«  Gouvernement dan nou lamé ! »

 Depuis que le gouvernement Lepep est au pouvoir, il ne se passe pas de semaine sans qu’éclate une affaire à laquelle est mêlé un parent ou un proche d’un de ses membres ou un de ses nominés. On aurait pensé qu’après la démission du PMSD, le nombre d’affaires allait diminuer mais cela n’a pas été le cas. Le gouvernement a casé les parents de ses membres et leurs proches, ses partisans, ses agents et leurs amis dans tous les postes disponibles, ou leur a fait obtenir des contrats juteux. C’est ainsi qu’un garde du corps privé de Pravind Jugnauth fournit toutes les prisons de l’île en poisson et assure le transport des employés de la Mauritius Duty Free Paradise. Organisme de prédilection où les proches des personnalités politiques au pouvoir vont exercer leurs talents. Avant-hier, c’était un avocat beau-frère de ministre qui se faisait payer 400 dollars l’heure de consultation par une institution étatique. Hier, c’était des arpents de mer pour des élevages de bambaras qui étaient offerts à un homme dont la compétence en la matière était d’avoir épousé une députée. Avant lui, il y a eu une avocate nommée à un poste sans disposer des compétences exigées par la loi, une autre qui a réussi l’exploit de se nommer au  poste de directrice générale de l’ICTA, une institution dont elle était la présidente. Son exemple a fait école puisque directeur général de la MBC était, juste avant, le président de son conseil d’administration. Loin de se contenter de cet exploit, la présidente devenue directrice générale de l’ICTA était également courtière pendant les heures de bureau et vendait des rencontres avec le Premier ministre avec séance photo. Il y a aussi eu une présidente, très proche d’un ministre, dont le chien est une terreur pour les sentry, qui, trouvant son salaire mensuel insuffisant, l’avait augmenté d’un tiers pour dépasser les 300 000 roupies. On parle aussi d’une copine de ministre  proposée comme ambassadrice parce qu’elle était la plus compétente des candidats, alors qu’il n’y jamais eu appel de candidatures pour ce poste. Passons sur les salaires des conseillers qui dépassent ceux des ministres et des promotions de membres de la cuisine ayant nécessité le limogeage du directeur général de la compagnie aérienne nationale.
Vous pensez que je ressors la liste des affaires déjà connues ? Il le faut parce qu’il y en a tellement que la dernière fait oublier les précédentes et que le Mauricien a tendance à avoir la mémoire courte.
Les affaires qui précédent semblent anecdotiques par rapport à ce que révèlent, ces derniers jours, les auditions de la commission d’enquête sur la drogue. Après les policiers dont les comptes bancaires sont approvisionnés par des voisins, les marchands ambulants qui trouvent des centaines de milliers de roupies dans les poubelles et les employées de maison qui roulent en BMW, nous sommes arrivés au chapitre des avocats. Il semblerait que certains hommes en noir ont des liens étroits avec des trafiquants de drogue incarcérés. Non seulement ils leur passent fréquemment des coups de téléphone, mais ils leur rendent souvent visite en prison. Selon une mauvaise langue, certains avocats passent plus de temps à bavarder en prison qu’à plaider devant les cours de justice ! Des témoins sont venus affirmer devant la commission d’enquête que des trafiquants de drogue auraient financé les campagnes électorales de certains membres du barreau. Bien sûr ces accusations, faites par trafiquants repentis ou jaloux, ne doivent pas être prises pour argent comptant. Mais est-ce que le Premier ministre, qui a déclaré qu’il serait sans pitié pour ceux mêlés au trafic de la drogue, ne devrait pas demander aux  avocats faisant partie du gouvernement ou de ses institutions de démissionner ? Sans préjuger de leur innocence ou culpabilité, et ce, en attendant que la commission d’enquête termine son travail et soumette son rapport. En ce faisant, Pravind Jugnauth démontrerait qu’il ne se contente pas de faire de grandes déclarations, mais donne l’exemple qui, rappelons-le, doit venir d’en haut, et qu’il fait ce qu’il dit.
Dans la deuxième moitié des années ‘80, le trafic de la drogue avait atteint un tel stade de développement que certains trafiquants de drogue étaient invités aux garden parties du Réduit où ils n’hésitaient pas à dire «  gouvernement dan nou lamé ! » C’est pour réagir à ce genre de propos qu’Anerood Jugnauth institua une commission d’enquête et n’hésita pas à se débarrasser de certains membres de son parti. Pravind Jugnauth aurait intérêt à suivre – pour une fois – l’exemple de son père. Parce que, pour le moment, certains trafiquants de drogue incarcérés laissent entendre qu’ils ont soutenu financièrement certaines candidatures aux dernières élections. Ce qui leur permet d’affirmer, à leur tour, «  gouvernement dans nou lamé ! »