Fané lor fané !

Ce samedi devrait être une journée hippique de haute facture avec en point de mire la deuxième épreuve classique de la saison, la Pharmacie Nouvelle Barbé Cup. Avec le retour à la compétition de Parachute Man, le cheval champion 2016, l’attrait en est encore plus fort. S’il va lui manquer la fameuse course dans les jambes malgré un entraînement bien dosé, et quoi qu’il ait des adversaires affûtés, il n’empêche qu’il en sera l’un des principaux animateurs, si ce n’est le cheval à battre, surtout à poids égal. Mais ses concurrents ne viennent pas avec la fleur au fusil sur la piste. Ils ont pour certains des ambitions légitimes de s’adjuger la palme, en particulier le représentant de Gilbert Rousset, Charles Lytton, s’il retrouve son meilleur niveau, Tandragee, le meilleur Gujadhur de service, qui respire la santé, et surtout One Cool Dude, le compagnon d’écurie de Parachute Man. Ce deuxième représentant de l’écurie Maingard a été malchanceux lors de sa dernière sortie, pour n’échouer que de peu derrière Blow Me Away, et il faut rappeler qu’il aurait sans doute poussé Parachute Man dans ses derniers retranchements lors de la Coupe d’Or 2016 s’il n’avait pas été gêné à un moment crucial de l’épreuve. Parmi les autres possibilités pour créer la surprise, il faut noter les nouveaux Easy Lover, qui continue sa montée vers les sommets, et Awesome Adam, dont les limites sont inconnues à ce stade. L’écurie Rameshwar Gujadhur fait appel à Captain Magpie et ML Jet, mais ni l’un ni l’autre ne semblent a priori prêts à compenser l’absence regrettée de Blow Me Away. À moins d’une grande surprise, ce Barbé semble promis à l’écurie Maingard, mais une fois n’est pas coutume, le jockeyship pèsera de tout son poids sur le résultat de cette course, d’autant que la grande majorité sera composée de Mauriciens…
Dommage, car nous sommes de ceux qui pensent qu’un savant mélange de jockeys étrangers de talent et de meilleurs locaux donne des épreuves de plus belle facture et donne au produit "course mauricienne" une plus grande reconnaissance et un impact international plus fort. Les dirigeants de Hong Kong l’ont compris depuis longtemps et ce n’est pas un hasard qu’ils réunissent les meilleurs du monde, dont un Mauricien, Karis Teetan, qui fait la fierté de notre pays.
Cette situation chaotique et de raréfaction des jockeys étrangers à consentir de venir chez nous est le résultat de la chasse aux sorcières exercée ces dernières années contre eux par les autorités mauriciennes. Qu’il est révolu le temps où, comme le disait Jean Halbwachs, ces jockeys étaient prêts à nager pour rejoindre nos côtes ! Maintenant que leurs écarts sont synonymes de tracasseries policières, prison et pressions en tous genres, parfois inutilement, ils préfèrent continuer à travailler chez eux ou aller ailleurs où l’herbe est plus verte.
Cela dit, il est injuste que ces jockeys soient traités comme les seules brebis galeuses du secteur hippique à Maurice, alors que les plus grands defaulters sont des corrupteurs locaux qui profitent de la vulnérabilité de leur fragile statut d’étrangers. La vérité aussi au niveau des jockeys, c’est qu’il n’y a pas de réelle différence entre locaux et étrangers en termes de corrompus. Ils sont pour la plupart à la même enseigne, non parce qu’ils sont foncièrement malhonnêtes dans leur essence, mais parce que le système, entretenu de longue date par ceux qui en bénéficient impunément, les contraints tous, souvent contre leur gré, à devenir des corrompus. À la semaine, jockeys mauriciens et étrangers sont sanctionnés pour leurs travers en course, qui sont souvent liés aux pressions exercées par leurs corrupteurs, mais ils sont les seuls à payer de leurs écarts. Tout le monde sait qui sont les corrupteurs, mais leur connexion politique est si puissante, du fait qu’ils financent abondamment les partis politiques, qu’ils sont vaccinés contre toute tracasserie.
S’il fallait une preuve de ce postulat, il suffit de prendre pour exemple les malheurs conjugués des trois jockeys sud-africains Yeni, Danielson et Lerena. Eux sont sanctionnés, et nous supportons cela avec fermeté, mais ce qui choque, c’est qu’il y a une loi qui punit des jockeys qui fréquentent un bookmaker, mais qu’il n’y en a apparemment pas pour un bookmaker qui fréquente des jockeys.
