A l’année prochaine, à La Haye !

94 nations dans le monde en faveur de la motion mauricienne pour que l’Organisation des Nations unies (ONU) sollicite un avis consultatif de la Cour de iustice internationale sur la décolonisation de notre pays entaché par le démembrement illégal de l’archipel des Chagos de notre territoire national contre seulement 15 pays derrière la Grand-Bretagne occupante et son complice, les Etats-Unis, il y a une première leçon qu’il faut retenir de l’événement extraordinaire qui s’est déroulé, jeudi dernier, à New York : la lutte paie ! Toujours !
Il ne serait vraiment pas normal si Week-End n’exprimait pas sa grande satisfaction devant la raclée diplomatique que vient de subir notre arrogante ancienne puissante métropole. Peu nous chaut que certains qui, jadis, dans d’autres médias tournaient en dérision notre combat ici se soient précipités pour congratuler X, Y ou Z , sans doute parmi de vrais, d’authentiques militants chagosoptimistes qui le méritent vraiment, pour avoir mené à bon terme l’initiative mauricienne en nous passant sous silence total notre contribution à nous, à travers nos articles de recherches et d’investigation intitulés Diego Files publiés en 1997. Qui peut le nier ? Ces articles avaient bousculé un ordre que les plus faiblards de bons tons prenaient pour établi. Nous n’avons, en fait, pas grand besoin de leur reconnaissance d’ailleurs. Cette reconnaissance-là, déjà planétaire attribuée par le Consortium international des journalistes d’investigation (l’ICIJ). Il nous suffit de savoir que le contenu de nos recherches a définitivement fait bouger bien des lignes dans le contentieux Port-Louis-Londres qui étaient restées bloquées après qu’en 1983 l’Angleterre avait cru pouvoir fermer la bouche aux Mauriciens et aux Chagossiens avec une compensation financière.
Depuis près de vingt ans bientôt, des faits exécrables déterrés des propres archives britanniques déclassifiées démontraient l’illégalité du démembrement de notre territoire, C’est dans les Diego Files  que les autorités mauriciennes ont pu avoir la confirmation qu’outre le chantage sur l’indépendance exercé par le Premier ministre anglais Harold Wilson sur sir Seewoosagur Ramgoolam dans son bureau du 10, Downing Street, l’avant-dernier jour de la Conférence constitutionnelle de septembre 1965 - les officiers britanniques magouillant au Foreign Office avaient tout fait afin que l’île Maurice soit mise devant « le fait accompli » que les Chagos seront détachés et ses îles resteront britanniques en complète violation de la résolution 1514 des Nations unies. Cette résolution interdit depuis décembre 1960 — huit années avant l’émancipation de notre pays — à une puissance coloniale de démanteler un de ses territoires en marche vers son indépendance. L’Angleterre avait passé outre en croyant ferme que jamais Maurice n’irait saisir la communauté internationale de son méfait. Il faut reconnaître que ceux qui ont préparé le dossier mauricien ont su bien mettre en exergue cette expression « fait accompli » qui veut tout dire comme domination d’un peuple jusque-là vassal. Ce qu’ont aussi parfaitement compris les pays qui ont appuyé Maurice à l’exemple de ce merveilleux ambassadeur d’El Salvador !
Il faut concéder que pendant près de cinquante ans, en jouant sur nos relations bilatérales cordiales au sein du Commonwealth, sur notre dépendance économique, notre quota de sucre aux USA, sur les privilèges de l’Africa Growth Opportunities Act, les gouvernements anglais et américains ont effectivement réussi à nous faire peur. Mais, si on peut intimider pendant cinquante ans - le gouvernement MSM-Parti travailliste de Sir Anerood et Sir Satcam Boolell avait battu en retraite à la onzième heure avec une motion à l’Assemblée générale de l’ONU en 1991 - l’intimidation ne pouvait pas durer tout le temps !
Ainsi, ce qui s’est passé avec le vote à l’ONU était, à notre avis, comme dirait l’Anglais, long overdue.
Cela dit, avec tout le respect que nous devons à l’ancien Premier ministre et actuel ministre - mentor, sir Anerood Jugnauth, nous n’allons toutefois nous pas nous joindre au concert de louanges que lui adressent tout un chacun. Bien merci, est suffisant. Ni non plus aux éloges déversés sur Olivier Bancoult, le leader du Groupe Réfugiés Chagos. Ils diront peut-être qu’ils en ont cure. Qu’importe ! Nous estimons que SAJ n’a fait que son devoir de leader de notre pays d’autant que, premièrement, il doit être bougrement torturé dans sa conscience d’avoir, en tant que participant à la Conférence constitutionnelle de Londres, aussi cédé au chantage des Anglais pour s’accaparer les Chagos. Même s’il se rachète au crépuscule de sa carrière politique, il faudra bien qu’un jour SAJ nous dise enfin toute la vérité, rien que la vérité, sur le véritable positionnement qu’avait eu son parti de l’époque, l’Independent Forward Bloc, lorsque, des semaines avant de se rendre à la conférence, il avait parfaite connaissance des mauvaises intentions des Anglais. A notre avis, sa confession ne diminuera en rien son engagement présent à recouvrer notre dignité de nation bafouée.
Ensuite, SAJ avait également l’obligation de rapporter des résultats après que son adversaire, Navin Ramgoolam, ait pu, lui, devant le Tribunal d’arbitrage de l’ONU lui faire échec au plan machiavélique de Londres de décréter un parc marin protègé autour des Chagos pour en exclure à jamais Mauriciens et Chagossiens. Ce plan a été démasqué avec la publication des échanges secrets anglo-américains par Wikileaks ! Pour ce qui est du support d’Olivier Bancoult à la cause, il est heureux qu’après ses errances sur les bords de la Tamise et ses défaites à répétitions devant les Cours de justice britanniques et la Cour européenne des Droits de l’homme, ce monsieur au talent indéniable de meneur ait enfin compris que l’intérêt de ses compatriotes chagossiens se trouve, fondamentalement, lié à la République de Maurice plutôt qu’avec ceux qui les ont envoyés à l’exil.
Aux Anglais et ainsi qu’à ceux ici qui ont écrit, noir sur blanc, que la bataille des Chagos était perdue, donnons-leur rendez-vous l’année prochaine à La Haye pour l’avis consultatif que l’ONU va maintenant réclamer.