Encore un coup de com raté !

Saluée par certains comme étant une grande démonstration d’autorité premierministérielle, la démission de Showkutally Soodhun du poste de vice-Premier ministre n’est qu’une tentative de com ratée. Au lieu d’une décision sans appel prise par le chef, vendue par sa com, on a vite compris qu’il ne s’agissait, en fait, que d’un arrangement bricolé « d’un commun accord ».
En fin de compte, il ne s’agit que d’un arrangement qui ne règle rien et remet au lendemain ce qui aurait dû avoir été résolu avant-hier. Voyons les faits. En début de semaine, commence à circuler sur les réseaux sociaux, un enregistrement d’une déclaration du vice-Premier ministre et ministre du Logement, faite en juillet. Dans cette déclaration, le ministre décrète qu’il ne faut pas octroyer des maisons de la NHDC à une catégorie de Mauriciens en spécifiant les raisons de sa décision. Des raisons qui puent le communalisme primaire. L’enregistrement tombe entre les mains de journalistes qui décident de ne pas le diffuser et d’aller le faire écouter au Premier ministre. Quand il reçoit les journalistes, mardi après-midi, le Premier ministre dit qu’il avait entendu parler de l’enregistrement et promet de faire ouvrir une enquête par la police pour s’assurer de son authenticité. Interrogé le lendemain sur cet enregistrement, devenu entre-temps le talk of the country et ayant suscité de multiples réactions contre Showkutally Soodhun, le Premier ministre répond que l’enquête policière est en cours et redit qu’il ne prendra une décision qu’une fois qu’elle sera complétée. Les réactions contre les propos du vice-Premier ministre continuent à se multiplier, dont une sortant de l’ordinaire. Il s’agit d’une déclaration du numéro 2 du gouvernement, le ministre Collendavelloo, qui affirme que les propos attribués à Soodhun ont été tenus en « petit comité » et ne prêtent pas à conséquence. Ce qui est grave, par contre, assure le numéro 2 du gouvernement, c’est le fait qu’une personne a enregistré et diffusé cette déclaration. Faut-il comprendre qu’il est tout à fait normal pour le gouvernement en place que des ministres tiennent des propos à caractère communal en petit comité ? En tout cas, une majorité de Mauriciens, dont le cardinal Maurice Piat, condamne davantage celui qui a tenu les propos incriminés que celui qui les a enregistrés.
Vendredi soir la télévision nationale est — plus longuement que d’habitude — monopolisée par le Premier ministre. Il intervient trois fois dans le JT, tout d’abord pour annoncer les nouvelles mesures qu’il a prises pour améliorer la « negative tax », puis pour annoncer la démission de Soodhun et enfin pour répondre aux questions de la presse sur cette démission. Au premier abord, on se dit que pour une fois — en dépit du fait qu’il a pris trois jours pour le faire — Pravind Jugnauth a pris une décision forte. Et puis, en écoutant ses explications et ses réponses aux questions — inaudibles — des journalistes, on se rend compte qu’en fait de grande décision, il ne s’agit que d’une opération de com censée montrer l’autorité du Premier ministre, mais qui finalement n’est qu’une illustration de sa faiblesse et de ses incohérences — et qui suscite d’autres interrogations. Il n’a pas imposé la démission qui a été décidée de concert avec le démissionnaire en qui « il conserve toute sa confiance ». 
Comme l’enquête policière qui doit certifier l’authenticité de l’enregistrement n’est pas terminée, pourquoi est-ce que le Premier ministre a demandé à Soodhun de démissionner « dans l’intérêt national » ? La décision « conjointe » de faire démissionner Soodhun n’est-elle pas implicitement un aveu de culpabilité ? Une fois de plus, le Premier ministre se retrouve au centre d’une autre opération de com ratée. Cette dernière donne le sentiment qu’il tolère — ou est d’accord avec — les propos attribués à Showkutally Soodhun, puisqu’il semble être incapable de le sanctionner.