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Un étrange paradoxe

Le débat sur la réforme électorale a finalement pris une tournure assez cocasse. Il occupe les devants de l'actualité depuis deux mois, monopolise les interventions du grand public sur les chaînes de radios privées, même si les animateurs des émissions concernées, sans risque de sonner un peu décalés, se désolent que l'on ne pense qu'à ça et qu'on ne parle que de ça. Et le plus surprenant, c'est que lorsque les dirigeants politiques évoquent autre chose, l'économie par exemple, qui a été l'objet de la rencontre avec la presse du leader de l'opposition le samedi 29 septembre, et que le Premier ministre établisse, cette semaine même, quelques comparaisons avec d'autres pays pour soutenir que Maurice ne s'en sort pas aussi mal en matière de taux de croissance, ce sont les médias eux-mêmes qui s'arrangent pour recentrer le débat sur la réforme électorale. Il faut savoir ce qu'on veut.
Et ce qu'on sait au terme du débat qui se poursuit encore sur cette fameuse réforme électorale, c'est que la plupart des formations politiques ont déjà exprimé leurs vues sur la question et que les seuls qui n'ont pas encore clairement fait part de leurs propositions sur le sujet sont bien ceux qui composent le gouvernement, le PTr et le PMSD. Ce que l'on sait aussi, c'est que le Premier ministre a très solennellement annoncé le 27 juillet à l'Assemblée nationale qu'il ferait rappeler cette institution, si besoin est, pour considérer le projet de loi sur la réforme électorale dès qu'il sera prêt. Et que depuis beaucoup d'eau a coulé sous le pont.
L'affaire, qui a connu une parenthèse à la faveur des vacances parlementaires, a rebondi avec les observations du Comité des Droits de l'Homme de l'Organisation des Nations unies, enjoignant le gouvernement à déclarer ses intentions et à se prononcer sur les décisions à prendre dans un délai de six mois. Et alors que la machine s'est emballée et que le sentiment assez généralisé était que les choses allaient assez vite aboutir, voilà que le Premier ministre vient une nouvelle fois doucher les attentes. Certains l'avaient prévu, mais il faut être assez cynique pour penser que les nouvelles circonstances favorisant ce débat allaient déboucher sur le classique ramgoolamien du "wait and see".
Les acquis obtenus durant les débats de ces deux derniers mois ne sont pourtant pas négligeables. Sur cette épineuse question du Best Loser System, l'unanimité ou presque a été obtenue pour qu'il soit remplacé par un autre système moins franchement sectaire et divisionniste. Les uns ont ensuite proposé ci et les autres ça. Le MMM, qui se penche sur le sujet et qui a produit un premier document sur la réforme électorale en 1984, n'a pas cessé de formuler des propositions. Qu'elles soient bien ou mal inspirées. L'idée étant de faire avancer le dossier. La dernière étant la formule 62+20+8 qui reste, apparemment, sujette à discussions. Le MSM, quant à lui, partenaire du remake de 2000, a clairement pris le parti du statu quo. La réforme électorale n'est pas la priorité des priorités, mais une priorité reste le maintien du BLS.
Les autres petites formations ont, elles aussi, fait connaître leur position. Le MMSD d'Eric Guimbeau s'est prononcé contre le recensement, contre le BLS, contre l'augmentation du nombre de députés mais pour la création d'un Sénat. Cehl Meeah, autre élu qui, avec sa plate-forme de regroupement d'intérêts très particuliers comprenant Éliézer François et Lutchmeeparsadsing Ramsahok, a défendu le BLS. Rezistans ek Alternativ, qui a mené le combat contre la déclaration d'appartenance communale pour pouvoir être candidat, a proposé 62+20, alors que Lalit a suggéré quatre députés par circonscription, trois pour Rodrigues et un pour l'archipel des Chagos, et 20 à la proportionnelle, et Jocelyn Grégoire s'est lui aussi prononcé contre le BLS mais pour quatre élus par circonscription. On a entendu tout le monde, sauf ceux qui nous gouvernent. C'est quand même un étrange paradoxe.
Le délire avait, en l'absence du Premier ministre du pays, gagné ses troupes avec les uns se prononçant pour le recensement et contre le BLS, d'autres pour le recensement et le maintien du BLS. C'est peut être le Premier ministre lui-même qui a alimenté la confusion dans les rangs de son propre parti. Un jour, c'est le BLS qui est incompatible avec la proportionnelle ; un autre, c'est remontrances à la ronde pour la presse et d'autres qui n'auront pas compris qu'il n'a jamais dit qu'il fallait abolir le BLS. Un jour, il demande à son vis-à-vis, le leader de l'opposition, de se montrer plus flexible, plus souple ; le lendemain, c'est autre chose et la proposition de Paul Bérenger est jugée inacceptable. Alors que l'on croit acquis le seuil de 7,5% pour être qualifié pour des députés à la proportionnelle, le chiffre semble cette fois faire débat et considéré comme étant trop bas.
Il faut savoir ce qu'on veut et, en dernier lieu, ce qui intéresse le grand public. Dans ce débat d'idées et de propositions, fussent-elles sérieuses ou farfelues, c'est de savoir ce que Navin Ramgoolam, lui propose. Il ne peut indéfiniment se contenter de commenter les propositions des autres. Il est temps de se déclarer. Il y a eu Sachs, il y a eu Carcassonne, il y a eu Rama Sithanen, il y a eu ces nombreuses consultations à Londres sur la réforme électorale. Tous les partis ont déjà formulé leurs suggestions mais vous, leader du PTr, qu'est-ce que vous proposez, vous ? Le jour où Navin Ramgoolam répondra à cette question, il commencera à apparaître un tant soit peu crédible sur le dossier de la réforme électorale.


Commentaires

A qui profite la réforme électorale?
(i) aux partis politiques ?
(ii) aux Leaders des partis politiques ? ou
(iii) au peuple de Maurice?
Dans toutes les recommandations faites à ce jour sur la question les seuls bénéficiaires ne seront que des partis politiques et leurs leaders, afin qu’ils puissent avoir plus de contrôle sur le peuple à travers leur position stratégique.
Mais ce qu’il faut voir est primordialement comment va pouvoir bénéficier le peuple de Maurice de cette réforme, tant souhaitée ?
Il est un fait que notre auguste Assemblée Nationale est mal constituée et de ce fait est non representative;cela depuis plus de 50 ans, en attendant toujours une réforme acceptable de l’Electoral Boundaries Commission. De plus la volonté de voir corriger cette anomalie en fait défaut. Comment peut-on encore accepter qu’un député à l’Assemblée Nationale élu par un suffrage de moins de 10,000 voix puisse avoir le même droit de vote qu’un autre avec un soutien de 30,000 votants ? C’est là où le bas blesse.
Pour corriger la situation je préconise le « Proxy Voting » à l’Assemblée Nationale, c’est à dire que le principe ou la pratique de « one man one vote » soit aboli et remplacé par la formule de « Multiple votes » ou « Proxy Voting». De ce fait pour toute décision, loi ou motion prise à l’Assemblée Nationale, chaque député votera selon le nombre de votes recueillis par lui le jour du dernier scrutin.
A bon entendeur salut !
S.P. Naidoo