Histoire et… démêlés !

L'événement mérite amplement d'être salué autant que d'être classé comme « historique ». Sans démesure, ni excès d'enthousiasme. Que 94 pays du monde aient voté à l'ONU, dans un élan massif de solidarité, avec Maurice, soutenant son désir d'un avis consultatif de la Cour internationale de justice sur la question des Chagos, augure un chapitre nouveau dans cette âpre lutte qui n'a que trop duré… Certes, il ne s'agit là que d'une manche remportée dans une bataille qui s'annonce toujours très ardue et longue. Mais il convient ici de saluer très bas la persévérance de Jugnauth père.
Sir Anerood Jugnauth a tenu bon. Il ne s'est pas laissé affaiblir, ni par ceux qui ont tenté de le décourager, car il s'agit en effet là d'une bataille de David contre Goliath, ni par les tentatives d'intimidations des grandes puissances que sont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. L'homme, du haut de ses 80 ans passés, a su, dans un discours inspiré et incisif, gagner les cœurs et la raison de ces 94 pays qui se sont ralliés à notre cause. Car la cause Chagossienne est définitivement et totalement nôtre. Elle est propre à tout habitant d'une île, d'une part. Et personne n'est à l'abri, nulle part dans le monde entier, du type d'excision dont ont été victimes nos frères et sœurs chagossiens. D'aucuns parmi nous auraient pu être à la place de ces hommes et femmes déracinés, expatriés et jetés, du jour au lendemain, de leurs îles. Sans sentiment ni égard aucun d'un pouvoir qui s'est voulu indifférent aux émotions des êtres humains qui ont tout vu basculer, sans qu'ils comprennent ce qui leur arrivait. Leurs effets personnels empaquetés à la va-vite, les souvenirs enfouis aux tréfonds d'eux-mêmes, leurs mémoires à tout jamais violées… Un espoir naturel, humain, et un instinct de survie propre à notre espèce ont su garder une bonne majorité en vie pour mener le combat derrière quelques meneurs. Cependant, bon nombre sont aussi morts de chagrin…
Dans le puissant Diego, qui figure sur son premier album éponyme, notre griot national Zulu traduit avec justesse et une émotion sans fards cette situation, et conclut ainsi que « l'âme inn res labas ». L'excellente création dramatique, Les Chiommes, de Gaston Valayden, qui a été présentée jusqu'à San Francisco, aux Etats-Unis, évoque aussi la déchirure et la souffrance de nos compatriotes.
Déshabillés de leurs aspirations légitimes, contraints à s'adapter à un environnement nouveau et pas toujours bien accueillis, car vus comme des étrangers, voire des intrus, ces Chagossiens ont pris leur mal en patience. La plupart du temps incompris des autres et optant, au final, pour l'option de se fondre dans le décor. Mais l'allocution de sir Anerood Jugnauth, ce jeudi 22 juin, vient enfin insuffler un nouvel espoir.
Voilà qui devrait d'ailleurs jouer dans la balance et offrir à sir Anerood Jugnauth une chance de finir sa carrière en beauté et de sortir par la grande porte de l'histoire de la politique mauricienne. Certes, ses bourdes et autres manquements font tache. Mais la claque infligée cette semaine à la tribune de l'ONU mérite qu'on le salue.
Mauvaise note cependant à un état voisin : en l'occurrence les Maldives. En effet, dans la liste des pays ayant voté contre la requête mauricienne figure cet archipel de 1 199 îles, dont seules 202 sont habitées, qui ne se trouve pas très loin de nous. Qui fait partie des états voisins et de la francophonie. Qui est à nos côtés souvent lors des rassemblements régionaux, comme les Jeux des Îles, les colloques interîles, etc. Alors quelle mouche a piqué nos chers voisins ? On peut bien sûr accepter que des pays comme l'Afghanistan, l'Albanie, la Croatie, le Japon ou la Lituanie n'aient rien à faire de notre combat. Mais ce qui est arrivé aux Chagossiens aurait pu avoir été la fatalité des habitants des Maldives ! La posture de cet état voisin est surtout blessante.
Si Jugnauth père a scoré cette semaine, en revanche, Jugnauth fils voit, pour sa part, sa liste de malheurs s'allonger. Avec le DPP désormais autorisé à faire appel au Privy Council dans l'affaire MedPoint, voilà qui ne va pas arranger les choses pour le Premier ministre, qui n'a pas été élu par le peuple… Encore une fois, il s'agit d'une question de principes. L'acquittement de Pravind Jugnauth dans cette affaire, en 2016, n'avait pas fait l'unanimité. Et il convient d'aller jusqu'au bout de la vérité. C'est dans ce sens que l'on devrait inscrire la démarche de Me Satyajit Boolell.
Terminons sur une note triste avec le suicide, via un réseau social, d'un jeune filmé en “live”. Oui, notre jeunesse est fragile et mal préparée. Oui, nos parents, enseignants et autres encadreurs sociaux ne sont pas toujours à la hauteur. Cependant, on se pose des questions sur la personne ayant filmé l'acte de désespoir de ce jeune. Comment rester insensible devant un tel drame et se limiter à filmer alors qu'une personne se tue devant ses yeux ? L'auteur du film n'est-il pas passible d'un délit criminel de non-assistance à personne en danger ?