Grève de la faim, une arme ultime et redoutable

L'organisation de la grève de la faim est une arme redoutable utilisée par les victimes de toutes les formes d'injustice pour faire entendre leur voix. Tenant compte des risques qu'une telle action comporte, pouvant aller jusqu'à entraîner la mort des grévistes, une telle action est considérée comme une arme de dernier recours. Elle est utilisée lorsqu'on a épuisé toutes les autres formes d'actions et de manifestations pour se faire entendre. Elle est redoutable dans la mesure où elle touche la sensibilité la plus profonde de chaque être, c'est-à-dire à la vie humaine. À Maurice, plusieurs grèves de la faim ont marqué nos esprits ces dernières années. On se souvient, entre autres, de la grève de planteurs de Riche-Terre, qui avait mis le gouvernement à rude épreuve, ou encore de celle déclenchée par Jeff Lingaya contre le projet de CT Power, à Albion, qui avait mobilisé l'opinion publique pendant plusieurs semaines. Il y a eu également la grève de la faim contre le “sales by levy”, entreprise par Harish Boodoo, ainsi que celle organisée par Jayen Chellum lorsque les subsides accordés à l'ACIM avaient été remis en question.
Cette fois encore, personne n'est insensible à la grève de la faim déclenchée cette semaine par les anciens clients de la BAI, en particulier ceux du Super Cash Back Gold et de la Bramer Assets Management. Selon les chiffres donnés par le ministre Sesungkur, 122 souscripteurs au plan SCBG et 317 investisseurs de la BAM n'ont obtenu aucun remboursement jusqu'ici alors que quelque 5 000 autres épargnants n'ont obtenu qu'un remboursement partiel. S'il y a un consensus sur le fait que les souscripteurs à ces fonds étaient victimes d'une arnaque qui pouvait exploser au grand jour à n'importe quel moment, les méthodes utilisées pour ébranler les activités de la BAI, qui a commencé par la révocation de la licence de la Bramer Bank, donnent lieu aujourd'hui à des opinions divergentes, à commencer parmi les membres du gouvernement qui ont été étroitement mêlés à cette action de démantèlement. Aujourd'hui, on se rend compte des risques que peut encourir un pays lorsque l'émotion prend le dessus sur la raison au plus haut niveau de l’État. Il est dommage qu'aujourd'hui, de part et d'autre – surtout parmi ceux qui étaient ensemble au pouvoir au moment de l'écroulement de la BAI –, on tente de faire de la politique sur la tête des victimes du SCBG et de la BAM. Le fait reste que le gouvernement avait promis à un certain moment de rembourser tous ceux concernés. Selon l'ancien ministre des Services financiers, Roshi Badhain, sur 16 341 personnes concernées, 11 401 ont déjà récupéré leur argent grâce aux efforts effectués par son équipe et lui. Ce qui aurait coûté quelque Rs 10 milliards. Toutefois, durant ces dernières semaines, le gouvernement a envoyé des signaux négatifs au sujet de sa volonté de rembourser ceux ne l'ayant pas été totalement ou même partiellement. La grève de la faim a déjà obtenu un premier résultat en forçant le nouveau ministre des Services financiers à se rendre au Jardin de la Compagnie pour promettre que le gouvernement travaille en vue de trouver des solutions, et donnant l'assurance que le Premier ministre et les membres du gouvernement sont sensibles aux revendications des grévistes. Les représentants de tous les partis de l'opposition qui se sont rendus au Jardin de la Compagnie, où se tient la grève, ont exprimé leur solidarité avec les grévistes tout en dénonçant la façon dont l'affaire BAI avait été gérée. De leur côté, les grévistes se sont engagés dans une voie dans laquelle il leur sera difficile de faire marche arrière sans avoir obtenu plus de clarté sur la volonté du gouvernement de les rembourser.
Alors que cette grève a été déclenchée pour une bonne cause, il important que cette action ne soit pas banalisée et ne soit pas organisée comme une simple opération visant à attirer l'attention sur soi. Profitons de cette occasion pour faire un clin d'œil à ces centaines de détenus palestiniens qui ont entamé depuis près d'un mois une grève de la faim, menée par Marvan Barghouti, pour réclamer une amélioration des conditions de vie dans les prisons israéliennes. Dans une tribune au New York Times, le leader de la deuxième intifada, condamné à perpétuité, dénonce : « Les prisonniers palestiniens souffrent de torture, de traitements dégradants et inhumains et de négligence médicale. Certains ont été tués en détention. » Il dénonce également « un apartheid judiciaire qui garantit une impunité pour les Israéliens ayant commis des crimes contre des Palestiniens et criminalise (...) la résistance palestinienne ». Ayons une pensée spéciale pour tous ces grévistes de la faim, que ce soit à Maurice ou ailleurs.