Et si le ridicule tuait ?

Les propos tenus cette semaine par le vice-Premier ministre et ministre du Logement et des Terres, Showkutally Soodhun, à l'encontre du leader de l'opposition, Xavier-Luc Duval, et largement diffusés sur les réseaux sociaux, ont été accueillis avec consternation, colère et inquiétude. Quelles que soient les motivations politiques ou les sentiments animant le président du MSM vis-à-vis du leader du PMSD, son comportement met le gouvernement dans une situation embarrassante. D'ailleurs, l'embarras prévalant dans les rangs de la majorité parlementaire était palpable à l'Assemblée nationale mercredi durant la dernière séance parlementaire avant les vacances d'hiver. Dès son arrivée dans l'hémicycle avant le début de la séance, plusieurs ministres, dont des avocats, l'ont entouré pour comprendre la raison pour laquelle il avait tenu  de tels propos. Sans doute comprenant, après coup, la portée de ses propos, le ministre Soodhun était particulièrement agité dans l'hémicycle mercredi, s'asseyant tantôt aux côtés du Premier ministre, tantôt  à sa place, sur le “front bench”. Et lorsque le leader de l'opposition a quitté l'hémicycle après l'intervention de Santaram Baboo sur l'Economic Development Board Bill, il s'est précipité à sa suite, sans doute pour essayer de s'expliquer. Mais il semblerait que sa démarche n'ait pas abouti, Xavier-Luc Duval lui ayant fait comprendre qu'il avait été cette fois trop loin et mettait sa sécurité en péril.
Pour prendre la mesure des propos de Showkutally Soodhun, il faut imaginer ce qui serait arrivé si un membre de l'opposition avait lancé, à son encontre ou d'un autre dirigeant de la majorité, voire même le Premier ministre : « Si kouma dir mo bodyguard ti donn moi revolver.... mo ti pou touy li dan Parlman. Sa mem ki apel Djihad. »  
De la même manière qu'il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, il n'y a pas de plus ridicule que celui qui n'a pas l'intelligence de reconnaître qu'il l'est. Il devient dangereux, sans se rendre compte que si le ridicule tuait, il aurait été le premier à disparaître. Mais la question qui est sur toutes les lèvres est de savoir qui arrêtera son élan ? Pourquoi n'a-t-il pas été jusqu'ici rappelé à l'ordre ? Pourquoi n'a-t-il pas encore été interrogé par la police ?
En matière de ridicule, allez demander au personnel et aux parents fréquentant l'École du Nord ce qu'ils pensent de l'arrivée fracassante quotidienne du vice-Premier ministre Soodhun dans la cour de l'établissement escorté par des estafettes de police, devant et derrière sa voiture officielle, pour accompagner son petit-fils. En bon grand-père, il descend de sa voiture pour accompagner personnellement son petit-fils en classe, suivi de ses gardes du corps. Jamais auparavant des dirigeants du gouvernement, et pas des moindres, n'avaient agi de la sorte dans la cour d'une école pour accompagner leurs enfants.
Récemment, à sa sortie d'une rencontre avec le roi d'Arabie Saoudite, un journaliste arabe lui a demandé pourquoi il portait le costume national de ce pays. Preuve qu'il s'agissait d'une démarche inhabituelle. Malheureusement, Showkutally Soodhun ne semble pas avoir compris qu'un ministre de Maurice, République souveraine et indépendante, ne peut jurer allégeance à la famille royale saoudienne ou d'un autre pays. Pourquoi s'obstine-t-il à agir de la sorte, au risque d'entraîner tout le pays dans les conflits qui opposent les pays arabes, comme cela a été récemment le cas pour le Qatar et qui a été dénoncé au Parlement ? Pourquoi ne s'est-il pas intéressé jusqu'ici aux problèmes du peuple palestinien, qui continue à lutter contre l'occupation juive et qui milite pour la création d'un Etat. Plus grave encore, Yusuf Mohamed s'est insurgé hier dans une déclaration de presse de l'utilisation des termes religieux, comme « Djihad », à mauvais escient pour jouer sur l'émotion religieuse de l'assistance.
Au lieu de se ressaisir, Showkutally Soodhun continue de se tirer des balles dans le pied... et dans celui du gouvernement. Ce faisant, il place le Premier ministre devant une grande responsabilité, ce dernier devant faire preuve de leadership. Il lui revient en effet de trancher et de remettre Showkutally Soodhun à sa place.