Comprendre son passé pour mieux construire son avenir est une question philosophique à laquelle nul n’échappe et encore moins lorsqu’il s’agit d’une nation issue de peuplement divers comme celle de Maurice. Nous avons longtemps eu droit qu’à des expositions, par moment itinérantes, organisées par le Mauritius Museum’s Council (MMC) ou autre institution engagée dans la diffusion d’information sur l’histoire et portant sur la construction d’une nation. Cet exercice souvent fastidieux pour la majorité des Mauriciens dont certains ne savent pas lire ou ne comprennent pas la langue utilisée sur les panneaux d’explication, ne donne pas toujours les résultats escomptés.
Or, depuis 2010, le gouvernement semble avoir trouvé une formule idéale pour les intéresser à leur histoire : faire revivre letan lontan par le biais d’un musée à ciel ouvert. Ce projet fort louable avait été inauguré dans le cadre de la commémoration du bicentenaire de la bataille du Vieux-Grand-Port à Mahébourg. En 33 jours, selon les organisateurs, plus de 400 000 personnes avaient visité le village reconstitué contant 200 ans d’histoire de Maurice. L’année dernière, c’était l’occasion de découvrir un condensé de la période de l’engagement avec un village reconstitué à la manière de ce qui existait en 1860, à Aapravasi Ghat, premier site mauricien classé patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce 1er février 2013, nous avons eu droit à un aperçu de ce que pouvait être le village de Trou-Chenille du Morne.
À ce jour, ce nom à résonance poétique constituait une légende pour d’aucuns n’ayant pas connu les lieux et ayant simplement entendu ces habitants ou leurs descendants raconter leur histoire.
Depuis vendredi, et ce jusqu’au 10 février, c’est de manière vivante que chaque Mauricien peut aller à la rencontre de son patrimoine. À la fois culturel et pédagogique, le projet qui permet une rencontre avec « un guérisseur » ou « un pêcheur construisant son casier » ne peut que s’inscrire dans la mémoire de tous ceux qui pénètrent en ces lieux. L’expérience sensorielle n’a pas d’égale. Par conséquent, l’on n’échappe pas non plus à une réflexion sur le sujet, à prendre conscience de notre état et de notre responsabilité dans la société. La découverte se fait aussi de manière ludique. Outre une animation culturelle avec le séga tipik — hommes, femmes et enfants habillés en costume d’époque se donnant à cœur joie au centre du village —, des voyages en bateau pour voir Trou-Chenille de la mer avaient été organisés ce 1er février.
En vue d’intéresser et de promouvoir l’histoire auprès du grand public, ne serait-il pas temps de pérenniser ce projet qui a aussi une dimension touristique ? De rendre vivants les deux sites mauriciens classés patrimoine mondial de l’humanité ? À plus forte raison, lorsqu’on évoque le paysage culturel du Morne, l’on a l’impression d’être encore au temps de l’esclavage. Le site n’est toujours pas accessible au grand public cinq ans après son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO : le litige opposant l’État et une société privée en l’occurrence, Le Morne Brabant IRS, n’étant toujours pas résolu avec pour conséquence une stagnation des projets proposés au départ.
Mettre en place une structure permanente en conformité avec les lignes directrices de l’UNESCO contribuerait à une valorisation du village et de ses habitants. Elle permettrait d’entamer un développement économique et culturel de la région en attendant que la montagne soit accessible à tous !