La bonne gouvernance à la mauricienne

C’est après le sommet de Rio, en 1992, qui provoqua une prise de conscience mondiale de l’état de la planète et de ses ressources gaspillées, qu’est apparu le concept de la bonne gouvernance. Par la suite, des institutions internationales ont codifié le concept et défini des indicateurs pour le définir et l’évaluer, indicateurs qui ont été adoptés par la communauté internationale. Après quelques années, la bonne gouvernance est devenue une règle selon laquelle on juge la performance d’un pays, d’un secteur ou d’une entreprise. Elle a été adoptée à Maurice au début du siècle, au point où tous les dirigeants du pays et des entreprises ont proclamé que c’était une valeur essentielle à l’évolution économique démocratique. 
Ont alors défilé à Maurice une série de spécialistes venant expliquer à des assemblées de décideurs les bienfaits de la bonne gouvernance dans la gestion des entreprises gouvernementales et du secteur privé. C’est dans ce cadre que les grosses entreprises mauriciennes ont parrainé la création du Mauritius Institute of Directors, qui avait pour objectif de promouvoir la culture et la pratique de la bonne gouvernance dans le secteur privé. Des dizaines de spécialistes internationaux ont été invités à animer des douzaines de conférences, d’ateliers, de séminaires sur le sujet, destinés aux cadres du secteur privé. Auxquels participaient souvent des cadres du secteur public. Après tous ces efforts, on aurait pu croire que le concept de bonne gouvernance avait été accepté et était pratiqué à Maurice. Ce qui vient de se passer au MIoD et à Air Mauritius, notamment l’absence de réaction ou de prise de position du gouvernement et du secteur privé, autorise à se questionner sur le type de bonne gouvernance pratiquée à Maurice.
En effet, à quelques jours d’intervalle, le MIoD et Air Mauritius ont pris des décisions qui ne peuvent être qualifiées d’actes de bonne gouvernance. Au MIoD, le contrat du CEO a été résilié, à Air Mauritius ceux de trois pilotes ont subi le même sort. Dans les deux cas, la décision a été prise par des conseils d’administration sans que les principaux concernés n’aient eu l’occasion de s’expliquer ou se défendre. À Air Mauritius, la direction n’a pas seulement limogé un pilote étranger, mais elle a demandé – et obtenu ! – du PMO que son permis de résidence soit immédiatement révoqué et la police a tenté de l’expulser manu militari du pays le lendemain ! 
Si ces décisions arbitraires ont été condamnées et commentées par les citoyens — et par des associations internationales en ce qu’il s’agit des pilotes —, elles n’ont provoqué aucune réaction ou prise de position des acteurs du secteur privé que l’on avait connus intarissables sur le sujet. Dans le cas de l’ex-CEO du MIoD, on n’a entendu que les membres du conseil d’administration qui essayaient de venir justifier a posteriori leur décision. Des déclarations contradictoires qui ne font qu’ajouter au doute au lieu de le dissiper. La présidente du MIoD a déclaré que les conflits entre le conseil d’administration et M. Zara datent de son arrivée. Or, cela faisait 16 mois que M. Zara travaille à Maurice et qu’il avait été confirmé à son poste après sa période de probation. 
Posons la question autrement : est-ce que garder en poste pendant seize mois un CEO qui ne satisfait pas un conseil d’administration est un acte de bonne gouvernance ? À Air Mauritius, cela fait deux fois en quelques mois que le conseil d’administration révoque sans donner aux sanctionnés le droit de s’expliquer. Il y a eu le cas de l’ex-CEO Megh Pillay, il y a un an, et celui de trois pilotes la semaine dernière. Dans les deux cas, les membres du conseil d’administration — composé de hauts fonctionnaires et directeurs de grosses entreprises privées — se réfugient dans un silence que l’on pourrait aisément qualifier de complice.
Est-ce que les dirigeants mauriciens veulent vraiment promouvoir la bonne gouvernance ? Ou est-ce qu’ils ne veulent que la vitrine de la bonne gouvernance, celle qui fait bien sur les pages des annuaires internationaux, des sites Web, qui permet de figurer en bonne place dans des classements ou d’attirer des investisseurs étrangers ? Soit une image de la bonne gouvernance qui permet aux uns et autres de fonctionner comme avant, tout en donnant l’apparence, l’apparence seulement, de faire autrement ? Autrement dit, la bonne gouvernance à la mauricienne !