonne foi dans leurs actions.