Share |

Il est permis de rêver

Parlons d'abord course puisque nous assistons malgré quelques dérapages à de belles épreuves, surtout lorsque l'élite est concernée. Samedi dernier, c'est Green Keeper qui nous a régalés dans la Princess Margaret Cup, patronnée cette année par la compagnie nouvellement centenaire La Pharmacie Nouvelle, fleuron du group Leal. Le champion de l'écurie Rousset a fait étalage de sa grande classe et a démontré à cette occasion qu’il était bien le meilleur sprinter de l'île. Certes, le poids pour âge  était nettement  en sa faveur mais les malheurs qu'il a connus pendant le parcours ont quelque peu anéanti son avantage au handicap. Ce pur frontrunner, souvent" lent" dans les premiers hectomètres d'une épreuve avant de se mettre résolument en action, a cette fois été privé de son racing pattern habituel, le pillar to post. Dès le départ,il a été court-circuité par deux adversaires et s'est retrouvé malgré lui au sein d'un peloton qu'il a dû bousculer un peu pour arriver à mieux se placer. Ses partisans ont à ce moment-là eu des sueurs froides puisque c'est son compagnon d'écurie Chief Mambo qui avait pris la poudre d'escampette alors que son principal adversaire à notre sens, le Maingard Casey's War était idéalement placé.
Mais le brillant élève du redoutable tandem Gilbert Rousset/Soodesh Seesurrun qui a pris de la maturité et sur lequel Johnny Geroudis a fait preuve d'une patience d'ange est passé la surmultipliée à l'entrée de la ligne droite finale pour prendre la mesure de Chief Mambo et s'envoler vers une victoire avec autorité tout en résistant à Casey's War, plus battu par le poids, qui réalisa à cette occasion une course formidable.
Cette victoire de Green Keeper qu'il faudra quand même aller chercher dans les 1600 mètres de la prochaine Coupe d'Or au sujet de laquelle il serait très imprudent de l'éliminer, a permis à l'écurie Gilbert Rousset de ravir la position de leader — qu'il a largement les moyens de conserver jusqu'au bout malgré un effectif limité au plus haut niveau — au classement des écuries aux dépens de l'écurie Gujadhur qui avait jusque-là mené le bal. Cette dernière qui retrouvera avec son nouveau jockey Callow des couleurs plus chatoyantes devra surtout viser les deux épreuves phares de fin de saison pour garder son "bid" sur le titre , à savoir la Coupe d'Or et la Coupe des Présidents. Mais, outre l'écurie Gilbert Rousset plus régulière sur l'ensemble de la compétition, il faut définitivement aussi  compter sur l'écurie Maingard pour le titre cette année.
Avec l'effectif de chevaux de premier choix qui composent son établissement, il a définitivement les moyens de truster des victoires capitales dans cette bataille à trois qui va donner une dimension plus compétitive, donc palpitante à la fin de saison. Si on voulait se convaincre des possibilités de l'écurie Maingard, il suffit de se référer à la véritable démonstration de son poulain Captain Tempest qui a ébloui son monde dans la septième course  samedi dernier, et qui a démontré aux commissaires de courses sceptiques que le coup de cravache reçu en pleine tête lors de sa dernière sortie était la seule explication de sa défaite. Avec un départ de grande qualité de sa dixième ligne avec un Gaëtan Faucon qui est un véritable orfèvre en la matière, il a montré que sa marge de progression est confortable, et qu'il sera très utile pour apporter l'avoine nécessaire pour ce premier titre qui prend de plus en plus forme au fil des journées.
Ce match à trois qui est pleinement engagé donnera sans aucun doute une saveur particulière à la fin de saison et est susceptible de créer cet engouement supplémentaire pour l'industrie hippique mauricienne qui a un besoin urgent du soutien de ses inconditionnels pour sortir des difficultés financières dans lesquelles elle se retrouve. D'une rencontre cette semaine, avec le président du Mauritius Turf Club, Gilbert Merven, il nous revient que le déficit estimé à ce stade sera de l'ordre d'un peu moins de Rs 20 millions et que le statu quo entraînerait le club dans une dangereuse spirale.
