Interrogations légitimes

Il n’est pas aisé lorsqu’on a longtemps fréquenté le pouvoir d’agir en parfaite cohérence. D’être limpide dans sa stratégie. C’est le cas du PMSD. Presque unanimement applaudi pour avoir quitté le navire de Lepep sur le Prosecution Bill, et après les propos insultants tenus par Sir Anerood Jugnauth à l’adresse de son leader Xavier Duval, le PMSD patauge assez rapidement dans des contradictions. Démissionner du gouvernement et annoncer que l’on passe dans l’opposition pour ensuite dire que les maires et les adjoints encartés bleus, eux, restent en poste, ne procèdent d’aucune logique.
En fait, c’est le jour même de la démission du gouvernement que les élus régionaux du PMSD auraient dû emboîter le pas aux ministres et Parliamentary Private Secretaries. Pourquoi les présidents des organismes parapublics et pas les conseillers principaux et les ambassadeurs ? L’interrogation est légitime même si dans le cas des ambassadeurs, on peut comprendre que certains soient un peu pris au dépourvu et incapables de rentrer sur le champ dans la mesure où il y a un problème de scolarité de leurs enfants qui pour, quelques-uns, sont tout juste en début d’année scolaire. Mais ne désespérons pas, l’apprentissage dans l’opposition pour le PMSD sera probablement long, mais il sera peut-être finalement plutôt gratifiant.
L’interrogation est sans doute encore plus légitime sur la conduite de ceux qui ont une mission publique. C’est Week-End qui annonçait en une le 27 novembre 2016 que la commission d’enquête sur la drogue qui avait bouclé ses travaux allait reprendre du service pour étudier un volet qui lui a échappé ou qu’elle a négligé, celui de la ramification politico-juridique du narcotrafic. Il était question de la convocation d’une dizaine d’avocats grands défenseurs de trafiquants de drogue, pour certains, très bien ancrés au MSM, députés, candidats battus, proches parents. Vaut mieux tard que jamais en espérant, sans trop y croire, que cette commission se penche aussi sur les avoirs et les acquisitions immobilières de ces hommes et femmes en robe qui fréquentent assidûment des trafiquants de drogue.
Ce sont curieusement les mêmes qui sont régulièrement sollicités pour leurs commentaires “d’experts” sur certaines ondes et qui bénéficient d’un nettoyage à sec et d’un blanchiment garanti dans certains titres où les attachés de près se disputent la palme aux attachés de presse. Toujours est-il que l’on ne sait pas si les honoraires dus aux avocats, adeptes assidus du parloir, étaient payés selon ce qu’on appelle aujourd’hui communément le “système Mammouth”, mais même s’il ne faut s’étonner de rien, on voit mal des prisonniers, confinés entre quatre murs, disposant de liasses de billets à remettre à leurs avocats, attitrés ou pas.
Tout cela explique les raisons derrière la question du député Reza Uteem datée du 20 décembre au Premier ministre Sir Anerood Jugnauth l’invitant à révéler la liste des Parliamentary Private Secretaries qui ont effectué des visites à la prison en 2015 et 2016 et à indiquer leurs noms et l’identité de ceux qu’ils ont rencontrés. Oui, c’est vrai, le député du MMM auteur de la question n’était pas présent à cette séance. Elle intervenait au lendemain de la démission du PMSD du gouvernement et il y avait comme un flottement sur les places à occuper dans l’hémicycle.
Les absents ont toujours tort, dit l’adage, mais l’Assemblée nationale est régie par un code de procédure qui veut que les questions qui, pour une raison ou une autre, n’obtiennent pas de réponses orales, lorsqu’elles ne sont pas tout simplement retirées, tombent dans la catégorie des réponses écrites. On ne pense pas qu’il faut attendre les débats en direct pour savoir de quoi il en retourne. Or, à ce jour, soit plus de deux semaines suivant l’inclusion de la question de Reza Uteem à l’agenda, toujours rien sur le site de l’Assemblée nationale. Une vérification dans ce sens ayant été faite en fin d’après-midi hier. On commence à comprendre pourquoi le sujet est source d’embarras.
Et pourtant, il y a des questions au Premier ministre qui ont obtenu réponse et qui sont annexées au Hansard du déroulement des travaux du 20 décembre. Comme en témoigne le site officiel de l’Assemblée nationale. On peut citer les réponses aux questions d’Aadil Ameer Meea sur la situation aux Divisional Headquarters d’Abercrombie et les véhicules qui trainent au Line Barracks. Encore heureux que des petits malfrats, qui sont assez nombreux ces jours-ci à courir en uniforme, ne les aient pas chopés comme les litchis de chez Mario, le CP, à St-Pierre.
Et Rubina Jadoo-Jaunboccus, que l’on n’hésite pas à présenter comme la chef de file du MSM à Port-Louis, excusez du peu, mais qui est aussi la sainte patronne des marchands ambulants, qui a le temps de rendre visite à plus d’une dizaine de trafiquants de drogue déjà condamnés dans une même journée. Elle a une défense en béton, voyons : elle n’a pas, en tant que PPS, visité ces parias cloîtrés. Comprenez : lorsqu’on n’est pas PPS, on peut fréquenter assidûment des marchands de la mort, non pas simples accusés, mais des individus sévèrement sanctionnés par les tribunaux.
Rubina Jadoo, donnée banco prochaine ministre ; Sandhya Boygah, la bonne sœur qui a payé la caution de son frérot, toxico déclaré et dont le cercle intime a un penchant inexpliqué pour l’activité zugader ; Yooshreen Choomka, passée, par un tour de passe-passe, du statut de présidente à celui de directrice de l’Independent Broadcasting Authority ;  Mary Jane Gayle Yerriah qui trônait à l’Equal Opportunities Commission tout en sachant qu’elle ne disposait pas des qualifications requises au point d’être réprimandée par le conseil de l’ordre des avocats.
Qu’elle est belle la relève que l’on appelle ici et là de tous ses vœux! Qu’elle peut être effrayante aussi une certaine idée de la féminisation de la politique qui, pour promouvoir le genre, ne fait pas, comme pour les hommes d’ailleurs, la distinction entre ceux qui sont des assoiffés de pouvoir et qui n’attendent qu’à être en position d’influence pour se servir et ceux qui respectent scrupuleusement les notions les plus élémentaires de l’intégrité et de la probité.