Dans l’œil du super-cyclone

Il y a déjà des histoires d’éléphants volants. Des contes.
Peut-être un jour, les enfants d’aujourd’hui raconteront l’histoire de conteneurs volants. Pas des contes. Du vrai.
C’est une des choses que l’on a pu voir aux infos ces derniers jours. Dans les Antilles, sur le passage de l’ouragan Irma, un homme montre un conteneur de 20 pieds qui s’est littéralement envolé, est passé par dessus le mur d’enceinte de sa maison, et est venu pulvériser son 4x4. Un conteneur de 20 pieds, c’est un poids d’environ 2,2 tonnes.
C’est dire la puissance dévastatrice de cet ouragan qui a tout détruit sur son passage dans cette partie d’océan qui se trouve dans la courbe entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. Parti en roue libre, il a ravagé les Antilles avant de cingler vers la côte sud-est des États-Unis.
Ce n’est pas seulement la destruction, et plus encore que la dévastation, c’est le chaos qu’a semé ce monstre classé en catégorie 5, avec des vents de plus de 360km/heure pendant plus de 33 heures.
Sur l’île de Saint-Martin, 95% des habitations ont été touchées et 60% sont déclarées inhabitables. L’aéroport et le port sont inutilisables, ce qui rend l’île inatteignable. Et complique l’apport d’aide. A côté, l’île de Saint-Barthélémy est elle aussi totalement privée d’électricité, toutes les centrales ayant été ravagées. L’île de Barbuda, qui compte 1600 habitants, est «totalement dévastée» d’après les rapports officiels. Porto Rico, les îles Vierges, Haïti et Cuba sont pareillement livrées à la désolation.
L’apparition de tels monstres est-elle liée au réchauffement climatique? Dans une interview publiée le 8 septembre dernier par L’Obs, Fabrice Chauvin, chercheur au Centre national de recherches météorologiques de Météo France, fait ressortir que la température à la surface des mers explique que la saison cyclonique actuelle soit un peu plus active que les précédentes. Mais si Irma a rencontré des températures élevées, il y a aussi des conjonctures propres à ce cas, notamment la présence de l’anticyclone des Acores, et le fait qu’il n’a pas rencontré d’obstacles, entre autres de ce que les météorologues appellent le cisaillement des vents.
Si le chercheur estime donc que l’on ne peut pas directement dire qu’Irma soit la conséquence du réchauffement climatique, il n’en demeure pas moins que les projections climatiques actuelles mettent en avant la probabilité que l’occurrence de cyclones intenses augmente avec le réchauffement. Ce qui veut dire qu’il n’y aura pas plus de cyclones, en principe même moins, mais que sur le total, il y aurait plus de cyclones intenses.
Outre la puissance des vents, on noterait aussi une augmentation des pluies liées aux cyclones et ouragans. Une augmentation de 20% des pluies est pressentie, ce qui est inquiétant quand on sait que les pluies peuvent être aussi destructrices que les vents. Un phénomène qui s’explique, dit le chercheur-météorologue, par le fait qu’une atmosphère plus chaude peut contenir plus d’humidité à l’état de vapeur, ce qui, au cœur d’un cyclone, dégénère en pluie. C’est ce que vient de montrer, juste avant, le passage de l’ouragan Harvey qui a noyé le Texas sous des pluies torrentielles et de longue durée. Certes, on peut mettre en parallèle les pluies de mousson qui affectent en ce moment même des pays comme l’Inde et le Bangladesh. Mais comme le dit si bien Fabrice Chauvin, “Là où les cyclones font le plus de dégâts, c’est là où les gens sont le moins préparés”.
On le voit bien notamment aux États-Unis. Le président Donald Trump a beau remettre en question les accords sur le climat, il n’empêche que plus d’un million de personnes (la population de Maurice) doivent en ce moment être évacuées de la côte sud-est des États-Unis, notamment de la Floride, la Georgie et la Caroline du Sud. Une région qui est susceptible d’être de plus en plus frappée, vu qu’il est prévu que les cyclones risquent d’étendre légèrement leur aire de “vagabondage” vers les pôles. Quelques centaines de kilomètres qui, dans l’Atlantique, se traduisent justement par cette remontée vers la côte est des États-Unis.
Et nous? Qu’apprenons-nous de tout cela?
Surpris en 2002 par Dina et ses vents de 200 km heure, sommes-nous prêts à faire face à l’occurrence d’un super cyclone?
Dans les (nombreux) projets d’aménagement actuels, considérons-nous ces risques accrus de pluies diluviennes? Qu’avons-nous, pratiquement, retenu des inondations meurtrières du 30 mars 2013 à Port Louis, au-delà du choc et de la tristesse? Le passage du fameux Metro Express à la Butte tient-il suffisamment en compte la vulnérabilité de cette région déjà en proie aux glissements de terrain?
Ou attendons-nous d’être dans l’œil du super-cyclone pour dire “il aurait fallu”?
Warning classe 5 en vigueur...