En tout cas, la GRA a démontré cette semaine que sa raison d’être n’a plus aucun sens pour la bonne marche des courses. D’abord, l’actualité accroît de jour en jour les accusations contre son président dans une commission d’enquête sur la drogue, alors que ses relations professionnelles avec une compagnie de paris avaient déjà fait peser sur lui des soupçons de conflit d’intérêts qui ont animé des débats passionnés au Parlement récemment. Nous le répétons, même si la présomption d’innocence doit prévaloir, il est aussi un fait que le doute n’est pas permis à la tête d’une institution censée veiller à la bonne marche d’un secteur aussi sensible que celui des courses hippiques, qui sont elles-mêmes secouées depuis le début de la saison par des relations incestueuses avec des trafiquants de drogue, dont certains continuent à polluer l’air du Champ de Mars. Une mise en retrait à la mode Dayal du gouvernement serait la moindre des choses pour le soldat de la GRA dont les opérations de sauvetage se multiplient avec une indécence rare.
Quant à sa directrice, Mme Ringadoo, qui alterne le bon et le moins bon, sa crédibilité est actuellement mise à mal par le board de la GRA, qui n’a jusqu’ici pas avalisé ses affirmations dans une émission de radio, vendredi dernier, à l’effet que le bookmaker Jankee, qui entretenait des relations « contraires à l’éthique » avec des jockeys, comme affirmé par la CEO de la GRA, devait être sanctionné par « une suspension, normalement », même si elle a pris la précaution de dire que c’était au board de prendre la décision.
C’est la CEO qui a raison. Malheureusement, jusqu’ici, elle est totalement désavouée et humiliée par un conseil d’administration dominé par un président "boiteux" et un conseiller de PMO qui a été dénoncé par les Britanniques comme n’ayant pas dit toute la vérité sur le rapport intérimaire Parry. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis lundi, le silence cette semaine est à la mesure de l’emballement de la semaine dernière. Pas un communiqué pour le public pour au moins expliquer l’inexplicable. On cache la vérité au peuple comme on détruit un patrimoine national comme la School en catimini.
La CEO aura-t-elle le courage de dire publiquement les pressions exercées en interne sur elle pour ne point prendre d’action contre le bookmaker Jankee ? Aura-t-elle le cran d’expliquer les raisons politiques externes qui sont derrière le blocage de la sanction contre le bookmaker Jankee ? Si elle le fait, elle prend la porte de sortie, mais même si elle ne le fait pas, l’échafaud semble être déjà en mode construction. Elle a involontairement contribué, en faisant son travail, à ce que les agissements de ce bookmaker, protégé du PMO pour des raisons connues de tous, aient été un temps révélés à la face du public.
Si l’on en croit certains de ses collègues bookmakers, surpris par son récent retour aux affaires après avoir été interdit pour des raisons d’incapacité de paiement, il suffit d’étudier l’évolution des cotes de certains chevaux montés par ses nouveaux amis jockeys et de les comparer à ceux de ses confrères pour définitivement comprendre que leurs relations n’étaient pas que sociales. Qui pourra faire cela, puisque ces informations ne sont pas publiques ? Et on comprend aujourd’hui encore mieux pourquoi !
En tout cas, il faudrait qu’elles le deviennent dans le même cadre de la transparence logiquement exigée pour les traitements dont bénéficient les chevaux. La GRA, si prompte à sauter sur tout ce qui bouge, s’est encore une fois ingérée dans la gestion quotidienne des courses. Alors que le MTC, eu égard à une pratique courante, que l’on peut contester ou pas, a autorisé Rye Joorawon à monter ce samedi, il en a finalement été interdit par la GRA, qui s’était pourtant dit favorable la veille. Mais les démons de minuit de cette organisation gouvernementale, qui est l’une des rares à travailler tard la nuit — allez savoir pourquoi ! — se sont réveillés et ont entraîné une interdiction formelle au MTC de permettre au jockey Joorawon de monter. Ce sont apparemment des articles de presse qui précisaient qu’il pourrait monter le cheval Parachute Man de l’écurie Maingard qui ont précipité les choses. Et dire que ses services avaient été retenus par l'entraînement Rousset pour piloter Charles Lytton.
Comme quoi, lorsqu’une institution est à la dérive, on peut s’attendre à n’importe quoi. Pour parodier un parti politique qui se proclame de « rézilta lor rézilta », nous pouvons affirmer que pour la GRA, la devise la plus appropriée serait « fané lor fané ! » Au fait, où en sont les relations de fiancés heureux entre le MTC et la GRA ? Le loup a encore hurlé et le Petit Chaperon rouge fait tout pour être mangé…