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Excès de zèle

Que ce soit en religion, en politique ou dans les mouvements sociaux, les nouveaux convertis sont souvent les plus zélés. Ils ressentent le besoin de pratiquement tout faire pour montrer à leur nouveau leader/gourou à quel point il peut compter sur leur loyauté et leur dévouement. Si le nouveau converti vient d’une autre religion ou d’un autre parti politique, il ressentira le besoin de montrer, plus encore, sa fidélité pour faire oublier son passé. Mais ce besoin de faire mieux pour le gourou/chef, parfois même avant qu’il ait eu le temps de le demander, peut se retourner contre lui. A vouloir trop en faire, on finit parfois par défaire, atteindre exactement le contraire de l’objectif fixé.
C’est ce qui vient d’arriver à Sheila Bappoo, ministre de la Sécurité sociale, et non pas celui de la Femme, comme je l’ai écrit par erreur, dimanche dernier. J’en profite pour dire que dans ces affaires qui concernent des femmes, on n’a pas entendu le titulaire du portefeuille de la Femme, Mireille Martin. Tout comme les spécialistes autoproclamés des Droits des femmes. De toutes les manières, elles sont plus habituées à complimenter les représentants du pouvoir qu’à défendre celles qu’ils attaquent. Mais revenons au zèle, au désir de bien se faire voir qui a poussé Sheila Bappoo à donner une correction à ceux qui attaquent son nouveau leader. En l’occurrence, Pravind Jugnauth, le leader du MSM,  qui avait osé, lors d’une conférence de presse, non seulement critiquer le gouvernement mais également  pointer du doigt une proche du pouvoir en lui donnant le surnom d’un poisson. En allant, samedi de la semaine précédente, faire une déclaration à la police, Sheila Bappoo pensait sûrement faire taire les attaques contre son leader actuel et, en même temps, flanquer une claque à son ancien leader, Anerood Jugnauth. Ce dernier l’avait dans le passé qualifiée durement de «poutou rassi», ce qui n’était pas très élégant.
Mais dans son désir de défendre son leader, Mme Bappoo a oublié une règle essentielle de la vie et de la nature: une action, surtout si elle est exagérée, peut donner lieu à une réaction incontrôlable. Il faut dire, à la décharge de Mme Bappoo, qu’elle a été aidée dans sa tâche par la police qui compte en son sein quelques galonnés encore plus zélés. C’est ainsi qu’au lieu de prendre leur temps pour mener une enquête de routine – comme c’est sans doute le cas pour la plainte logée contre Nita Deerpalsing par Sir Anerood Jugnauth – les zélés en galons ont décidé d’accélérer les procédures.
Pravind Jugnauth tardant à répondre à leur convocation pour expliquer ses attaques contre le gouvernement lors d’une conférence de presse, la police qui se trouve  être sous la responsabilité du ministre de l’Intérieur, Navin Ramgoolam, le traite comme un vulgaire suspect, et va l’interpeller à son domicile. Après l’avoir entendu pendant quatre heures, le surlendemain de Noël, la police le convoque pour une autre audition au début de l’année, le 3 janvier pendant une alerte cyclonique de classe 2, comme-ci il y avait urgence en la matière.  Le problème est que le Mauricien n’aime pas les excès et tout ce qui ressemble à « dominère », surtout ceux pratiqués par la police. La manière militaire dont il a été convoqué a rendu Pravind Jugnauth, un peu oublié politiquement depuis que son père est revenu dans l’arène politique, sympathique. Après tout, critiquer le gouvernement – et l’opposition – est un sport national dans ce pays et s’il fallait arrêter tous ceux qui le pratiquent, il faudrait surement mettre en prison au moins la moitié de la population. En fin de compte, la déposition politique de Sheila Bappoo a propulsé de nouveau  le leader du MSM au devant de l’actualité.
Pire : pour sa deuxième convocation aux Casernes centrales, Pravind Jugnauth a renversé les rôles passant du stade d’accusé à celui d’accusateur qui réplique à chaque accusation. Les gradés zélés qui pensaient pouvoir venir à bout de Jugnauth junior en quelques heures en ont été pour leurs frais. Pendant plus de treize heures, c’est lui qui a mené la danse répondant à chacune de leurs questions sur ses critiques par des arguments et des documents. Des documents qui impliquent des ministres dans des affaires que l’on croyait enterrées, ou des copies d’actes légaux très embarrassants pour le premier d’entre eux. Des documents tellement embarrassants qu’une offensive légale, que la justice a traitée avec une célérité notable, pour qu’ils ne soient pas rendus publics a été enclenchée, hier matin. Toute cette agitation est le résultat du cadeau de fin d’année que Sheila Bappoo a voulu faire à son nouveau leader. Comme quoi des cadeaux dont les répercussions ne sont pas mesurées peuvent se transformer en bombes politiques. On ne sait si Navin Ramgoolam a inspiré sa nouvelle protectrice mais vu la tournure des événements et l’impact négatif que tout ce remue-ménage a enclenchés sur sa propre personne, il doit être en train de se répéter à longueur de journée : “Protégez-moi de mes amis et de leur excès de zèle, ils sont beaucoup plus dangereux que mes ennemis” !


Commentaires

Exces de zele est le comportement atypique de ceux tombant et etant sous l'influence d'un regime totalitaire, agremente par une culture develope par celle ci.
Imaginez que serait les Etats Unis et/ou le monde aujoudhui si le tout puissant G.W.Bush avait la possibilite de briguer plusieurs mandats...