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De l’autorité et sans pitié svp !

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Après le fabuleux dimanche du Maiden, on a eu droit  samedi dernier à l’anticlimax retour aux affaires courantes. Des tribunes squelettiques en spectateurs, quelques belles épreuves dans l’indifférence mais aussi le retour aux « habituels  écarts », suivis d’enquêtes qui en disent long sur le degré de doute qui habite ceux qui veillent à la régularité des courses mais qui demeurent au final stériles, tant jockeys et entraîneurs au diapason trouvent des explications, parfois grossières mais  pourtant finalement concédées par nos vaillants stipes.
A ce chapitre, le jockey Ronnie Stewart et son entraîneur Vincent Allet ont fait une véritable démonstration de prestidigitation de la parole pour trouver une explication plausible et tolérée au « handling » pourtant détestable et scandaleux de leur cheval Agarkar, dans la troisième course, samedi dernier. Il est inacceptable que ce cheval n’ait pas été sollicité à 300 mètres de l’arrivée alors qu’il avait le champ libre. A-t-on  donné toutes les chances à ce cheval de s’imposer ? En tout cas, les explications fournies ne tiennent, à notre sens, définitivement pas la route. Et le duo peut s’estimer heureux de ne s’en sortir qu’avec un simple « the Stewards did not proceed further with this inquiry other than to tell jockey Stewart that his ride had come under notice and that he should ride his horses so as to leave no room for query ».
Des conclusions semblables avaient été adressées à l’occasion à Matthew Cahill lorsqu’il sévissait sur notre hippodrome il y a peu. Cette relative indulgence dont il bénéficia chez nous contraste singulièrement avec la lourde sanction de douze mois de disqualification qu’il vient d’écoper, chez lui en Australie, pour n’avoir pas donné toutes les chances à son cheval Astronomer, qui était pourtant à sa toute première course, de s’imposer. Malgré les lourdes conséquences que cela aura sur sa carrière future et son train de vie, les commissaires de courses de New South Wales n’ont pas hésité à frapper fort. Outre le jockey suspendu, un propriétaire du coursier et un bookmaker ont aussi été disqualifiés pour 1 an et six mois respectivement pour la même affaire. Une autre connaissance des turfistes mauriciens, Peter Hall, a lui, écopé de trois mois de disqualification pour le même motif à Perth, la semaine dernière.
Qu’on en prenne de la graine ! Quand il y va de l’intégrité de l’industrie hippique, nos amis commissaires australiens ne font aucun compromis avec ceux qui transgressent les règles.
Cela est-il possible à Maurice ? Assurément non, en tout cas pas dans la configuration actuelle du Mauritius Turf Club et les pratiques et mœurs hippiques mauriciennes depuis des lustres, où GRA et Police des Jeux affichent allègrement et hebdomadairement leur caractère de « bouledogue » sans dents. Au pays où les jockeys décident d’eux-mêmes quand ils purgeront leurs peines, où les jockeys sont souvent « covered-up» par leurs entraîneurs et ne sont pas toujours payés par leurs employeurs, où ils sont adulés comme des rois et adoubés à une forme d’immunité, même par les hautes instances, des sanctions de cette mesure relèvent de l’utopie. D’autant que nos stipes, dont certains accèdent à leurs postes sans réelle compétence et selon des critères vides de substance, ne sont pas toujours assurés du soutien et de la protection nécessaires, pour accomplir leur mission dans la sérénité et l’indépendance voulues.
Si l’on veut s’en convaincre, il faut se remémorer les malheurs du stipe , le Dr. Atchia, qui avait dû quitter ses fonctions après avoir été menacé, doigt sous le nez, en plein enquête, par un jockey dans la chambre des commissaires. Pourtant, lors de cette réunion, l’infortuné Dr. Atchia n’avait même pas prononcé un mot. Certes, quelques jours plus tôt, il avait en petit comité des commissaires de courses suggéré que le dit jockey, australien, lui aussi, soit suspendu plus lourdement qu’un autre de ses confrères parce qu’il considérait sa faute plus grave. Ce jockey avait été pourtant absous de ses écarts et il eut même le soutien de l’administration du club. Pour ceux qui ont la mémoire courte, il n’est pas inutile de rappeler qu’il avait retrouvé les étriers le samedi suivant après des négociations jusqu’à fort tard la veille avant de repartir sous un coup d’éclat vers son pays d’origine, quelques jours plus tard.
Ce jockey, dont nous avions salué le départ avec un éditorial intitulé « Bon débarras », a été rattrapé  par les instances hippiques de son pays. Il fait actuellement l’objet d’une enquête concernant le meurtre de son ex-beau père, un entraîneur, et il est sous la loupe d’enquêtes approfondies pour ses montes dans plusieurs courses, soupçonnées d’avoir été truquées. Enfin, il a été suspendu sur le champ et sine die pour avoir menacé le Chief Stipe qui mène les enquêtes sur ses écarts allégués. Ce jockey s’appelle Danny Nikolic et on lui avait déployé le tapis rouge…et humilié le Dr. Atchia.
Peut-on encore imaginer, émuler Le Chief Stipe de Melbourne, Terry Bailey, et suspendre sur le champ un jockey en plein milieu d’une journée ? Comme ce fut, jadis, le cas lorsque le micro du MTC, très respecté à cette époque, annonçait qu’un jockey «a été suspendu pour le reste de la journée » et que celui-ci regagnait la « jockey’s room» sous le regard furieux et les cris désapprobateurs des turfistes ? Assurément non, car les structures et la politique actuelle favorisent l’indulgence et l’impunité  plus que la tolérance zéro d’autant que les fauteurs ont souvent plus de 48 heures pour préparer leur défense. En fait, le monde hippique mauricien est un tel microcosme que les liens qui unissent l’autorité et les acteurs sont trop proches du copinage que de simples relations professionnelles, pour s’attendre à un « go for the kill ». Au temps de Jean Halbwachs les jockeys avaient le souci du respect de l’institution et du public. Aujourd’hui on est dans le monde du « free for all » et « ine gagne grandère la cour ».
Contrairement à ce que pensent certains, pressés de caser des petits copains, ce ne sont pas nécessairement les hommes qui ne sont pas à la hauteur, c’est l’encadrement qui n’est pas propice. C’est un réel nouvel état d’esprit qu’il faut insuffler au Champ de Mars avec une vision limpide sans compromission et un mission statement clair qu’il faut ensuite faire implémenter .«To provide independent, strong and united leadership in the development and enhancement of the Mauritian Racing Industry, which will lead to the maintenance of confidence in the integrity of the industry» serait déjà un bon début !
Mais peut-on imaginer cela quand le MTC n’est même pas capable d’assurer aux opérateurs de paris de la plaine de l’énergie électrique lorsque le CEB faillit à sa tâche. Il y va du respect de l’accord moral passé avec ces opérateurs mais aussi du pacte avec les turfistes qui ont été privés de paris et de paiement pendant deux courses samedi dernier et lors de la journée du bicentenaire. Protéger les turfistes doit aussi faire partie de la mission des décideurs hippiques et nous ne sommes pas convaincus que tel a été le cas samedi dernier après la quatrième courses où Up Company, qui a devié sur plus de cinq couloirs dans les 150 derniers mètres est venu priver Cypress Express de son « rightful running », donc d’un meilleur classement, qui aurait fait beaucoup d’heureux aux jeux exotiques par exemple. Constance et fermeté doivent être pour la chambre des commissaires de courses une mission non-négociable !