Ah, comme nous comprenons ces observateurs qui avaient, au fil du débat sur la réforme électorale et son corollaire, le Best Loser System, entrevu ou cru avoir revu « le grand rassembleur » Navin Ramgoolam dans ses œuvres. C'est vrai que si le Premier ministre pratique l'art consommé d'endormir même ses adversaires les plus coriaces, cela lui arrive aussi de dérouter les journalistes.
Avec son petit côté sadique, il est capable de grandes annonces tonitruantes, tout en sachant qu'il ne compte nullement les mettre en pratique. Il en est ainsi du rétablissement de la peine de mort annoncé depuis février 2010, et on n'en a plus entendu parler depuis. Et c'est tant mieux ainsi, même s'il avait pu faire l'économie d'une telle annonce macabre à la veille d'élections générales. Il peut aussi faire peur à quelques ministres incompétents et indélicats en les descendant publiquement en flammes et en les menaçant d'un remaniement, pour ensuite dire qu'il n'en est rien… pour le moment. Question de faire durer le suspense. Il semble, avec ses dits, ou plutôt ses non-dits, sur la réforme électorale, cette fois, avoir eu les plus futés.
Sur un point, Navin Ramgoolam a parfaitement raison. Il est bien le premier leader du Ptr à s'être résolument exprimé en faveur d'une réforme de notre système électoral. Mais il est aussi celui qui, statistiquement et historiquement, en a été le plus victime depuis 82. Il y a eu deux élections au moins, en 1991 et en 2000, à l'occasion desquelles, malgré un suffrage de plus de 30% récolté, il n'avait obtenu qu'un nombre ridicule de députés, trois seulement dans le premier cas, et six dans le second. Un massacre électoral qu'aucun autre parti pouvant revendiquer une audience nationale n'a jamais enregistré. S'il s'est converti, c'est que cela peut aussi servir ses intérêts.
Restent les contours de la réforme. Il y a eu Sachs, il y a eu Collendavelloo, il y a eu les propositions de Rama Sithanen de 2008, tellement audacieuses apparemment, qu'elles sont restées dans un tiroir. Et alors que les principaux partis avaient cru trouver une base de discussions, Navin Ramgoolam a opté pour un regard extérieur. On ne saura d'ailleurs jamais pour quelles raisons il s'est tourné vers Carcassonne et autres consorts européens, des sommités constitutionnelles, il est vrai, mais très éloignées de nos réalités, de notre vécu et de notre histoire. On ne sait pas non plus ce qu'il nous en a coûté de recourir à une telle fantaisie.
Puis, retour à la case départ et à la base initiale des discussions. Il y a eu comme un frémissement avec la fréquence des rencontres gouvernement/opposition et l'annonce d'une convergence sur 95% entre les partis à la table des négociations de Clarisse House. Puis s'est présenté le macadam du Best Loser System. Que sa position soit critiquable, conservatrice, opportuniste, intéressée, exprimée à dessein, celle de Paul Bérenger aura au moins eu le mérite d'être limpide sur toute la ligne. On ne peut en dire autant de celle de Navin Ramgoolam qui, un jour, a laissé filtrer une position, a ensuite pris note de la levée de boucliers d'un vendredi soir dans une agglomération de la capitale, pour venir ensuite avec cette importante nuance que « le Ptr n'a jamais dit qu'il était contre le Best Loser System ». Dans ce mouvement de panique, même le Dr Zakir Naik, théologien de l'Islam, jugé un temps indésirable, a fini par obtenir son visa d'entrée sur le territoire. Ce qui n'est évidemment pas un hasard du calendrier.
Quant à celui qui, au terme de tout ce débat, serait plus rassembleur et moins communaliste que l'autre. À ce triste concours, il risque de ne pas y avoir de gagnant qui sorte vraiment du lot. On savait déjà qui est celui qui est le plus « socioculturel ». Et c'est curieux que, dans ce pays, on peut encore être crédité du manteau de « grand rassembleur » alors même qu'au cours de la campagne électorale de 2000, on a pu dire, pour opposer la candidature d'un adversaire qui n'avait pas le « bon profil » pour le fauteuil de Premier ministre, que les « Indiens de Southall ou les Algériens de France » ne pouvaient aspirer au poste suprême.
C'est non moins surprenant que l'on est gratifié du titre de « grand stratège » plutôt que celui du « communaliste scientifique » lorsqu'on joue ouvertement du poste de vice-Premier ministre comme d'une carotte électorale, quitte à créer quelques postes honorifiques du même nom ensuite, question de faire, a posteriori, bonne mesure communale. Il y a des impostures permanentes qu'il faut dénoncer. Des hypocrisies récurrentes qu'il s'agit d'exposer. Comme celle de dire aujourd'hui que la déclaration communale pour être candidat est inacceptable 44 ans après l'indépendance, tout en organisant, comme ne manquait pas de le rappeler, hier, le leader de l'opposition, un grand ramdam administratif et toute une mobilisation financière, aux frais du contribuable, pour que l'État s'oppose à la pétition du Blok 104.
Aussi, pour voir clair dans le jeu des uns et des autres, il vaut mieux ne pas prendre trop de libertés avec les faits et l'histoire. Les purs en politique, ça n'existe pas. Ou que très rarement. Et, probablement, même pas chez ceux qui se présentent comme des références à gauche. Il suffit de peu, un petit geste par ci, une petite concession par là, pour qu'ils soient eux aussi vite récupérés. Il n'y a qu'à écouter les dénonciations très sélectives de certains des plus vocaux de leurs porte-voix pour s'en convaincre. Autant donc garder un peu de lucidité dans tout ce tapage. Qui risque en plus, comme dit l'autre, de faire finalement pschitt. Certains ayant pour seconde nature de ne jamais dire le fond de leur pensée dans l'espoir de berner tout le monde, et surtout de ne pas trancher dans le vif pour ne froisser personne.
