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Faim de République

Une grève de la faim est-elle un acte de courage? Question que pose l’action menée depuis dix jours au Jardin de la Compagnie par le militant écologiste et culturel Jeff Lingaya, pour protester contre le permis Environment Impact Assessment (EIA), octroyé le 22 janvier dernier par le ministère de l’Environnement à CT Power pour son projet de centrale à charbon à Albion.
Qui dit grève de la faim dit combat. Dit aussi rapport de force. De l’Irlande à l’Inde, de Bobby Sands au Mahatma Gandhi, l’histoire est riche d’exemples de personnes ayant entrepris des grèves de la faim pour tenter de faire avancer une cause, une conviction, une position politique. Ou pour protester contre une injustice.
Jeff Lingaya est un cas. Dans un pays où la majorité semble plus encline à se soucier de son avantage personnel, il a déjà montré, à travers sa grève de la faim pour les licenciés d’Infinity, qu’un jeune pouvait aujourd’hui ne pas être concerné au premier chef par un problème mais néanmoins se sentir interpellé par une injustice causée à des concitoyens au point de mettre sa vie en jeu pour que cette injustice soit réparée.
C’est un acte porteur d’espoir.
Mais cela reste, aussi, un acte qui pose autrement question.
Après la grève de la faim, il y a deux semaines, de Jack Bizlall aux côtés d’une employée licenciée de la State Bank, qui a ainsi obtenu la compensation méritée, celle entreprise par Jeff Lingaya vient témoigner d’une réalité très préoccupante: à savoir du grave breakdown institutionnel dont souffre l’île Maurice.
Notre pays est gangrené par des dysfonctionnements face auxquels la population se sent de plus en plus démunie. CT Power fait la synthèse de ces dysfonctionnements. Il y a là la  dichotomie flagrante entre le discours officiel d’un gouvernement qui met en avant le beau concept de Maurice Île Durable d’un côté et qui en face accorde des permis à des projets qui vont à l’opposé de ce concept. Le charbon est une énergie encore relativement bon marché mais indéniablement sale. Hautement polluante. Et présentant de graves dangers pour la santé. À Beijing ces derniers jours, le gouvernement chinois a été obligé d’ordonner la fermeture provisoire d’une centaine d’usines et l’interdiction de circulation de plus de 30% des véhicules,  puis de recommander aux habitants et en particulier aux enfants de ne pas sortir en raison de la forte pollution atmosphérique causée principalement par les centrales à charbon. Ici, on nous dit que CT Power ne sera pas polluant...
Les experts se rejoignent pour dire que nos besoins énergétiques croissent de telle façon que nous aurons sans doute besoin, d’ici 2015, des 110 MW supplémentaires que se propose de produire CT Power. En tout cas si on laisse les choses se poursuivre de la même façon. Or, c’est à un changement radical de paradigme que nous sommes aujourd’hui invités.
Ainsi, le Dr Khalil Elahee, président de l’Energy Efficiency Management Office, qu’on ne peut qualifier de doux rêveur, fait très justement ressortir la nécessité de se pencher sur la question de gestion de la demande d’énergie et des possibilités d’économie d’énergie. Et donne des pistes concrètes à cet effet. Comme accentuer l’utilisation de lampes de basse consommation qui ont, à elles seules, permis d’éviter une hausse de la demande de 25 MW  soit la moitié de la première tranche promise par CT Power. Produire des bioénergies en partenariat avec les pays de la région comme le Mozambique ou Madagascar. Rendre durables les investissements du CEB à Fort Victoria et à St Louis en remplaçant l’huile lourde par du biodiesel.
Le dossier énergétique est un dossier majeur qui mérite un débat et une implication nationale. Car au-delà de CT Power, il s’agit clairement d’un secteur générant des profits, et donc des convoitises et intérêts énormes. Qui vont se jouer sur la tête de la population si les garde-fous nécessaires ne sont pas dûment mis en place. C’est dire s’il est capital que nous refusions la très pratique communalisation de la question, les opposants étant accusés d’être contre le projet CT Power parce qu’il est porté par des hindous, alors que les Independent Power Producers (IPP) de l’industrie sucrière utilisent le charbon et font des profits colossaux, et secrets, sans que cela fasse sourciller. L’affaire CT Power est un déclencheur; il nous revient de le prendre comme tel. Et c’est dans ce sens que va la Plateforme de Soutien à Jeff Lingaya, lorsqu’elle demande, fort justement et avec maturité, que les autorités rendent publics tous les accords signés avec les IPP et mettent sur pied une Energy Audit Commission avec la participation de la société civile, afin de définir une politique de gestion soutenable de la production et de la consommation de l’énergie.
L’action de Jeff Lingaya est un acte de courage, qui a de fortes chances d’amener des développements positifs. Mais peut-on s’en remettre à l’émotionnel pour faire face au breakdown institutionnel que met au jour toute cette affaire (notamment dans la façon dont le permis EIA a été attribué, alors que la Plateforme citoyenne s’opposant au projet était encore dans l’attente de la décision de la Cour suprême sur sa demande de judicial review. )
Non. Clairement non. Car il viendra, assez rapidement sans doute, un moment où le gouvernement refusera de céder à ce qu’ il considère comme un chantage. Soit iĺ y aura mort. soit abandon, et démonétisation de cette arme ultime qu’est la grève de la faim.
Une République digne de ce nom ne peut se construire sur la mise volontaire en péril de la vie de ses plus jeunes citoyens. C’est d’abord sur le terrain institutionnel qu’il faut se battre jusqu’au bout, en utilisant tous les recours. La grève de la faim ne devant être que le recours ultime. C’est aussi ce que nous montre l’action de Jeff Lingaya. À nous tous de savoir ne pas être assez lâches pour nous contenter de louer son courage, en n’insistant pas, d’abord et avant tout, pour que le fonctionnement de nos institutions soit à la hauteur de ce que nous sommes en droit d’attendre d’une République digne de ce nom.


Commentaires

NR ek la plupart so banne minis y compris minis de l 'environnement pas comprend même ki appel MID,
Zot fer politique ar tout zafer au détriment ban mauricien et l'île Maurice en général. Et qui plus est, zot croire Maurice appartenir à zot!!!
Zu pu conner quand mauricien pu dessan dans la rue pu revendique zot droit ..

maurice Ile Durable! Quelle ironie!

Ki nou pou kit pou bann zenerasion fitir??!! Karbonn?, enn lesiel noir kot pa trouv soley? Enn lamer nwar? Li domaz ki enn sitiasion kot LAVI dimoun azordi ek dimin an peril, li avan tou enn desision politik, sirtou sa politik malprop la! Nou ti kapav fer politik otreman..sirtou kan li konsern lavi imin. An tou-ka, Yann Arthus-Bertrand finn trouv sa...Li finn trouve kouman gouverman aster ek le passe kouman inn pas akote enn vre l'ile moris, ile dirab..Sinserman mo pa pe trouv sa gouvernman la pou sede lor sa sitiasion la...li domaz ki mem enn lagrev la faim pa pou aret sa ..sirtou ek sa politik ekonomik kanibal la!..E mem si bann-la pou pibliye sa Environment Impact Assessment la, mo pe anvi krwar ki kapav aret sa..vremem..sirtou pou nou lasante, lasante zanfan albion, lasante zanfan moris..pou lasante lepep moris...Domaz