Share |

Inquiétudes

L’inquiétude gagne du terrain dans le monde hippique mauricien. Pas seulement parce que les finances sont au rouge et que l’avenir s’annonce incertain dans une conjoncture économique difficile pour le pays.
C’est surtout ce qui se passe au niveau du betting et sur la piste qui fait l’objet de sérieuses interrogations des professionnels de courses, mais aussi des turfistes de plus en plus déroutés par le déroulement très suspect de certaines épreuves.
La lourde sanction logique infligée au jockey Woodworth cette semaine par les commissaires de courses est un premier pas important. Ce véritable coup de fouet dans cette toile d’araignée magnétisante tissée depuis plusieurs semaines, des mois, voire des années,  par quelques magnats du monde des paris qui sont en train d’étendre leur influence sur les résultats de quelques courses telle une pieuvre enveloppant sa proie, constitue un acte de courage qui risque cependant de ne pas être sans conséquences. Car on ne touche pas à des araignées sans risque de se faire piquer si on n’a pas les protections et les supports nécessaires, bref si on n’a pas les assisses solides.
Mais sanctionner un jockey, toujours le fusible commode qui saute lorsque la tension monte et qu’elle devient intolérable, celle émanant des rares courageux alors que l’omerta touche la grande majorité, ne sera pas suffisant pour démanteler cette mainmise qui prend chaque semaine un peu plus d’emprise. Tout sera fait pour tirer d’affaire le fauteur de cette mauvaise passe et d’appel en appel, de renvoi en renvoi, il aura sans doute l’occasion d’assurer ses arrières.
Si on veut vraiment juguler  l’influence malsaine des paris sur certaines épreuves, il faut avoir la volonté de faire ce qu’ont  fait les autorités françaises sur les paris sportifs concernant le handball dans lequel de grandes vedettes de ce sport, de surcroît des internationaux ont été arrêtés et écroués. Une étude et une analyse minutieuses des paris engagés à travers le France ont pu mettre en exergue la corrélation indiscutable entre enjeux anormaux et résultats. Et les coupables ont pu être identifiés et sont en attente d’être jugés. Quel que soit leur statut social et leur popularité.
La même chose est-elle possible à Maurice ? Oui, puisque les outils sont là. Non, parce qu’à part les commissaires de courses qui ne peuvent que « bricoler » avec les moyens dont ils disposent, il n’y a pas de véritable volonté de faire la guerre aux trublions. Ceux-là, quelque part, en finançant l’achat des chevaux, le salaire des jockeys et les cadeaux savamment destinés, se sont imposés comme des « indispensables » de l’industrie.
Une analyse fine des paris depuis le début de la saison et samedi dernier, par exemple, par la Gambling Regulatory Authority avec le soutien de la police des Jeux, si elle avait été pourvue de compétences et de dents, aurait pu soutenir le MTC — une partie, celle qui milite pour les courses propres — dans sa croisade contre les courses truquées. Pour amadouer les âmes sensibles, nous dirons entraides en courses entre  jockeys couverts par le même parapluie immunitaire de parrain (s) bienfaisant(s). Au moins les serveurs centraux acquis à coup de millions des deniers publics et supposés contrôler et engendrer la traçabilité de tous les paris, n’auraient pas seulement servi à l’assainissement des caisses publiques mais aussi à la régularité des courses hippiques, ce qui est également la mission de service public de cet organisme gouvernemental, qui est fautif de n’avoir jamais trouvé une solution viable au scandale des paris clandestins à crédit.
Qu’aurait donc pu révéler cette analyse ? Difficile d’affirmer. Mais il existe des pistes dont on parle à bas mots à la rue Shakespeare et dont il est grand temps qu’on le dise tout haut pour vérifier si cela est vrai.  En tout cas, on aurait  pu étudier si  la coïncidence répétitive, au fil des journées, qui existe entre les paris croisés engagés, et toujours gagnants, sur les chevaux de deux écuries au moins est ou non le résultat d’une collusion. On aurait aussi pu voir si les étranges échanges de bons procédés entre quelques jockeys sur la piste du Champ de Mars, surtout ceux qui ont fait parler d’eux dans le monde hippique en Asie du Sud-Est où ils ont exercé ensemble, étaient parallèles ou pas à l’évolution des paris.
En vérité, la réponse est connue de tous les initiés et il n’y a que les autorités qui se voilent la face. D’ailleurs, c’est fort de solides connections à plusieurs échelons de ces différentes instances qu’agissent en confiance ces parrains  proches du monde du jeu, très proches même sans qu’on puisse officiellement les y assimiler, et qui ne tolèrent  pas par exemple,  que leurs adversaires  misent sur leurs chevaux avant eux,  sous peine d’un « coupe la main » rédhibitoire quelle que soit la valeur sportive du cheval. Pire, aujourd’hui ce sont eux, pas toujours avec succès, qui décident qui doit gagner une course ou non, et cela au gré de l’engrangement possible de millions  si ce n’est du pouvoir et d’aura accrus qu’on s’apprête à leur donner.
Peut-on leur reprocher cela ? Oui, puisque  des milliers de turfistes sont tondus chaque semaine parce que tous les chevaux ne courent pas toujours on « their merits ». Mais pas seulement eux. Il faut aussi pointer du doigt tous ceux qui savent et qui font semblant de ne rien voir, rien entendre. Eux aussi sont autant coupables.
Sans un sursaut d’orgueil, sans le « guts » de leur dire stop, l’hippisme mauricien accélérera sa descente aux enfers. Zotte pou fini nou lé kourse. Y-a-t-il quelqu’un pour entendre et comprendre cela avant qu’il ne soit trop tard ?


Commentaires

C'est peut-etre une idee "folle" mais, pour assainir la situation, ne devient-il pas essentiel que, au dela d'un certain montant, tout parieur presente sa carte d'idendite et que le numero de celle-ci et/ou son nom complet figure sur le ticket ? Les serveurs doivent etre accessibles pour verification par certaines personnes, bien sur. Au casino aussi, ca aiderait a rendre les transactions un peu moins nebuleuses, il me semble. Si meme des trafiquants se mettent a acheter des chevaux... Anything goes, of... Course ! Ca fait bien longtemps que je n'ai pas mise un seul sou sur un cheval. Peut-etre que ce que je viens de suggerer se fait deja ?