Infiniment petit

Ça peut paraitre anecdotique, voire risible, mais c’est aussi extrêmement symbolique de la petitesse caractérisée qui nous gouverne. Tout relève de l’infiniment petit. A la mesure d’une imposte. L’affiche « Lalians soular » mettant dans le même sac Ajay Gunness, Thierry Henry, Ashvin Boolell, fils du dirigeant travailliste, et un confrère, est révélatrice de la mentalité qui a cours au Sun Trust. Le terme « soular » a très récemment été utilisé par Pravind Jugnauth au Parlement pour décrire Ajay Gunness. Et il n’y a évidemment pas de coïncidence entre les deux faits.
Hommes publics et journalistes exerçant des activités publiques, ils sont tout à fait capables de se défendre. Que vient faire Ashvin Boolell dans cette galère ? Le fils d’Arvin Boolell a peut-être eu un petit démêlé avec la police comme cela peut arriver à n’importe quel citoyen lambda. Pour le savoir, il faut être dans le secret des notes de la police. Qui y a accès, si ce n’est ces décideurs petits d’esprit qui osent prétendre se donner « en exemple » et qui ont exploité un tuyau obtenu de Mario Nobin et de Lockdev Hoolash pour faire leur basse besogne. « En exemple »
aussi celui qui a dit : « You were licking my hands and other parts » en plein Parlement. Non, merci ! Ah si, peut-être pour ces déchets politiques qui se sont recyclés dans les médias et qui ont été « impressionnés » par son long poutou verbal du 1er-Mai.
Et c’est quand même plutôt écoeurant que celui qui avait fait tout un tapage avant les dernières élections sur un enregistrement détaillant quelques faits de l’intimité de sa famille n’ait rien à dire sur ce genre de procédés dégueulasses qui consiste à faire coller des affiches illégales ne portant pas le nom de l’imprimeur. Alors qu’en même temps, envoyer la police chez un militant de Vacoas pour des affiches légales dénonçant la connexion Sun Trust/Geanchand Dewdanee, ça, c’est de la plus haute importance. Si cela déclenchait une guerre d’affiches, pas sûr que les petits crétins qui ont eu la belle idée de l’affiche « Lalians soular » en sortent indemnes. Déjà, des internautes ripostent : « Vo mié lalians soular ki lalians voler ». C’est dire le bel effet rencontré par les affiches qui se voulaient percutantes.
Dans le même registre de la petitesse et du manque total de hauteur, la Speaker que la retransmission en direct des travaux parlementaires a eu le malheur d’exposer. Et avec ses insuffisances… criantes. On aurait pu penser qu’une candidate fraîchement battue à des élections générales, qui a été rejetée par le peuple, aurait doublement fait la démonstration de son impartialité, de son tact et de son sens de la mesure.
Que voulez-vous que l’on pense d’une Speaker qui, par son sens très avancé du « selected deafness », n’entend pas le Premier ministre proférer à l’endroit d’un député : « You were licking my hands and other parts », et qui accepte quinze jours plus tard un simple : « I withdraw » des plus minimalistes que personne n’a entendu. C’est à une excuse publique à la nation à laquelle s’attendaient ces jeunes et vieux qui ont entendu le Premier ministre décliner sa grande poésie du langage.
Et si pour le Premier ministre, cela se passe ainsi, pour les autres c’est un régime différent, voire expéditif. Mardi dernier, elle a décidé, sans autre forme de procès, de renvoyer un député, un brin sarcastique et provocant, qui lui a lancé : « Just as a friend, do you need to take a break, to breathe in and to calm down ». Franchement ! Un Speaker digne de ce nom aurait envoyé ceci à Shakeel Mohamed : « I thank you very much for your concern and I’ll invite you to come with oxygen masks if needed. » Et c’aurait été la fin de l’affaire. 
Avez-vous déjà vu Maya Hanoomanjee sourire d’un bon mot, désamorcer une situation tendue avec un trait d’humour comme savait si bien le faire Sir Harilal Vaghjee ? Jamais. Et pourtant Sir Hari était celui qui eut la délicate tâche d’affronter, en 1976, une horde de 33 nouveaux venus du MMM en sus de SAJ, la moitié des effectifs parlementaires qui ne savaient rien des procédures, qui s’asseyaient sur les marches des escaliers du Parlement et qui avaient choisi de ne pas porter veste et cravate parce que le faire serait être du système. 
Or, il ne se passait rien de ce qu’on peut voir, pour ne pas dire subir, depuis huit semaines. Sous Vaghjee, il y avait des débats de très haute facture, une opposition extrêmement agressive, un humour corrosif vis-à-vis des vieux ministres travaillistes et PMSD. Qui n’a pas entendu parler de cette fameuse répartie de Kader Bhayat à Sir Harold Walter qui est d’ailleurs restée dans les annales du Parlement mauricien comme une des plus tordantes ? Pas content que le ministre des Affaires étrangères de SSR ait répondu un peu sèchement à une de ses questions, le député du MMM a lancé un « I won’t be disturbed by the rattling of a golden tooth in a corned beef can ». Le principal visé n’a que très peu goûté cette pique, mais tout le monde avait ri un bon coup.
La référence avait du sens dans la mesure où le rapport de l’Audit venait d’être publié et qu’entre autres dénonciations de gaspillage de fonds publics, il avait relevé que le ministère des Affaires étrangères avait encouru à grands frais les soins dentaires prodigués au ministre à l’étranger après une chute en avion. Quant à l’histoire de la boîte de Corned beef, elle tient d’une légende qui veut que Sir Harold Walter qui avait fait l’armée en ait subtilisé une et qu’il ait eu à faire face à la Cour martiale. C’était de bonne guerre. Aujourd’hui, Kader Bhayat aurait certainement récolté d’un « I order you out », d’un « I don’t have any lesson to take from you », ou d’un « shame on you ».
Et aussi incroyable que cela puisse apparaître aujourd’hui, Sir Harold Walter avait fini par prendre ces jeunes insolents en estime et il les invitait même à sa table durant les saisons de chasse, lui qui était un passionné de gibier. Autres temps, autres mœurs. De la grandeur à la petitesse et à la bassesse.