Kan la kwizin dirizé

Est-ce que Pravind Jugnauth va enfin réaliser qu’une grosse partie de ses problèmes découle de l’incapacité des hommes et des femmes qu’il nomme à des postes de responsabilités de deliver the goods ? Depuis 2014, la liste des nominés choisis par le leader du MSM devenu, dans les circonstances que l’on sait, Premier ministre, est impressionnante. Pas la capacité de ses poulains et pouliches de faire ce pour quoi ils sont grassement payés : gérer des institutions en respectant les règles qui les permettent de fonctionner, mais par le fait de bloquer le fonctionnement des institutions en imposant leurs propres codes, qu’ils ont souvent inventés, pour remplacer ceux existants. Résultat : les machines ralentissent, s’enrayent et dans beaucoup de cas finissent par exploser. C’est le cas d’Air Mauritius dont l’avant-dernier directeur général a été révoqué parce qu’il voulait remettre l’entreprise en état de marche et surtout remettre à leur place des protégés qui devaient leur nomination grâce à leur proximité avec les membres de la famille qui se voudrait « royale ». Alors que d’autres disent que leur force réside surtout dans leur capacité à nettoyer une certaine cuisine. Un board aux ordres, réuni à la onzième heure, a ratifié la décision du « château » et a limogé Megh Pillay pour permettre à son protégé de tisser sa toile au sein de la compagnie aérienne nationale. Le nouveau CEO aura beau dire qu’avec lui il n’y aura pas de « catacata », le mal est déjà fait. En laissant le protégé de la cuisine modifier les conditions d’emploi des pilotes — en réduisant leurs salaires de 25 % et leurs congés presque de moitié — sans les consulter et sans même dialoguer avec eux, il a récolté ce qu’il avait semé. Et résilier le contrat de certains pilotes, pousser le PMO — où règne un autre protégé de la cuisine - à révoquer les permis de résidence de certains pilotes et tenter de les faire expulser par la police manu militari de Maurice ne vont pas régler le problème de mauvaise gouvernance d’Air Mauritius. Au contraire, ces décisions, qui ne peuvent être prises qu’avec l’assentiment du Premier ministre, vont dégrader davantage l’image, déjà sérieusement écornée, de Maurice à l’étranger. Après la fermeture de la BAI et de sa banque du jour au lendemain ; la tentative d’arrêter le DPP au petit matin ; le limogeage du CEO d’Air Mauritius ; le refus de l’Etat de respecter la décision de l’instance de conciliation dans l’affaire Betamax, la tentative d’expulser par la force des pilotes d’avion coupables d’être tombés malades au mauvais moment est déjà mal perçue. Les associations internationales de pilotes ont déjà réagi et Air Mauritius pourrait se retrouver sur une liste noire et avoir de sérieuses difficultés à recruter du personnel pour faire voler ses avions.
Depuis que Pravind Jugnauth occupe le poste de Premier ministre, nous avons droit à pratiquement un nouveau scandale chaque semaine, la majeure partie d’entre eux étant provoquée par un de ses ministres ou un de ses députés. Cela va des menaces du vice-Premier ministre au leader de l’opposition, aux photos intimes d’un député prises au Parlement qu’il envoie à une jeune femme à la recherche d’un emploi. Sans compter les insultes d’un autre de ses députés contre une journaliste traitée de « femel lisien », ou les divagations hebdomadaires de celui qui est censé être le porte-parole du gouvernement, mais qui passe son temps à faire le procès de l’opposition. Sans oublier le ministre mentor qui a dit qu’il « pissait sur les journalistes » et qu’il lisait les journaux avec dégoût ! N’est-il pas temps pour le Premier ministre de se demander si les conseils que lui donnent les habitués de sa cuisine, si les nominations qu’on lui dit d’approuver ne sont pas en train de lui plomber son primeministership et de prendre les mesures qui s’imposent ? Car cela fait moins de dix mois qu’il occupe le poste de Premier ministre et l’on commence à ressentir dans le pays une ambiance de fin de règne. S’il ne met pas rapidement de l’ordre dans sa cuisine, cette ambiance ira en s’empirant. C’est exactement ce qui s’est passé à Air Mauritius où au lieu de laisser la compagnie aérienne nationale fonctionner avec un CEO à la compétence reconnue, on l’a sacrifiée pour faire plaisir à un protégé, un usager régulier de la cuisine notoirement incompétent. On a vu le résultat de cette décision jeudi dernier. Ce qui a même permis à Navin Ramgoolam, que l’on croyait éjecté du circuit politique, de déclarer : « Ala ki arrivé kan proche la kwizinn ki dirizé ! »