Il ne changera jamais

La capacité de certains politiciens, aujourd’hui dans l’opposition, d’oublier le passé pour retrouver l’arrogance, dont ils faisaient preuve quand ils étaient au pouvoir, est ahurissante. Navin Ramgoolam vient de le démontrer plusieurs fois ces temps derniers et plus particulièrement lors d’une célébration de Divali à Triolet, mercredi dernier. Comme on le sait, Navin Ramgoolam a subi, en décembre 2014, une cuisante défaite électorale. Non seulement son parti et son allié d’alors, le MMM, s’étaient fait ratiboiser, mais lui-même, chef de gouvernement pendant deux mandats consécutifs, s’était fait battre par des inconnus dans son fief de Pamplemousses/Triolet. Après la cuisante défaite, l’ex-Premier ministre garda le profil bas. Il fut obligé de le faire, eu égard au nombre d’accusations auxquelles il eut à faire face et qui lui valurent même un court séjour dans la cellule d’un poste de police. Etant concentré sur sa défense et ses nombreux passages en cour ou aux Casernes centrales, Navin Ramgoolam n’a pas eu trop souvent l’occasion d’attaquer ses adversaires. Mais au fur et à mesure que le nombre des affaires a été rayé et que le gouvernement en place s’est embourbé dans une série d’affaires et de scandales, il semble que Ramgoolam ait repris du poil de la bête, et surtout, retrouvé cette arrogance verbale qui a été un des facteurs de sa défaite de 2014.
Pour ne pas changer il a commencé par réaffirmer qu’il était le seul habilité à diriger le PTr — en dépit du fait qu’il l’a conduit à la débâcle en 2014 —, puis à dénigrer son punching-ball rouge, Arvind Boolell. Alors que ce dernier quadrille Quatre-Bornes comme candidat pour la partielle en prononçant le moins possible le nom de Ramgoolam, celui-ci s’invite dans la campagne en annonçant son arrivée prochaine sur le terrain. Ramgoolam a toujours eu besoin de faire savoir que c’était lui le chef et qu’Arvind Boolell n’était qu’un de ses subalternes. Rappelez-vous la déclaration faite par Ramgoolam alors qu’Arvind Boolell, ministre des Affaires étrangères, devait aller faire un discours aux Nations unies. « C’est moi qui corrige et réécrit ses discours », avait déclaré le Premier ministre. Non satisfait d’avoir probablement flingué la campagne du candidat travailliste — par ailleurs un éventuel rival au poste de leader du PTr —, Navin Ramgoolam s’en prend maintenant aux électeurs de Pamplemousses/Triolet qu’il accuse d’être des « kouyon » qui ne savent pas « servi zot l’esprit » et qui par deux fois ont refusé de réélire un Premier ministre — son père en 1982 et lui en 2014. Il a déclaré qu’il n’aime pas trop la circonscription No 5 parce que ses habitants sont « jaloux » et capables de changer de « couleur et de symbole politiques » du jour au lendemain. Le candidat battu à plate couture a également déclaré qu’il a fait le compte de ceux qui lui sont sincères et de ceux qui l’ont trahi.
Précédemment, Navin Ramgoolam avait déclaré qu’une des grandes décisions qu’il prendra quand il reviendra au pouvoir sera d’abolir la redevance télé ! Dans le dernier volet de son discours règlement de compte à Triolet, Navin Ramgoolam a annoncé qu’il va venir de l’avant avec une politique de rupture avec le « caste system », dont il a été, comme tous les leaders politiques, un grand utilisateur. Il a terminé en ajoutant que pour les prochaines élections il était à la recherche comme candidats de « dimoune ki pa per, dimoune ki ena principe ». Sous-entendu comme lui. C’est en présence de son épouse que cet homme « qui énan principe » a prononcé ces mots, mercredi dernier. Deux jours plus tard, la réalité venait rattraper le discours quand le Directeur des poursuites publiques annonça qu’il allait poursuivre le Dr Navin Ramgoolam pour viol des lois financières et blanchiment d’argent dans l’affaire des Rs 220 millions retrouvées dans ses coffres-forts ! Conclusion : Navin Ramgoolam est toujours capable de dire n’importe quoi dans ses discours, surtout quand il veut donner des leçons aux autres. Il ne changera jamais, mais, et les élections de 2014 et les habitants de Pamplemousses Triolet l’ont démontré, les électeurs, eux, ont changé !