Comments
Mme Josie si vous me lisez voila l'idee qu'il faudrait promouvoir dans votre canard pour eliminer le communalisme institutionnel dans notre pays. Pour eliminer une fois pour toute notre systeme electoral de son racisme endemique il faudrait elire nos deputes par tirage au sort. Oui vous avez bien entendu PAR TIRAGE AU SORT.
Je m'explique:
1)D'abord nous faisons elire nos deputes sur une liste fermee au scrutin proportionelle integrale contenant 60 individus. Une mini-liste de 20 deputes comme c'est preconise serait franchement insignifiant.
2)Une fois elus nous affectons nos deputes dans les circonscriptions en les choisissant par tirage au sort de maniere a ce que n'importe qui peut se retrouver dans n'importe quelle cisconscription. Cela elimine non seulement totalement le communalisme mais aussi le clientelisme regional
3)Concernant le montage des listes. Il faut les monter suivant le principe un homme-une femme, cela regle la question de la parite Homme-femme. Ensuite contre-balancer les communautes en commencant par les minoritaires. Par exemple une liste pourrait etre celle-la:
-un blanc
-un chinois
-un tamoul
-un musulman
-un metis
-un hindou
-un hindou
-un hindou
-un hindou
On repete cette sequence 6 fois sur la liste.
Bien sur il faudrait utiliser les mathematiques pour determiner quelle est la sequence la plus appropriee en tenant compte des elections des annees precedentes.
Avec ce systeme, on a pas besoin de BLS et on elimine le communalisme definitivement et totalement.
Le peuple est pret au changement a condition qu'on leur donne un vrai changement, pas des petits arrangements politiciens voire meme des non-sense comme par exemple proposer d'eliminer la declaration ethnique et garder le BLS: comment est-ce possible?
Les jeunes trouvent notrre systeme communaliste insupportable, meme pour trouver du boulot on regarde leur nom, leur religion et meme leur caste. On se demande si notre classe politique se rend compte de la profonde division qui la separe du peuple et finalement on peut se poser la question du renouvellement de cette classe politique trop longtemps aux affaires a droite comme a gauche et qui est finalement incapable d'imaginer le future.
<< Les purs en politique, ça n'existe pas. Ou que très rarement. >> écrit Josie Lebrasse. Effectivement. Chacun traine sa caaserole, qu'il soit parmi les dirigeants ou des oppositions du jour. Dépendant de qui l'on soutient l'on peut accuser ou escenser l'un ou l'autre à tour de rôle ou en permanence, mais c'est toujours le même jeu du chat et de la souris qui se déroule et que fait et Le PM et PB avec la population.
Analyse tres lucide de JL, dont la reflexion se demarque toujours de celle d'autres commentateurs trop complaisants envers le pouvoir ou qui n'arrivent pas a saisir les enjeux fondamentaux en raison de leur analyse simpliste. JL a raison de denoncer ces impostures et autres positionnements motives par l'opportunisme pur et simple. Dans le debat sur la reforme electorale, certains ont oppose un camp progressiste au camp conservateur sans faire une analyse profonde de la dialectique du pouvoir a Maurice. Si la reforme electorale a pour but de reequilibrer le rapport DES forces entre les grands partis sur la base de la representation proportionnelle, Elle ne devrait pas pour autant mettre en peril la representativite des minorites au Parlement au nom d'un anti-communalisme douteux. On ne fait pas du progressisme en eliminant les droits des minorites ou en esperant que la representation proportionnelle assure les droits de toutes les communautes. Le Best Loser System se trouve au coeur du paradigme du pouvoir a Maurice, base sur le rapport centre-peripherie ou la communaute majoritaire occupe le centre et les minorities vegetent a la peripherie en se contentant de miettes. Un nouveau paradigme du pouvoir est necessaire qui puisse permettre la participation de tous sur un pied d'egalite, sans complexe de superiorite ou d'inferiorite. La democratie fonctionne bien lorsque des citizens n'ont pas le sentiment d'être exclus du pouvoir.
The electoral reforms saga shows us among other things, that too much power is concentrated in the hands of the PM. In the spirit of reforms, we should devolve some powers to other institutions as well.
Navin chante 'Do do baba, do do baba kan to lever mo pou faire alliance avek toi'. Paul dormi ek pe dormi depi 2005
Suiveur de Bérenger et obsédée de Ramgoolam, finira par être plus aigrie que le bilimbi.
BLS ou pas, le communalisme restera gravé dans la tête de certains esprits tordus (tous milieux/âges confondus). En ce temps de crise économique aigüe, ne serait il pas mieux de consacrer tout son temps et son énergie à prendre les mesures/actions qu'il faut au lieu d'étendre en long et en large sur un 'non-sujet' ? Que nous apportera l'abolition du BLS ?
Des aberrations existent dans le monde entier mais notre temps est tellement précieux qu'il faut aller à l'essentiel. Par contre ,la prospérité de tout un chacun serait peut etre plus déterminant pour l'élimination naturelle du communalisme que toute action futile au niveau judiciaire ou entre dirigeants (gouvernement & oppposition)