Fébrilité

Il y a comme une grande fébrilité dans l’air. Avant même que les réponses aux questions de Rajesh Bhagwan sur la rémunération de Gérard Sanspeur ou les liens entre le président de la GRA, Raouf Gulbul, candidat battu du MSM aux dernières élections, et le milieu du jeu et des paris ne soient diffusées, les deux nominés politiques ont vite utilisé leurs relais habituels pour s’expliquer et se justifier. Si l’avocat est resté dans la décence, le conseiller à Rs 500 000 mensuelles, se sentant probablement fort de sa proximité avec la branche la plus influente de la famille royale, s’est fendu d’une explication qui a choqué plus d’un.
 Celui qui a fait ses premiers pas dans le business auprès de sir Kailash Ramdanee, le père de l’épouse du Premier ministre, a, avec une arrogance rarement vue chez un pistonné partisan, parlé du prix de sa compétence en ajoutant, comme pour s’essayer dans un humour qu’il ne maîtrise pas, qu’il ne fallait pas que l’on s’attende qu’il touche la salaire d’un meter reader. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi de balancer sur ce métier en particulier. Il aurait pu dire éboueur, ce job que fait de temps en temps son patron pour se donner un peu de consistance. Il l’a fait parce que l’auteur de la question qui a permis de révéler le montant du pactole que lui payent les contribuables, Rajesh Bhagwan, a été meter reader.
 Et le meter reader, il vous emmerde. Comme Narendra Modi, qui fut tantôt vendeur de thé à la gare routière de sa ville natale du Gujarat, puis cantinier, a dû, puisqu’il n’était pas l’héritier d’une quelconque dynastie, en faire autant lorsqu’il est devenu Premier ministre de la plus grande démocratie du monde. Gérard Sanspeur, que quelques comiques habituels ont, par pur instinct grégaire, essayé de défendre hier sur certaines ondes, ne peut pas se comparer à celui qui est le seul dans la présente Assemblée nationale, et peut-être de l’histoire de la législature mauricienne, à avoir été élu continuellement à huit élections générales, 1983, 87, 91, 95, 2000, 2005, 2010 et 2014.
 Lui, il a la légitimité populaire tandis que Monsieur Sanspeur n’a que le mérite de la proximité clanique, même s’il a de temps en temps été annoncé comme candidat du MSM à Belle Rose/Quatre Bornes. Sans que cela ne se matérialise. Il faut croire qu’il n’a pas été jugé assez “compétent” par le Sun Trust pour rechercher un mandat électif. Ne serait-ce que comme conseiller municipal. C’est dire.
 On ne connaît pas ou pas encore ses exploits gestionnaires, même si l’on doit désormais avoir une petite idée de la hauteur de vues d’un conseiller politique qui touche déjà Rs 474 000 et qui se fait en plus payer Rs 2 000 à chaque fois qu’il chauffe un des fauteuils du boardroom de la Tertiary Education Commission dont on a pu malheureusement croire que c’était une instance spécialisée réclamant une formation pointue dans le domaine de l’enseignement supérieur.
 Par contre, même s’il n’a pas été très longtemps aux affaires, Rajesh Bhagwan peut s’enorgueillir d’avoir été un bon ministre de l’Environnement et un excellent maire de Beau-Bassin/Rose Hill. Si Gérard Sanspeur ne sait pas ce qu’a fait cet ancien meter reader, il peut toujours demander au Cardinal Maurice Piat qui est le ministre qui a fait aménager Le Dauguet en parcours de rêve pour joggers de la capitale et d’ailleurs. Nul besoin, par ailleurs, de revenir sur ce que cet ancien maire et son équipe ont pu faire pour améliorer la qualité de vie des habitants de Beau-Bassin et de Rose Hill. Aussi méprisable qu’aura été le propos du conseiller de Pravind Jugnauth, il aura néanmoins eu le mérite d’être utile pour comprendre ce que ce monsieur est. Réellement.
 Fébrilité. Il semble que le secrétaire général du MMM ait été atteint de ce virus dans la nuit de samedi dernier. Ajay Gunness n’avait pas à se rendre au poste de police, même si sa sœur lui a lancé un appel de détresse et, pour le reste, le fond de l’affaire, on est en présence de deux versions que devront départager les tribunaux. Cela dit, la charge provisoire de faire obstacle au travail de la police a été vite logée. En quatre jours. Dimanche compris. Quelle police efficace !
 Par contre, la police des Jugnauth, Nobin et Hoolash est extrêmement lente lorsqu’il s’agit de donner des suites à l’agression dont est accusé Hans Ballah et qui remonte, selon les documents de police en libre circulation, au 19 janvier 2017. Même lenteur dans les enquêtes sur le ministre Sesungkur et sur le député Sudesh Rughoobur, dénoncé lui aussi pour détournement par un partenaire français depuis le 6 avril. Il y a une action très expéditive pour les opposants et les voleurs de litchis à la résidence du commissaire de police et il y a une autre pour les amis du pouvoir. Et c’est le département d’État américain qui aura à en écrire dans son rapport sur ces cas de partialité flagrants, même si les mentors peuvent ensuite le juger “épicé”.
 Et une saine fébrilité pour conclure. Pendant que certains, sans réaliser à quel point ils étaient ridicules, se pâmaient devant notre Nabilla ou Kim Kardashian locale, sa blouse à jabots, ou le goût qu’elle a développé pour la salsa, à Milan, mercredi, nous étions devant une chaîne satellitaire qui retransmettait en direct les débats de la  House of Commons sur la décision de Teresa May d’organiser des élections générales anticipées le 8 juin.
 Autrement plus stimulant et intéressant sur le plan du débat démocratie. Un vote de 509/13 en faveur du scrutin. Même ça, la décision d’organiser des élections, c’est sujet à un débat et à un vote. Là-bas, c’est la démocratie qui crève l’écran ! Espérons que ceux qui essayent d’être de pâles imitateurs de Teresa May et qui l’invoquent à cor et à cri à chaque fois qu’ils sont traités de “premye minis limpos” s’en inspireront. Cela dit, sans entretenir aucune attente que ceux qui nous gouvernent puissent se hisser à ce niveau-là.