L’imposte de SAJ

Ainsi donc, quand Pravind Jugnauth est en voyage à l’étranger, c’est Anerood Jugnauth qui le remplace à la tête du gouvernement ! Ce nouvel épisode du feuilleton papa-piti ne peut que donner raison à ceux qui affirmaient qu’au MSM — avec autrefois la complicité du PMSD et aujourd’hui celle du ML —, la direction du pays est une affaire de famille. C’est une situation dynastique dont profitent les alliés du MSM pour caser leurs parents et leurs petites amies à la tête des institutions de l’État. De toute façon, le vice-leader du ML l’a déclaré : « Ce gouvernement n’a jamais dit que la méritocratie doit s’appliquer en toutes circonstances ! » Par contre, en ce qu’il s’agit du copinage, des passe-droits, de la médiocrité, de la corruption… Mais revenons aux Jugnauth. Après avoir démissionné du poste de Premier ministre en faveur de son fils parce qu’il ne pouvait plus assumer la charge de la fonction, SAJ redevient Premier ministre pour remplacer son fils. On avait pu, effectivement, constater que SAJ était fatigué et incapable de se contrôler par certaines déclarations et des réponses à des questions de journalistes. Deux exemples : au sujet d’un rapport américain sur Maurice, SAJ déclara que c’était du caca et aux questions des journalistes et de l’opposition qu’il leur faisait pipi dessus ! Mais malgré sa fatigue, son incapacité manifeste à remplir le poste, il revient au PMO pour assurer la suppléance de son fils. Est-ce que Showkutally Soodhun est à ce point désespérant que le MSM ne veut plus lui accorder quelques jours de suppléance au poste de PM ?
Où est-il d’ailleurs ce fils ? Chez la grande sœur de l’île Maurice, c’est-à-dire en Inde, où il est allé demander — d’autres disent carrément quémander ! — un prêt au Premier ministre indien. Pour pouvoir rembourser les souscripteurs des plans d’épargne et de pension de la BAI, devenus les victimes collatérales d’une opération de vengeance gouvernementale ayant mal tourné. Avant même de savoir comment  Nouvelle Delhi va réagir à cette demande de Port-Louis, il faut souligner que si c’est ainsi que le gouvernement Lepep compte payer les dettes de l’État, Pravind Jugnauth aura à se rendre bien souvent à New Delhi à l’avenir. En effet, le gouvernement aura bientôt à payer pour quelques autres calamiteuses décisions prises depuis son entrée en fonction. Il aura à payer pour la fermeture de la BAI et la révocation du contrat de Betamax des sommes qui atteindront, assurent les experts, de plusieurs milliards de roupies mauriciennes. Est-ce que la grande sœur indienne, qui a ses propres problèmes économiques à gérer, va systématiquement prêter de l’argent à l’île Maurice pour payer pour la mauvaise gouvernance de sa petite sœur ? Il faut bien que Pravind Jugnauth se dise une chose : en politique, ce sont les intérêts qui sont permanents, pas la fraternité ni les amitiés. Bien qu’elle se déclare notre grande sœur, l’Inde a ses propres intérêts à défendre et doit tout faire pour réussir ses stratégies. L’une d’elle est résumée en une phrase on ne peut plus explicite : « The Indian Ocean will be India’s Ocean. » Pour atteindre cet objectif, l’Inde a besoin d’Agaléga et la question doit se poser : pour obtenir de quoi payer les dettes du gouvernement Lepep, Pravind Jugnauth serait-il disposé à brader Agaléga ?
Pravind Jugnauth va-t-il faire le pas que Navin Ramgoolam avait, sous la pression de l’opinion, hésité à franchir : céder Agaléga à la grande sœur de l’île Maurice. L’ironie de l’histoire va-t-elle faire ce que SAJ avait reproché à SSR : vendre Diego à Londres pour obtenir l’indépendance ? Son fils va-t-il le faire juste pour obtenir un ou plusieurs prêts ? SAJ ne l’a jamais caché : sa grande ambition est d’entrer dans l’histoire par la grande porte. Son initiative de porter le dossier Diego Garcia devant les instances des Nations unies relevait de cette stratégie qui devait conclure, de manière magistrale, sa carrière. Ce que Pravind Jugnauth semble être en train de faire avec Agaléga réduira à néant cette ambition. Au lieu d’entrer dans l’histoire par la grande porte, à cause de son fils, SAJ risque d’en sortir par une toute petite. Pour ne pas dire une imposte !