Le fruit du travail

Avec 600 victoires Gilbert Rousset devient le troisième entraîneur exerçant au Champ de Mars à franchir ce cap. Et on n'arrive pas là sans professionnalisme, sans amour pour son travail  et sans être un chef d'équipe fédérateur. En 25 ans de carrière, Gilbert Rousset a bien évidemment développé toutes ces qualités mais il en a d'autres qui font de lui un personnage sympathique et attachant puisqu'il refuse les polémiques inutiles et a toujours un mot gentil et un geste d'ouverture pour ses rivaux.
Nul n'est parfait sur cette terre, mais l'entraîneur de l'écurie qui porte son nom aime, plus que tout, faire et voir gagner ses partants et pas uniquement dans les plus belles épreuves de notre calendrier hippique. D'ailleurs, cette saison, la qualité au plus haut niveau fait cruellement défaut au sein de son établissement, ce qui rend improbable un nouveau titre mais, malgré cela, l'écurie Rousset joue une place sur le podium derrière le duo de tête, les écuries Merven et Foo Kune qui briguent toutes deux un premier titre avec pour l'heure un avantage à celle dirigée par Patrick Merven qui a, pour sa part, récemment cumulé 200 victoires au Champ de Mars et qui mesure quelle somme de travail son collègue a dû abattre pour en arriver là.
Gilbert Rousset est sans doute celui qui est aujourd'hui le plus à même de faire progresser sur le long terme et de manière conséquente le record absolu de victoires, détenu jusqu'ici par Philippe Henry avec 655 réussites. Mais, le battant Serge Henry, qui a engrangé sa 643ème victoire samedi dernier, est le mieux placé pour ravir à son frère le leadership au palmarès des grands hommes du sport hippique mauricien avant qu'un Gilbert Rousset ne vienne éventuellement un jour le dépasser. A 12 succès de cette perspective — un moment suppléé par son fils Jean Michel à cause des soucis de santé — Serge Henry, désormais épaulé par sa fille Nathalie, est revenu cette saison en force avec pourtant un mauvais choix de jockey étranger à l'entame de la saison et nous ne savons s'il sera plus heureux avec son néo Italien. Mais son savoir-faire et son expérience aidant, Serge Henry peut espérer atteindre ce cap subliminal dès cette année. Comme Gilbert Rousset, il détient cette pétite «étincelle spéciale» qui leur donne accès au firmament de l'hippisme mauricien.
Nous ne ferons pas d'injure à Gilbert Rousset en saluant au passage la contribution de son adjoint, Soodesh Seesurrun, qu'il a lui-même promu à ses côtés lors de sa 500ème victoire, en juillet 2011, alors qu'il envisageait de se mettre un peu plus en retrait et qui, à l'occasion, fêtait lui ses premiers 100 gagnants. Avec ce tandem, l'écurie Rousset a encore de beaux jours devant lui.
Les courses continuent leur bonhomme de chemin mais il y a quelque chose qui devient carrément ridicule et aberrant. C'est cette incapacité du MTC à trouver le quorum nécessaire pour que les enquêtes des commissaires de courses  puissent être bouclées avant le programme officiel de la prochaine journée. En sus de cela, involontairement ou pas, bon nombre d'enquêtes se déroulant lors de la journée hippique sont de fait menées in camera et des journalistes, qui le souhaitent, ne peuvent s'y rendre ou ne savent pas qu'elles ont lieu. Mais le plus important, c'est que les jockeys fautifs et reconnus éventuellement coupables montent de ce fait une journée supplémentaire puisque leurs noms sont déjà au programme. Sans oublier, d’une part, qu'un jockey trouvé coupable pourrait ne pas être dans les meilleures conditions psychologiques pour monter en course et que, d'autre part, ceux pointés du doigt ont plus de temps pour trouver la parade à leurs écarts.
