Et ça repart !

Nous ne nous attarderons pas sur la manifestation ridicule organisée vendredi devant les locaux des groupes Le Mauricien et La Sentinelle par un groupe qui avait à sa tête un ancien gros bras du camp Boolell, celui qui, par exemple, allait protéger le bon Arvin contre les hommes de Siddick Chady. Il a viré sa cuti depuis qu’il est devenu un proche parent d’un membre du MSM et que des connaissances à lui ont pu entrer à Air Mauritius. C’est à mettre sur le compte du folklore dont sont friands des marionnettes professionnelles.
C’est par contre plus sérieux et plus pernicieux ailleurs sur le front du socioculturel. On nous avait promis la fin de la politisation des fêtes religieuses, mais ça repart subitement de manière exponentielle. Le CEB qui, il est vrai, fournit l’électricité et qui apporte donc la lumière, s’est depuis peu découvert d’autres vocations. À part ses obscures compagnies, montées de toutes pièces pour échapper au contrôle parlementaire, il s’improvise aussi organisateur de fêtes culturelles.
C’est ainsi que l’organisme parapublic qui, il faut le rappeler, se trouve sous la tutelle du ministère des Services publics, organise un show pour célébrer ses 75 ans et la fête Divali ce soir, non pas dans l’enceinte d’un de ses locaux principaux, à Curepipe ou Ébène, mais dans la circonscription de son ministre de tutelle, à Rose-Hill, dans la cour du Plaza, et qu’il est prévu qu’Ivan Collendavelloo, l’élu de la localité, « will grace the event with his presence. »
L’invitation est signée de Shamshir Mukoon, le directeur général par intérim du CEB, mais, compte tenu de ses antécédents, on peut penser que le président Seety Naidu, celui qui avait brillé par sa présence intempestive à un congrès du Muvman Liberater le 30 juillet au Plaza, ne serait pas totalement étranger à cette activité financée par un organisme public à des fins de promotion politique et partisane. Ce sont de telles dérives, l’utilisation des ressources publiques à des fins politiciennes, qui finissent par pervertir la politique.
Or, dans ce registre, il semble qu’une véritable compétition s’est installée. Et cette belle fête nationale qu’est Divali est devenue le moment idéal choisi par certains pour se livrer à une guerre de tranchées. Navin Ramgoolam profite d’une célébration pour nous entretenir de son programme politique qui est d’abolir la redevance télé de Rs 150 qu’il défendait ardemment lorsqu’il était Premier ministre et de « kas ledo » de certains — apparemment ce n’est plus les reins.
Plus modéré dans ses propos — ceci explique peut-être cela —, Pravind Jugnauth, pourtant invité d’honneur de la Hindu House pour le lancement des célébrations de Divali, s’est vu administrer une véritable leçon de conduite des affaires publiques de la part de son hôte Virendra Ramdhun. Celui qui s’était déjà fait remarquer à Ganga Talao cette année a invité le Premier ministre à gérer le pays comme son père SAJ et à faire preuve de fermeté en sanctionnant ceux qui, dans son équipe, dérapent en ce moment. Et Dieu sait qu’ils sont nombreux. En tout cas, du jamais vu dans l’histoire des célébrations de cette fête, un Premier invité pour recevoir en public un cours particulier de gestion de la part d’un dirigeant d’une organisation socioculturelle.
Pour couronner le tout, les célébrations dites nationales organisées vendredi par la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation, nouvelle vague post-Somduth Dulthumun. Joli coup que d’avoir réussi une première, celle de réunir tous les leaders politiques autour de Divali. Le président de la MSDTF, proche des travaillistes, s’est fait un point d’honneur d’affirmer qu’il est avec le Premier ministre après que la fête a été quelque peu gâchée par des cris de soutien des partisans respectifs de Navin Ramgoolam et de Pravind Jugnauth. Ce qui, du coup, a donné le sentiment aux autres invités d’avoir été conviés à une petite querelle de chefs politiques sur fond de contrôle du socioculturel.
Tout cela se passe pendant que le pays est confronté à des problèmes urgents. On peut fêter mais il faut rester dans l’esprit de la fête. Au lieu de nous entretenir de son hypothétique abolition de la redevance télé, le leader du PTr devrait nous expliquer comment des cleaners travaillant pour des contracteurs engagés par le ministère de l’Éducation ont toutes ces années touché rien que Rs 1 500 par mois. Ou était alors le fameux slogan bef travay bef mem bizin manzé ?!
L’actuel gouvernement a également une lourde responsabilité dans la dégradation de ce dossier. De gros espoirs ont été donnés aux mal menés du système. Entre engagement d’introduire le salaire minimal qui se fait attendre et la bonne mesure du paiement de la taxe inversée, ces cleaners ne se retrouvent toujours pas. Ceux qui les poussent à observer une grève de la faim doivent enfin prendre leurs responsabilités. Le problème n’est pas aussi insoluble qu’il n’y paraît. La ministre de l’Éducation a un devoir urgent d’agir.
Autre problème du moment, celui d’Air Mauritius. Cela ne sert à rien de parler de pertes de Rs 242 millions, un chiffre jeté comme ça pour impressionner la galerie. Et ce n’est pas aux pilotes qu’il faut imputer la responsabilité de ce manque à gagner. C’est à ceux qui voulaient faire de petites économies de chandelle sur le dos des pilotes qu’il faut réclamer des comptes. En voulant rogner sur les avantages des pilotes et pour quelques millions d’économie visées, la compagnie nationale d’aviation a finalement perdu encore plus. Et pour cela, ceux qui ont organisé cette foire unique dans les annales d’Air Mauritius doivent répondre. En premier !