Et si les électeurs s'indignaient?

Dans environ deux mois, 42 052 électeurs de Belle-Rose/Quatre-Bornes iront voter pour élire leur nouveau représentant à l’Assemblée. Un député n’est pas un demi-dieu inaccessible. Un député n’est pas non plus un pantin qui se contente de faire de la figuration dans l’hémicycle. Il est le porte-parole, l’ambassadeur, voire le défenseur de ses mandants et des citoyens du pays. Depuis la démission de l’ancien député Roshi Badhain en juin dernier, la question d’une élection partielle n’est plus abordée avec l’euphorie que ce genre d’exercice soulève habituellement, d’ailleurs la présente campagne dans la circonscription se passe dans l’indifférence. Il fut un temps où des élections étaient vécues avec passion. La politique n’est plus ce sport national qu’elle était. La politique est désormais du mauvais cinéma, une série burlesque, une comédie de quatre sous où on prend les mêmes et on recommence. Rêver d’un nouveau souffle et la fin d’une scène politique bipolaire ne relève pas de l’utopie même si pour le moment cela semble impossible. La démocratie suffoque ! Il y a trop de vautours qui lui tournent autour et qui se battent pour la contrôler. C’est dans ce contexte que les électeurs au No 18 iront choisir un représentant. Qui ? Oui, qui saura être à la hauteur d’un peuple dont la majorité en a marre de se réveiller tous les matins pour un salaire qui ne correspond pas au coût de la vie, lequel ne cesse d’augmenter ? Mine de rien, même si de manière générale comme l’attestent les réactions et échanges passionnés sur les réseaux sociaux, la population se régale des scandales qui enchaînent, elle dit aussi en parallèle son ras-le-bol des polémiques aberrantes qui implique la classe politique et son entourage. Le pire, c’est que chaque scandale est tel un ingrédient additionnel déversé dans le chaudron en ébullition. Lorsque le chaudron ne pourra plus contenir la masse bouillante, il explosera. Le dérapage ou l’abus de trop pourrait entraîner une colère qui se manifestera dans la violence. Il est triste de constater que des problèmes sociaux, des cadavres découverts dans la nature, des crimes, des vols avec violence, des drames humains sur fond de drogue synthétique se succèdent, mais malheureusement dans l’ombre des polémiques politiciennes et autres frasques politico-financières qui émaillent le gouvernement. Tout cela a de quoi indigner une population en quête de sécurité, de paix sociale et de sanctions à l’encontre de tout individu, aussi Very Very Important Personality soit-il, qui serait en effraction avec la loi et la moralité.
Pourquoi aller voter le 17 décembre 2017 ? Par devoir civique. Par respect pour la Constitution. Par reconnaissance pour la démocratie. Et si pour toutes ces raisons, les électeurs de Belle-Rose/Quatre-Bornes décidaient de ne pas se rendre aux urnes. Si justement par respect pour la Constitution, le peuple décide de ne pas envoyer un candidat à l’Assemblée pour éviter que celui-ci, par exemple, ne le trompe pendant les travaux parlementaires avec son portable en envoyant ses fantasmes les plus érotiques à ses conquêtes. Oubliant ainsi ses prérogatives. Et si par devoir civique les électeurs optent pour l’abstention ou le vote blanc parce qu’ils ne veulent plus de scandales genre Rum and Sugar, Euroloan, dérapage verbal, Bal kuler, allégations variées, fréquentations contestables ? Pourra-t-on en vouloir à des citoyens désillusionnés, désabusés, écoeurés, las, révoltés de bouder les 13 centres de vote un dimanche de décembre ? Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve un dimanche, ce jour reste sacré pour beaucoup. Alors pourquoi sacrifierait-on son dimanche pour des regrets ? Qu’il y ait un taux record d’abstention, il y aura toujours un élu. Mais, le message du peuple sera clair.
Le Mauricien n’est pas dupe. Pendant des années, de très longues années même, il disait ce qu’il ne pensait qu’à son entourage. Il a longtemps attendu avant de pouvoir s’exprimer, ouvertement ou anonymement, sur les ondes des radios privées et enfin se lâcher sur Facebook. Mais s’il est passionné, il est en revanche plus timoré quand il faut passer à l’action. Tant que l’action est bon enfant, le Mauricien répondra présent. Le Mauricien sait s’indigner. Il dira: “assez !”, ou encore “il est temps que ça change !” Mais il en restera là. Et si le 17 décembre, à une semaine de la Noël, il s’indignait pour de vrai ? L’on a été témoin en décembre 2014, de quoi est capable une population qui en avait plein le dos. C’est dans le calme qu’elle a surpris le régime dont elle ne voulait plus en la bottant avec une plume!