Irresponsabilité gouvernementale

Quand le 1er avril 2015 le gouvernement décide de fermer la BAI, ses sociétés et la Bramer Bank, tous les membres du gouvernement applaudissent et soutiennent cette décision. Le Premier ministre, le ministre des Finances et celui de la Bonne Gouvernance vont à la télévision pour se féliciter de cette décision qui, affirment-ils, s’insère dans le cadre de l’opération nettoyage et faire toutes sortes de promesses. Deux ans plus tard, les promesses n’ont pas été tenues, les avoirs de la BAI ont été vendus dans des conditions qui mériteraient une enquête et les plus gros souscripteurs des assurances et des plans d’investissements de la BAI n’ont toujours pas été remboursés. C’est pour cette raison qu’après plus de deux ans de réunions, d’annonces et de promesses de remboursement non tenues ; de traitement que l’on réserve généralement à des récidivistes notoires ou des bandits de grand chemin ; de soupçons de blanchiment d’argent ou de trafic de drogue ; de renvois d’une institution à une autre, d’un bureau à un autre, certains des souscripteurs des plans de la BAI devenus des victimes de l’incompétence du gouvernement ont décidé de faire une grève de la faim. Ils sont obligés d’avoir recours à ce que le Mahatma Gandhi avait appelé l’arme ultime pour faire entendre leur voix et faire réagir un gouvernement responsable au premier degré de leur situation actuelle. Un gouvernement qui leur manifeste une indifférence inexplicable malgré les réunions, les conférences de presse, les interviews, les pétitions et les marches pacifiques. Ils avaient raison de se lancer dans cette grève de la faim qui a obligé le gouvernement a réagir. Même si c’est surtout avec de grossières tentatives pour essayer de se disculper.
Alors qu’au départ TOUS les membres du gouvernement étaient solidaires de la décision, aujourd’hui, quelques-uns tentent de nuancer leurs propos de 2015. Le Premier ministre, dont les proches rappellent qu’il n’occupe le poste que depuis quelques semaines, demande un mois de délai pour comprendre le dossier. Aurait-il à l’époque applaudi une décision qu’il ne comprenait pas ? Xavier-Luc Duval, spécialiste aujourd’hui de dénonciation de mesures prises hier par un gouvernement dont il était le N°2, vient, lui, dire que le dossier BAI a été mal géré. Pourquoi ne l’a-t-il pas dit au cours des presque deux années qu’il a passées au gouvernement Lepep ? Paul Bérenger rappelait hier, dans une conférence de presse, sur quel ton insultant celui qui était alors N°2 du gouvernement avait réagi à sa Private Notice Question sur la fermeture de la BAI. Et puis, il y a Roshi Badhain qui, comme le leader du PMSD, semble avoir une mémoire à géométrie variable qui ne retient que ce qu’il veut. Cet ex-ministre de la Bonne Gouvernance qui utilisa la télévision nationale pour animer personnellement plusieurs émissions pour expliquer comment il avait eu raison de démanteler la BAI — et rendre insoutenable la vie de certains de ceux qui y avaient souscrit des plans d’assurances et des placements financiers — et se féliciter de l’avoir fait, ose aujourd’hui se dire solidaire des grévistes de la faim ! Ces deux nouveaux membres de l’opposition semblent croire que le fait d’avoir démissionné du gouvernement efface toutes les décisions qu’ils ont pu prendre ou soutenir alors qu’ils en faisaient partie. Ils doivent assumer la responsabilité des décisions prises collectivement par le gouvernement et arrêter de jouer les nouvelles vierges. Ce n’est pas de la politique, c’est de l’indécence.
C’est également le cas du ministre Sinatambou, à qui a été confiée la mission d’animer un point de presse hebdomadaire, pour essayer de désamorcer les bombes que l’opposition fait exploser lors des questions parlementaires. Samedi, le ministre a affirmé que sur l’affaire BAI, Roshi Bahain avait induit en erreur le gouvernement dont il faisait partie. Ce gouvernement a donc pris deux années pour découvrir qu’il avait été induit en erreur ! Un pays ne peut pas être gouverné au gré des grèves de la faim, a osé déclarer le Premier ministre. Est-ce qu’un pays peut être gouverné au gré des décisions hâtives qui ont ruiné des centaines de Mauriciens, prises par un gouvernement qui n’a pas le courage de reconnaître ses erreurs et de prendre les décisions correctives qui s’imposent ? Finalement, est-ce que le gouvernement attendra la mort d’un des grévistes de la faim pour trouver une solution au problème de la BAI dont il est responsable ?