De l’amour-propre !

Il aurait fallu pour ce 12 mars que l’on parle de patriotisme, de ce qui nous unit un demi-siècle après l’indépendance, des progrès dans la construction de la nation mauricienne. Mais malheureusement, les méthodes utilisées par le gouvernement, les attaques de trois de ses principaux dirigeants contre la presse ces derniers jours ne le permettent pas. Commençons par le silence dérangeant et inquiétant du nouveau Premier ministre dans l’affaire de Grand-Bassin. Lors de ce pèlerinage religieux, un membre de la Hindu House fait une déclaration politique communale pour réagir à des commentaires sur la présence quotidienne du Premier ministre sur ce lieu de culte. “Ce sont les habitants des régions rurales – sous entendu, les représentants de la communauté dite majoritaire – qui font les élections à Maurice.” Par conséquent, le vote des électeurs habitant les régions urbaines ne compte pas. Il serait facile de démontrer que quoi que l’on dise, il n’y a pas qu’une communauté qui habite les régions rurales et les autres les villes et qu’aujourd’hui, les représentants des différentes communautés mauriciennes habitent dans tous les coins du pays. Un Premier ministre responsable aurait démenti ce propos mensonger et déclaré qu’à partir du moment où il avait prêté serment, il était devenu le Premier ministre de tous les Mauriciens, y compris ceux qui n’avaient pas voté pour lui. À la place de cette prise de position digne d’un homme d’État, on eut droit à un grand silence. Pravind Jugnauth aura réussi l’exploit de laisser utiliser publiquement en sa présence un “argument” que l’on utilise dans des réunions très privées en temps de campagne électorale. De la même manière que son père paya cher quelques mots qui lui furent soufflés à l’oreille, lors d’un retour de voyage en plein milieu de la controverse opposant le gouvernement et les écoles catholiques, il n’est pas impossible qu’aux prochaines élections générales,   Pravind Jugnauth ait à rendre compte de son silence à Grand-Bassin, en février 2017.
Continuons par l’affaire Alvaro Sobrinho qui occupe la une de l’actualité locale depuis la fin du mois de janvier et dont on découvre, semaine après semaine, de nouveaux éléments troublants. L’attribution d’une licence bancaire à l’investisseur angolais par la FSC a suscité beaucoup de réactions, dont celle du ministre de la Bonne Gouvernance qui l’a qualifiée de “légèreté”. Le choix de cet adjectif dans la bouche du ministre – par ailleurs, spécialiste des services financiers – donne une idée de l’ampleur du problème. Surtout dans un pays qui se bat pour que son secteur financier ne soit pas confondu avec un paradis fiscal, pour ne pas décourager les investisseurs étrangers méfiants depuis l’éclatement de l’affaire BAI et la “manière” dont le gouvernement l’avait “gérée”. Au lieu de soutenir le ministre de la Bonne Gouvernance, le Premier ministre, son adjoint et le nouveau ministre mentor donnent l’impression d’avoir choisi de défendre l’investisseur angolais contre la presse – et l’opinion mauricienne. Un investisseur qui a tenu une conférence de presse réservée à des journalistes triés sur le volet et interdit aux autres par un service de sécurité musclé, comme dans certaines républiques bananières. Au lieu de nommer une commission d’enquête pour faire toute la lumière sur cette affaire de plus en plus louche, le gouvernement a tout simplement blanchi l’homme d’affaires Angolais. Ivan Collendavello, vice-PM, a déclaré que l’argent que l’Angolais allait investir à Maurice “n’était pas sale.”  Quant au ministre mentor, il s’en est pris à ceux qui ont révélé l’affaire en  déclarant que les politiciens et les journalistes “veulent empêcher le pays de progresser” et qu’ils “sont sans amour-propre et inventent n’importe quoi.” Et que les allégations contre Alvaro Sobrinho “sont fausses à 90%.” On peut se demander – comme le fait Reza Uteem plus loin – à partir de quels faits avérés le vice-PM est arrivé à la conclusion que l’argent d’Alvaro Sobrinho est “propre” ?  On pourrait poser la même question à sir Anerood Jugnauth et ses 90%. Et se demander si ce ne sont, en fait, pas les ténors de ce gouvernement qui sont sans amour-propre et inventent n’importe quoi pour défendre leur nouvel ami investisseur angolais ?