Justice must be seen to be done

La Coupe du Cent Cinquantenaire, première manche du championnat des milers, fut une belle épreuve dans la bonne tradition des courses d’antan et nul doute que les circonstances de la course ont consacré le meilleur du jour, Hillbrow. Celui-ci offrait ainsi à son entraîneur Shirish Narang sa première palme dans une épreuve principale, ce qui lui permet de se hisser à la deuxième place du classement des entraînements derrière Gilbert Rousset. C’est un moment qu’il lui faut croquer à pleines dents. En tout cas, c’est un véritable exploit pour ce jeune entraîneur qui a su se faire une place au soleil, d’autant qu’au micro de l’hippodrome, il affiche une décontraction déconcertante et démontre un optimisme assuré, parfois démesuré, sur les chances de ses chevaux, qu’il faut le dire sont très souvent dans la photo d’arrivée.
Monté avec patience par le jockey Khathi, qui se laisse trop emporter par sa fougue de victoires au point de perdre le contrôle de sa monture, ce qui occasionne des interférences dangereuses en ligne droite et lui a valu une suspension inévitable, Hillbrow a aussi profité de la course difficile de Kremlin Captain, quoique très bien monté par Arnold, et de Charles Lytton, qui a lui montré une réticence marquée à s’infiltrer dans le trou de souris qui se présentait à lui le long de la corde.
Des courses de ce niveau avec une telle intensité, on en redemande. Et si nous avons aussi eu droit à un duel épique New Star/Emaar plus tard, cela n’a pas relégué au deuxième plan le déroulement très suspect de la deuxième course où le premier « karos maryaz » de la saison, signé d’une victoire de Buffalo Trip sur qui on a rien à redire, mais la léthargie généralisée de ses concurrents a laissé un goût amer aux turfistes opposés à cette dérive malsaine des courses que nous condamnons aussi avec véhémence.
Loin de l’agitation hippique qui bat son plein, la semaine écoulée a été marquée par l’interrogation tardive mais pertinente de la participation de Rebel’s Gamede à cette sixième journée. D’emblée, il faut préciser que Rebel’s Game a couru sans influence puisqu’il avait effectué un elective test négatif préalablement à son acceptation dans l’épreuve. Donc, les turfistes n’ont pas été lésés d’une façon ou d’une autre, quoique les chevaux qui ont terminé derrière Rebel’s Game peuvent toujours regretter un manque à gagner sur leur stakes money.
Mais il reste une question sémantique sur sa qualification à participer ou non à cette épreuve. Nous ne nous immiscerons pas dans les querelles de chapelle qui opposent ceux qui sont au pouvoir et ceux qui ont soutenu l’autre bord lors des dernières élections. Ce qui compte avant tout c’est l’intégrité des courses et il est primordial que « justice is done and, moreover, that justice is seen to be done ».
Il est donc tout à fait normal qu’il y ait débat et que ce soit la sincérité des échanges d’idées qui soit au cœur de l’effort intellectuel et aucune autre considération partisane qui mettrait notre hippisme, en convalescence, dans des tourbillons dont il pourrait ne jamais se relever. Le questionnement est nécessaire car personne ne peut se vanter d’avoir seul la science infuse et il faut tout aussi bien accepter ses erreurs dans la modestie et l’intelligence, lorsqu’elles sont établies.
Nous n’allons certainement pas nous attribuer les arguments d’autrui, en la circonstance ceux de Me Yahia Nazroo, dans une lettre adressée au Maurtius Turf Club et également prématurément publiée dans la presse. Il demeure qu’elle vaut son pesant d’argent. Il est un fait que le Rule 202, utilisé avec à propos par les Racing Stewards pour le retrait du cheval Rebel’s Game lors de son engagement précédent, n’a pas été assorti de l’un des trois codicilles obligatoires lors de sa mise en application, c’est-à-dire le 202 (1c), qui se lit comme suit : « The Racing Stewards, after conducting such inquiry they consider appropriate shall decide the period during which the horse shall not be permitted to race. »
Certes la règle 208 donne la possibilité réglementaire aux Stipes de requalifier Rebel’Game pour courir à nouveau s’il a répondu favorablement à un elective test, c'est-à-dire de surseoir à sa suspension, sauf que dans le cas présent, il n’a jamais été suspendu comme le stipule la règle 202 (1c). Le point est suffisamment clair et toute autre considération avancée comme argument contraire, comme le fait que le produit n’est pas interdit mais prohibé, n’a pas sa place dans le débat.
Il y a eu à notre avis un manquement évident dans la procédure enclenchée par la Stipe Room, selon les règles existantes, mais ce n’est pas non plus le scandale du siècle. L’alerte aurait dû être donnée au moment des entrées, voire du programme officiel, mais à quelques heures de l’épreuve, il était difficile de faire marche arrière, d’autant que les examens du cheval donnaient préalablement la garantie qu’il courait sans influence.
Nous l’avons écrit à maintes reprises que les rules of racing méritent un toilettage en profondeur où il est primordial de lever toute ambiguïté et tout ce qui peut donner la perception d’un pouvoir excessif aux décideurs. Les rules doivent être simples dans leur conception, compréhensibles par tous et surtout de ne pas s’interpénétrer pour ne pas ouvrir la porte à des interprétations diverses qui mettraient les Stipes en grosse difficulté à la moindre embrouille légale.
Ouvrons ici une parenthèse pour regretter que des questions aussi importantes, car il s’agit du respect du code des courses, ce qui est indispensable pour l’intégrité de l’institution et la confiance du public, soient débattues sur les réseaux sociaux par des administrateurs sur une question qui relève de la prérogative des Stipes. La séparation des pouvoirs entre ces deux instances est indispensable pour la bonne marche de l’institution. Nous nous ferons cette fois l’économie de citer l’argumentaire avancé par ces administrateurs, sans doute encore jeunes et inexpérimentés aux commandes d’une telle institution. Mais sur des questions aussi sensibles, il faut faire preuve de retenue et prendre la hauteur qu’impose d’être un administrateur des courses.
D’un mot, dans une déclaration au parlement le 25 avril dernier, le Premier ministre est venu implicitement reconnaître que Me Gulbul — qui présidait la GRA lorsque les règlements de SMS Pariaz avaient été modifiés en cours de saison à deux reprises en 2016 — avait bien été l’avocat de cette compagnie en 2013 jusqu’à février 2014. Cela jette bien les bases d’un possible conflit d’intérêts qui pourrait être renforcé par une enquête approfondie sur les tribulations légales de l’autre compagnie qui porte l’empreinte de Michel Lee Shim, Sports Data Feed, qui avait entraîné dans son sillage le scandale du Gamblingate l’opposant à Paul Foo Kune. Pour rappel, des membres du judiciaire mauricien avaient été pointés du doigt dans cette affaire de hacking d’emails, ce qui avait contraint la cheville ouvrière de SMS Pariaz, Michel Lee Shim, quoi qu’en disent les documents officiels, à demeurer à Londres jusqu’au changement de gouvernement. Nous y reviendrons.