C'est dans cette optique que l'initiative d'introduire une neuvième course au programme de chaque journée a été prise. Le MTC espère dans un premier temps sur la base du "trial & error" de couvrir les frais, dont le stakes-money de ces épreuves, pour poursuivre cette nouvelle aventure que nous estimons risquée dans la conjoncture économique actuelle, d'autant que ce sont les courses de divisions inférieures qui seront concernées par cette nouvelle donne. Mais qui ne tente rien n'a rien, dit le dicton. Reste néanmoins les questions d'ordre purement organisationnelles et infrastructurelles. A-t-on un parc de chevaux suffisant pour soutenir durablement un tel développement ? L'unique piste est -elle capable de supporter en cas d'intempéries répétées ces coups de sabots de plus en plus nombreux? Le personnel du MTC, déjà à la limite dans les conditions actuelles de fonctionnement  avec l'augmentation nécessaire du nombre de journées, peut-il faire face à cette exigence supplémentaire? Surtout dans les délais restreints imposés par la Gambling Regulatory Authority pour la mise sur pied du programme officiel?  Le MTC en est convaincu. Qui vivra, verra donc.
Le Mauritius Turf Club ne compte pas uniquement sur cette innovation pour reprendre ses forces. Devant la réalité d'une concurrence ardue des paris sur le football et le loto dont nous avions dès leur annonce mis en garde contre son influence néfaste sur l'industrie hippique — malheureusement  ignorée et même balayée avec dédain d'un revers de la main — les responsables du club ont la semaine dernière rencontré les responsables du ministère des Finances dans le cadre des consultations budgétaires avec une shopping list révélatrice de l'inquiétude qui anime les acteurs de l'industrie hippique mauricienne. Avec comme pierre angulaire une révision de la taxe sur les paris, considérée à juste titre comme trop élévée et  comme un encouragement à la recrudescence des paris clandestins. Cette révision ne doit évidemment concerner que les courses hippiques qui méritent, comme industrie locale faisant vivre des milliers de famille, un edge concernant les paris sur le football et le loto qui ne nécessitent pas des investisssements permanents en chevaux et qui, outre sa dimension financière et ses implications sur l'emploi direct et indirect,  comporte une dimension de cohésion sociale que les politiques, très présents au Champ de Mars ces derniers temps, ont pu de visu et au feeling mesurer.
D'autres demandes comme le pari sur internet, mais surtout la possibilté de dépôt d'argent chez les prestataires de paris pour minimiser l'impact des paris à crédit qui s'effectuent en marge de la ponction fiscale sont aussi de nature à contribuer à la nécessaire reprise économique des courses.
Enfin, comme autre élément majeur de cette" shopping list" on retrouve, en bonne place, des doléances pour des facilités en terme de land conversion tax et de rabattement fiscal sur des équipements et infrastructures pour l'élaboration d'un nouvel hippodromme et d'un nouveau centre hippique. Une preuve que l'équipe des commissaires administratifs dans sa diversité et ses différences de vision n'a pas abandonné ce projet que nous considérons comme indispensable pour donner aux courses mauriciennes une autre dimension et consolider sa survie avec des épreuves toute l'année, même si en tout état de cause, le Champ de Mars doit être conservé pour un carnaval d'hiver qui comprendrait nécessairement le Maiden.
L'emplacement pour ce nouveau centre hippique attise évidemment les divergences de vue au sein de l'équipe dirigeante du club.  Entre les terres de l'Etat de Bagatelle et celles privées "généreusement" proposées à Médine et maintenant à Pamplemousses, le débat et les études de viabilité font rage. Qu'importe, l'heure est maintenant à la décision si l'on veut prendre à temps le train de la réussite. Sinon, ils auront collectivement signé dans l'inaction les prémisses d'un enterrement de première classe de l'hippisme mauricien. Aux commissaires administratifs de prendre leurs responsabilités et au ministre des Finances, Xavier Duval, qui connait bien ce champ, de leur en donner les moyens. Ils pourraient collectivement écrire l'histoire hippique, et l'histoire tout court avec un grand H pour que les générations futures, comme nous aujourd'hui, puissent vivre les émotions et les joies de l'hippisme partagées dans sa diversité avec tous les Mauriciens avec un grand M, loin des... BLS et leur souche de division permanente.
Il est permis de rêver!