Film d’horreur

Oh que c’était mignon, ce cliché de Pravind Jugnauth pris par l’épaule par l’actrice américaine Diane Lane lors de la cérémonie de lancement du tournage à Maurice du film Serenity de Steven Knight. C’était vendredi à l’hôtel Maradiva, propriété du beau-frère du Premier ministre, Sanjiv Ramdanee. Le courant semble en tout cas bien passer entre l’actrice d’Infidèle d’Adrian Lyne, que le réalisateur Tony Goldwyn décrivait comme ayant «… cette sexualité potentiellement volcanique qui n’est en aucune façon complexée et opportuniste », et le chef du gouvernement mauricien, connu pour être peu enclin à la familiarité et aux épanchements.
Une histoire de communication et d’images pendant que le vrai film, lui, se déroule sous nos yeux. Un film d’horreur construit sur un scénario macabre. Les conditions de l’assassinat d’une Écossaise sous les yeux de son enfant adoptif autiste bouleversent le pays. Les crimes crapuleux sont déjà insupportables, mais lorsqu’ils frappent des étrangers qui ont choisi de visiter ou de vivre chez nous, cela nous affecte doublement. Parce que, sur le plan humain d’abord, cela a de quoi bouleverser que quelqu’un qui se trouve loin de sa terre natale trouve une fin atroce et, ensuite, parce que cela porte un coup à l’image du pays et que notre honneur en tant que nation s’en trouve flétri.
Le film d’horreur, c’est aussi ce qui se déroule devant la commission d’enquête Lam Shang Leen. Il contient d’ailleurs tous les ingrédients du blockbuster Le Parrain avec ses ramifications mafieuses, ses codes, le fric et tout ce qui va avec. Le plus choquant dans le sombre casting qui défile devant la commission, c’est le rôle joué par certains avocats. Dont certains sont proches de la galaxie Jugnauth. Il y a Sanjeev Teeluckdharry, promu Deputy Speaker qui, malgré son armada d’avocats, a dû se présenter devant la commission d’enquête sur la drogue. Le message du président de la commission à l’avocat-parlementaire du MSM semble être « don’t make gestures with me. » Et il va continuer à présider aux délibérations parlementaires sans que son chef ne lui enjoigne un « I order you out ! » Même chose pour Raouf Gulbul, toujours bien accroché à son rôle de représentant légal du Premier ministre et de président de la GRA et de la Law Reform Commission. On atteint décidément des niveaux insoupçonnables.
On a pu entendre quelques explications foireuses indiquant que c’est tout à fait normal qu’il y ait des hommes de loi qui défendent des trafiquants de drogue. Soit. Mais il y a aussi ceux qui ont choisi par principe de ne jamais représenter de tels justiciables ni ceux qui sont accusés de viols de mineurs et assassins d’enfants. C’est au nom de cette règle que l’avocate Jenny Moteealoo, par exemple, dut s’expliquer devant son parti lorsqu’il avait été annoncé qu’elle défendait un des complices de Gro Derek. Ses explications n’avaient convaincu personne. On ne sait pas si elle avait mal pris d’être ainsi cuisinée par ses pairs politiques, mais elle a profité de la débâcle aux élections de décembre 2014 pour quitter le MMM et aller voir du côté du Mouvement Patriotique d’Alan Ganoo, avant de démissionner avec fracas de ce parti. Aujourd’hui c’est apparemment sur le “radar” de Paul Lam Shang Leen qu’il faut la chercher.
Autre navet qui, ces jours-ci, nous est proposé et qui est loin d’être une sorte de Poisson nommé Wanda, c’est le juteux business de créatures aquatiques auprès des établissements pénitentiaires du gorille personnel de Pravind Jugnauth, Bassoodeo Seetaram, et sa compagnie Tripod Fishing. Elle aurait tout aussi bien pu s’appeler “Fishy tripotage”. Celui qui jouit de privilèges très particuliers avait déjà fait parler de lui il y a quelques années. Il avait été arrêté le 27 décembre 2012 pour avoir brandi une arme alors qu’il se trouvait, la veille, dans la foule de partisans qui avaient accompagné le leader du MSM aux Casernes centrales où ce dernier avait été convoqué après ses propos sur le « gouvernement pédophile. » Son avocate Roubina Jadoo-Jaunbaccus avait alors soutenu qu’il détient un permis de port d’arme et que son revolver n’était pas chargé.
Si les Mauriciens sont scandalisés par de telles affaires et qu’ils trouvent étrange et inacceptable que ce soient toujours ceux qui sont à proximité des puissants qui décrochent des contrats publics, leurs défenseurs poussent l’outrecuidance jusqu’à leur trouver des justificatifs. Monsieur le tapeur en chef particulier du leader du MSM est en règle, nous dit-on, parce qu’il avait déjà obtenu son premier contrat poisson en 2004 et 2005.
Que c’est bizarre ! Ce n’est pas un certain Pravind Jugnauth qui était alors le ministre des Finances ? Il a aussi obtenu d’autres marchés publics après, soutiennent ses défenseurs. Or, les dates coïncident curieusement avec la période de rapprochement entre le MSM et le PTr, jusqu’à la conclusion de l’alliance pour la partielle de 2009 et le brandissement d’un drapeau rouge par le chef du Sun Trust. Pas difficile donc de chercher le fil conducteur et le point commun.
Il ne faut donc pas prendre les Mauriciens pour des demeurés et croire qu’ils vont gober que ce monsieur a été un participant comme un autre dans l’exercice d’appel d’offres. Ce gouvernement a tellement fait la démonstration que sa gestion du pays est surtout motivée par la protection de ses agents et la promotion des siens qu’il ne se trouvera pratiquement personne pour accepter les arguments des quelques défenseurs payés et intéressés des actions gouvernementales.
Si après le clap de fin des tournages et la fin d’un film c’est souvent l’autorité et le justicier qui l’emportent, ici rien ne présage d’un happy end. Une mafia ayant parasité pratiquement tous les leviers de la prise de décision. Il est temps de quitter la salle.