Hallucinant et stupéfiant

Commençons par le sommet. Est-ce bien avisé de la part d’une présidente fraîchement investie de s’impliquer dans une compagnie privée internationale, la Planet Earth Institute Ltd ? Prêter serment le 5 juin 2015 et accepter déjà d’être un gadget électoral lorsqu’on sait que les municipales se tenaient le 14 juin et devenir quelques jours plus tard, le 1 er juillet 2015, un des directeurs de la compagnie de Monsieur Sobrinho a de quoi susciter des interrogations. On doit maintenant penser que l’angolais était une connaissance antérieure à l’arrivée d’Ameenah Gurib-Fakim à la State House puisque la compagnie, sise au 49 Berkeley Square  4th Floor, London, a, elle-même, été enregistrée le 29 octobre 2010.
Ameenah Gurib-Fakim devient la collaboratrice d’Alvaro Sobrinho au moment même où la presse portugaise était très prolifique sur les activités. Après sa déclaration télévisée vieille du 1 er mars indiquant qu’elle avait demandé des enquêtes et les communiqués publics de la FSC et les informations graves poussant un Solicitor General à réclamer une enquête et une annonce du régulateur indiquant que la police avait été saisie d’une dénonciation pour faux, la présidente a dit à un confrère cette semaine qu’elle attendait un brief. Plus de trois semaines après, elle est toujours en attente d’un brief. C’est tout simplement hallucinant.
Sur les dernières interrogations la visait sur son association ancienne avec Sobrinho, dès le 1 er juillet 2015, Madame la présidente se contente de répliquer que ce n’est pas un travail rémunéré. Soit. Mais cela n’empêche pas toutes les questions d’être posées d’autant que la section 28 (4) de la Constitution stipule que « where a person is elected to the office of President, he shall not, whilst in office (a) hold any other office of emolument, whether under the constitution or otherwise ». En sus du “he” qui illustre l’urgence d’un toilettage complet de la constitution, à la veille des célébrations des 50 ans de l’indépendance, c’est la section 28 (b) qui est pertinente pour le débat qui a été engagé. Elle dit explicitement que celui qui a  fonction de chef de l’Etat ne peut «exercise any profession or calling or engage in any trade or business ». Et une compagnie se classe jusqu’à nouvel ordre dans la catégorie de « business ». Et on n’a aucun souvenir que ceux qui se sont succédé au sommet de l’Etat mauricien, de Sir Veerasamy Ringadoo à Sir Anerood  Jugnauth en passant par Cassam Uteem, Karl Offmann et Kailash Purryag aient participé aux activités de compagnies privées.
Et puisqu’on est à la State House comment, en plein scandale des connexions parti politique/drogue, ne pas se remémorer ces fameuses photos où les trafiquants notoires paradaient de manière provocante à la State House lors de Garden Parties de triste mémoire parce que c’était déjà l’époque de « guvernma dan nou lamé ». Celle aussi des Amsterdam Boys, des allées et venues des terreurs de la capitale au Government House avec leur « tente en raffia » bourrées de liasses. La situation était devenue telle qu’il avait fallu une entente interpartis, avec le contestataire travailliste Harish Boodhoo en première ligne, pour faire signer une pétition d’une majorité de parlementaires de l’opposition et de quelques élus de la majorité pour forcer le Premier ministre d‘alors SAJ à instituer une commission d’enquête sur la drogue, laquelle fut présidée par Sir Maurice Rault.
Gageons que s’il n’avait pas été interpellé par la police dans le cadre de l’enquête  sur la stupéfiante découverte des 135 kilos d’héroine valant Rs 2 milliards, le « zanfan lakaz » du Sun Trust Geeanchand Dewdanee aurait été un des invités sélects à la Garden Party du 13 mars. Et celui qu’il aurait suivi ne serait, à n’en point douter, le Premier ministre nommé Pravind Jugnauth dont on a pu constater, photos à l’appui, la proximité avec le « viré mam » qui sévissait auparavant comme Senior Adviserauprès de Mahen Gowressoo, celui que le gouvernement Ramgoolam avait apparemment transformé en « poupette » lorsqu’il s’est agi de piloter l’affaire Betamax. C’est à croire que le MSM recrute à la sortie des tribunaux.
Pravind Jugnauth, que des admirateurs zélés, qui ne ratent aucun 19 H 30 de la « mbécillité » nationale comme si c’était la référence absolue en matière d’information, avaient mercredi matin présenté comme la sobriété incarnée comparée à son père, devait le même jour montrer son vrai visage : celui qui tente désesperement de camoufler pour se faire accepter à défaut d’être respecté ou aimé par la population, lui qui a accédé au poste de Premier ministre dans les conditions que l’on sait.
Entre trois ou quatre  « fonctions » hebdomadaires dans sa circonscription, il a été question de « nettoyer » certains de ses détracteurs et de « peine de mort ». Le vernis du sobre et du moderne a vite volé en éclats. Comme petit réac…, on peut difficilement trouver mieux. Venir faire dans la démagogie et jouer sur l’émotion en brandissant la peine de mort, c’est en fait juste un aveu de faiblesse, une reconnaissance de son impuissance devant l’ampleur du problème de la drogue et devant celle de la mafia qui la contrôle.
Depuis qu’il s’est transformé en super scavenger dominical à Floréal, qui, comme tout le monde sait, est le lieu le plus insalubre du pays, Monsieur veut « nettoyer ». Or, il devrait commencer dans son entourage. Parce que son « nettoyage » à lui ressemble plus à la salissure institutionnalisée qu’à une grande opération Karcher et son « sans pitié »  à un laisser-faire pour ses suiveurs. Lorsqu’on nomme quelqu’un à la tête d’un ministère dont un des organismes sous sa tutelle enquête sur lui-même et qu’il doit faire face à un procès pour détournement. Lorsqu’on renvoie un CEO pour protéger un employé subalterne qui l’a défié comme à Air Mauritius, lorsqu’on se fait accompagner par un conseiller qui est sous le coup d’un procès pour corruption, on réfléchit un peu avant d’employer le mot « nettoyer ». Sinon ça risque de sonner comme une injure.