Inqualifiable

Le Premier ministre adjoint a critiqué l’auteur de ces lignes sans avoir le courage de dire de qui il s’agissait au juste, un peu comme son très célèbre collègue qui a traité une journaliste de “femel lisien” sans pouvoir dire à qui il s’adressait exactement. C’était dimanche dernier lors des célébrations de la fête Divali dans la cour du Plaza. Ivan Collendavelloo a estimé “atroce” et “antipatriotique” qu’un journaliste ait écrit que le CEB “n’avait pas le droit de célébrer Divali.” On connaissait une certaine race de politicards capable de mauvaise foi et de malhonnêteté intellectuelle, mais la posture du ministre des Services publics est tout bonnement inqualifiable.
Voilà ce que nous écrivions ici même la semaine dernière pour dénoncer la politisation des fêtes pourtant décrétées nationales et l’utilisation opportuniste de ces célébrations pour se livrer à un exercice de promotion du ministre dont les services dépendent. “C’est ainsi que l’organisme parapublic qui, il faut le rappeler, se trouve sous la tutelle du ministère des Services publics, organise un show pour célébrer ses 75 ans et la fête Divali ce soir, non pas dans l’enceinte d’un de ses locaux principaux, à Curepipe ou Ébène, mais dans la circonscription de son ministre de tutelle, à Rose-Hill, dans la cour du Plaza, et qu’il est prévu qu’Ivan Collendavelloo, l’élu de la localité, will grace the event with his presence.”
Nous rappelions aussi que “l’invitation est signée Shamshir Mukoon, le directeur général par intérim du CEB, mais compte tenu de ses antécédents, on peut penser que le président Seety Naidu, celui qui avait brillé par sa présence intempestive à un congrès du Muvman Liberater le 30 juillet au Plaza, ne serait pas totalement étranger à cette activité financée par un organisme public à des fins de promotion politique et partisane. Ce sont de telles dérives, l’utilisation des ressources publiques à des fins politiciennes, qui finissent par pervertir la politique.”
Où est-ce que le ministre Collendavelloo a été chercher que nous étions contre la célébration de Divali par le CEB? Dans les yeux limpides d’Alvaro Sobrinho dont il est capable de sonder en profondeur la grande intégrité? Il ne faut surtout pas croire qu’il a fait semblant de ne pas comprendre. Non, c’est fait à dessein. Pour faire croire qu’il y aurait certains qui seraient contre cette fête. Une grosse ficelle et des sous-entendus auxquels on est malheureusement habitué de la part de ceux qui n’ont aucun argument pour réfuter la justesse de nos propos.
Une telle distorsion intentionnelle des faits ne peut qu’être l’œuvre de celui qui relève finalement d’un accident de l’histoire et celui d’un petit pouvoiriste incapable de hauteur pour reconnaître qu’il est malsain de profiter des plates-formes socioculturelles pour tenter assez désespérément de se faire bien voir entre deux privatisations contestées avec raison et qui n’avaient pas été annoncées lors de la dernière campagne et une multitude de scandales concernant le ML allant de la nomination des petites copines et grandes coquines et le langage abusif et révoltant de son collègue en guerre contre les “femel lisien”.
Avant que nous ne venions sur les dessous de cette folie du CEB, un confrère que nous remercions pour sa démarche inquisitrice si salutaire a déjà souligné quelques aspects très discutables de l’initiative du régulateur. Pendant que des pauvres femmes se privent de nourriture au jardin de la Compagnie et que le porte-parole du gouvernement se fait fort de préciser que les cleaners ne touchent pas Rs 1,500 mais Rs 3,000 – comme si un salaire à ce taux était humainement acceptable, le CEB a, lui, Rs 2 millions à dépenser pour une soirée consacrée à la promotion du ministre, de ses proches très visibles puisqu’ils étaient en première ligne et du maire de la même écurie, le ML.
La soirée était tellement réussie que la police a finalement dû intervenir, après les protestations énergiques des riverains qui se plaignaient, à juste titre, de ne pouvoir dormir parce que les décibels se décuplaient au-delà de l’heure règlementaire. Le maire a dû leur présenter des excuses. Il n’est pas sain, non plus, que pour cette célébration le CEB ait recherché le soutien financier et le sponsoring des Independent Power Producers. Ils pourraient se rappeler au bon souvenir du régulateur le moment venu pour engager des discussions sur le prix d’achat de l’électricité du secteur privé.
Mais le CEB est, depuis quelques années déjà, tout sauf un modèle de la bonne gouvernance et de la transparence. Entre les agents sans pudeur placés à la tête de l’organisme, les recrues politiques venant des circonscriptions de ces monarques des circonscriptions 19 et 20, Ivan Collendavelloo et Anil Gayan et les suspensions arbitraires arbitrées par un copain du ministre et des mises à pied aussi brutales que ridicules pour fuite alléguée d’informations aussi basiques que les comptes du régulateur public, il n’y a plus rien à attendre du CEB à la sauce ML.
Mais la version 2017 du Divali, à part la belle réussite du week-end dernier au Stade Anjalay qui était une vraie fête unitaire et populaire, aura été le summum de la récupération politique de la part de ceux qui, apparemment, ont du mal à exister sans utiliser toutes les plates-formes pour se faire voir. Celui-ci nous ressert son vieux slogan “bef travay, souval manzé” en promettant, un peu comme son “sanz ou lavi dan 100 jours” pour ensuite nous torturer pendant 3,000 jours, celui-là, dont l’humour reste à vérifier, répond “bef travay, sirène ki manzé!” Un exercice, là aussi, d’une inqualifiable légèreté.
Et c’était ainsi tout le long de la semaine écoulée, chacun ayant profité de ses sorties pour faire sa petite campagne politicienne. Piques ici, propos amères et dépités là, c’est ce à quoi ont eu droit des Mauriciens qui voulaient juste fêter et écouter des messages apaisants, rassembleurs et vraiment lumineux. Lorsque certains poussent le bouchon jusqu’à traiter les électeurs de “kouyon”, c’est qu’ils n’ont plus leur place sur notre échiquier politique déjà assez médiocre comme ça.