Comme ce fut le cas pour Robbie Burke pour sa monte sur Campus lors de la journée précédente. Que les stewards se satisfassent des explications du jockey et le fait que le " trainer B. Gujadhur supported jockey Burke’s decisions for this section of the race" pour se contenter finalement que de «noter» est diversement commenté dans le public. L'opinion générale est que le jockey n'échappe pas aux foudres pour ce qu'il représente mais parce qu'il est l'employé de son établissement. D'ailleurs, après plusieurs années chez nous, c'est la première année où l'Irlandais, par ailleurs très apprécié du public, se trouve au centre de si nombreuses controverses.
Et la dernière journée n'échappe pas à la règle. L'incident à mi-ligne droite impliquant la monture de Robbie Burke et celle de son collègue Derreck David a fait l'objet d'une enquête logique. Mais les conclusions nous laissent pantois. Nous ne discuterons pas sur le fait de savoir si l'incident dont a été victime Mighty Mars lui aura fait perdre ou gagner la course car nous pensons qu'il y a plus de facteurs que la simple mécanique de l'incident. Il y a aussi la psychologie de l'incident qui a influencé et le jockey et le cheval victimes de la faute. Dans ce cas précis, il faudrait peut-être se poser la question de savoir si le vainqueur de la course aurait, à coup sûr, gagné sans cet incident. Si, en fait, il n'a pas bénéficié de l'incident d'un cheval qui gagnait du terrain sur lui. Qu'il a, par ailleurs, selon notre interprétation, délibérément provoqué. Il y a eu clairement au moins intimidation...Une fois encore c'est le même établissement qui bénéficie du doute... et cela continue à faire jaser.
Cela dit, la sanction contre Sunil Bussunt qui montait Power Dive lors de la 17e journée, est largement méritée mais on ne pourra, encore une fois, empêcher à nos lecteurs de nous écrire pour nous dire que les Mauriciens sont davantage sanctionnés. Nous ne souscrivons pas à cette théorie du complot anti-mauricien car les écarts des jockeys mauriciens sont souvent d'une grossièreté à la hauteur de leurs punitions. Les étrangers sont eux plus aguerris et trouvent souvent des avocats de poids pour les sortir d'affaire. La justice hippique est à l'image de la justice tout court, souvent plus favorable aux mieux lotis. Jean de la Fontaine ne nous démentirait pas.
Dans cette conjoncture, nous saluons le MTC d'avoir ouvert une enquête  sur les affaires concernant des négociations dans l'enceinte de l'écurie Allet en l'absence du nominateur en marge de l'affaire Varma. Nous comprenons cependant mal la décision des "Racing Stewards to let the matter run its course and then they will decide on appropriate actions once any ongoing investigations are finalised" dans cette affaire. La question est pourtant simple: ces réunions ont-elles eu lieu ou pas ? Si tel est le cas, ce qui est aujourd'hui un secret de polichinelle, le nominateur Vincent Allet doit être rappelé à l'ordre et ses collègues remis devant leurs responsabilités pour se prémunir à l'avenir d'autres affaires plus graves encore, un point c'est tout. La question de fond n'a rien à voir avec le MTC. Il n'y a donc nullement besoin d'attendre les conclusions des enquêtes policières pour agir indépendamment.
Enfin, terminons en rappelant aux commissaires de courses qu'il est aussi de leur devoir d'analyser les sautes de forme des chevaux. Celle anonyme d'Azapel samedi dernier nous interpelle. Ce cheval avait produit une performance hors du commun lors de sa dernière sortie et sa cote était mystérieusement passée de 12-1 à 4-1, alors même qu'il avait été un appelé de dernière minute afin de  surseoir à une annulation de course où son compagnon d'écurie Eskimo Roll faisait figure d'épouvantail. Venir terminer cette fois dans l'anonymat avec une cote qui est passée de 5-1 à 9-1 illustre qu'une de ces deux performances est anormale et que les turfistes souhaiteraient que leurs lanternes soient éclairées.